vendredi 14 mars 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2110271 |
| Type | Décision |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | GONET |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 15 septembre 2021, 16 mai 2022 et 16 juillet 2024, la SCI Cité médiévale, représentée par Me Gonet, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 12 juillet 2021 par lequel le maire de la commune de Sainte-Suzanne-et-Chammes l'a mise en demeure de réaliser, dans un délai de huit jours, divers travaux pour mettre fin au péril imminent affectant l'immeuble situé à l'angle de la Grande rue et de la place Hubert II de Beaumont à Sainte-Suzanne-et-Chammes dont elle est propriétaire ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Sainte-Suzanne-et-Chammes une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'une erreur de fait quant à l'état de l'immeuble ;
- elle est entachée d'une erreur de droit en l'absence de péril imminent ;
- elle procède d'un détournement de pouvoir.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 12 avril 2022 et 17 juin 2024, la commune de Sainte-Suzanne-et-Chammes, représentée par Me Kierzkowski-Chatal, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la SCI Cité médiévale la somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient qu'aucun des moyens soulevés par la SCI Cité médiévale n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la construction et de l'habitation ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Martel,
- les conclusions de M. Guilloteau, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. La SCI Cité médiévale est propriétaire d'un immeuble situé au numéro 1 de la Grande rue et au numéro 7 de la place Hubert II, à l'angle formé par cette rue et cette place, à Sainte-Suzanne-et-Chammes (Mayenne). En raison du délabrement de cet immeuble, le maire de la commune de Sainte-Suzanne-et-Chammes a mis en œuvre la procédure de mise en sécurité. Par ordonnance en date du 22 juin 2021, la juge des référés a ordonné une expertise et commis M. A pour y procéder avec notamment pour mission de préciser si les risques présentés par ce bâtiment affectent les garanties de solidité nécessaires au maintien de la sécurité des occupants et des tiers. Suite au dépôt du rapport d'expertise en date du 6 juillet 2021, le maire de la commune de Sainte-Suzanne-et-Chammes a, le 12 juillet 2021, pris un arrêté prescrivant à la SCI Cité médiévale de réaliser, sous huitaine, divers travaux pour garantir la sécurité publique, à savoir, au niveau de la façade ouest, la déconstruction et l'enlèvement des matériaux de couverture du bâtiment, l'examen de la charpente et la dépose des éléments douteux, le bâchage provisoire du bâtiment, la purge des enduits non-adhérents, la dépose et le stockage des volets bois, la pose de butons en soutien du pignon est et de la façade nord, la déconstruction et l'enlèvement de la couverture de la cour intérieure, la recherche et la suppression d'un éventuel raccordement des eaux pluviales sur le branchement de la parcelle voisine n° 725, ainsi que la pose de dispositifs anti-squats aux rez-de-chaussée et niveau 1 sur tout le périmètre du bâtiment. La SCI Cité médiévale demande au tribunal d'annuler cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 12 juillet 2021 :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 511-2 du code de la construction et de l'habitation dans sa version en vigueur à la date de la décision attaquée : " La police mentionnée à l'article L. 511-1 a pour objet de protéger la sécurité et la santé des personnes en remédiant aux situations suivantes : /1° Les risques présentés par les murs, bâtiments ou édifices quelconques qui n'offrent pas les garanties de solidité nécessaires au maintien de la sécurité des occupants et des tiers ()". Aux termes de l'article L. 511-4 de ce code : " L'autorité compétente pour exercer les pouvoirs de police est : / 1° Le maire dans les cas mentionnés aux 1° à 3° de l'article L. 511-2, sous réserve s'agissant du 3° de la compétence du représentant de l'Etat en matière d'installations classées pour la protection de l'environnement prévue à l'article L. 512-20 du code de l'environnement () ". Aux termes de l'article L. 511-9 du même code : " Préalablement à l'adoption de l'arrêté de mise en sécurité, l'autorité compétente peut demander à la juridiction administrative la désignation d'un expert afin qu'il examine les bâtiments, dresse constat de leur état y compris celui des bâtiments mitoyens et propose des mesures de nature à mettre fin au danger. L'expert se prononce dans un délai de vingt-quatre heures à compter de sa désignation. / Si le rapport de l'expert conclut à l'existence d'un danger imminent, l'autorité compétente fait application des pouvoirs prévus par la section 3 du présent chapitre. " Enfin, aux termes de l'article L. 511-19 du du même code : " En cas de danger imminent, manifeste ou constaté par le rapport mentionné à l'article L. 511-8 ou par l'expert désigné en application de l'article L. 511-9, l'autorité compétente ordonne par arrêté et sans procédure contradictoire préalable les mesures indispensables pour faire cesser ce danger dans un délai qu'elle fixe () ".
3. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport établi le 6 juillet 2021 par l'expert désigné par le tribunal dans le cadre de la procédure de mise en sécurité que le bâtiment de la SCI Cité médiévale présente une dégradation structurelle et évolutive, et ne présente, dès lors, pas les garanties de solidité nécessaires au maintien de la sécurité des tiers, et ce, sur tout le périmètre de la construction en contact avec le domaine public. L'expert relève ainsi une déformation de la charpente, la dégradation de la maçonnerie et de l'enduit avec des plaques d'enduit décollées, le risque de chute de moellons à raison de la dégradation avancée de l'assemblage des moellons et des pièces de bois ainsi que la déformation des volets en bois en cours de désolidarisation. Pour contester les constatations ainsi faites par l'expert judiciaire quant à l'état de dégradation de son immeuble et aux risques en résultant pour les tiers, la SCI Cité médiévale produit un rapport d'expertise réalisé à sa demande, de façon non contradictoire, le 24 octobre 2017, ainsi qu'une lettre en date du 24 août 2024 de la société SARETEC mandatée par son assureur dans le cadre d'un dégât des eaux sur l'immeuble mitoyen. Le rapport d'expertise du 24 octobre 2017 concluait à l'absence de " péril imminent " au niveau de la toiture, et précisait qu'il n'y avait pas, alors, de " péril imminent " au niveau des murs, " sauf dans un futur lié à la persistance des infiltrations en provenance de la voie publique ". Toutefois, alors que ces constats, qui faisaient déjà état de la dégradation de l'immeuble, sont antérieurs de plus de trois ans à la décision litigieuse, ils ne peuvent suffire à justifier de l'état de l'immeuble en 2021. S'agissant de la lettre à l'entête du cabinet d'expertise Saretec, dont l'auteur n'est pas précisé, outre les analyses des procédures en cours qu'elle comporte et qui ne relèvent pas de la compétence d'un expert en bâtiment, elle confirme l'état de dégradation de la toiture. S'agissant des chutes de pierre, dont le risque est évoqué par l'expert judiciaire, il est indiqué qu'il n'en a pas été constaté. Toutefois, par constat en date du 2 mai 2019, un huissier de justice a constaté la présence de trous importants au niveau de la façade et la présence de résidus de pierre tombés de la façade de l'immeuble dans la rue. Enfin, si la SCI Cité médiévale impute la dégradation de la façade à un ruissellement des eaux de pluie provenant de la rue et arrivant au pied des murs de façade sud et ouest, il ressort des pièces du dossier que celle-ci est dégradée sur toute sa hauteur à raison notamment du ruissellement de eaux de pluie provenant du toit en l'absence de gouttière. Par ailleurs, si la SCI requérante soutient que le délai de huit jours fixé par le maire dans sa mise en demeure pour la réalisation de travaux dont certains nécessitent le dépôt d'une déclaration est irréaliste, alors que la commune l'avait dissuadée en 2017 d'exécuter ces mêmes travaux sur son immeuble, ces circonstances ne sont pas de nature à entacher l'arrêté attaqué d'illégalité, la société ne justifiant pas avoir commencé à exécuter l'une quelconque des prescriptions. Au vu de l'ensemble de ces éléments, les mesures prescrites par le maire dans l'arrêté litigieux sont adaptées à l'urgence de la situation. Il ne résulte, par ailleurs, d'aucune des pièces du dossier que ces mesures ne seraient plus nécessaires. Dans ces conditions, l'arrêté du 12 juillet 2021 n'est entaché d'aucune erreur de fait ou erreur de droit au regard des exigences de sécurité publique qui s'imposaient au maire de la commune.
4. En second lieu, il résulte de ce qui précède que le détournement de pouvoir allégué n'est pas établi.
5. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 12 juillet 2021 doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
6. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Sainte-Suzanne-et-Chammes, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la SCI Cité médiévale demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la SCI médiévale une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la commune de Sainte-Suzanne-et-Chammes et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de SCI Cité médiévale est rejetée.
Article 2 : La SCI Cité médiévale versera à la commune de Sainte-Suzanne-et-Chammes une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la SCI Cité médiévale et à la commune de Sainte-Suzanne-et-Chammes.
Délibéré après l'audience du 22 janvier 2025, à laquelle siégeaient :
M. Martin, président,
Mme Martel, première conseillère,
Mme Kubota, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 mars 2025.
La rapporteure,
C. MARTEL
Le président,
L. MARTIN La greffière,
S. BARBERA
La République mande et ordonne à la préfète de la Mayenne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2302927
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B... A... visant à engager la responsabilité de la commune d'Aubagne, de GRDF et de la société SOBECA suite à un accident de motocyclette. Le tribunal a jugé la requête irrecevable à l'encontre de la commune et de SOBECA pour défaut de demande indemnitaire préalable obligatoire, et a estimé que les conditions de la responsabilité de GRDF, en tant que maître d'ouvrage, n'étaient pas établies. La décision s'appuie sur les règles de procédure administrative contentieuse, notamment l'exigence d'une demande préalable.
07/04/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2303832
Le Tribunal Administratif de Marseille a annulé la décision du département des Bouches-du-Rhône refusant le versement d'une subvention pour l'achat d'un véhicule électrique à M. C... B... La juridiction a retenu que le refus était insuffisamment motivé, car il ne comportait pas la référence à la base légale ou réglementaire appliquée, en méconnaissance des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Le tribunal a enjoint au département de réexaminer la demande du requérant dans un délai de trois mois.
07/04/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2308520
**Sujet principal** : Recours en annulation contre un arrêté préfectoral refusant une autorisation de défrichement pour un projet de lotissement. **Juridiction** : Tribunal Administratif de Marseille (5ème Chambre). **Solution retenue** : Le tribunal rejette la requête de la société Urban Foncier et confirme le refus de défrichement. Il écarte les moyens soulevés, notamment l'incompétence du signataire et l'irrégularité de la procédure, et estime que le préfet a légalement justifié son refus au regard des risques d'incendie. **Textes appliqués** : Les articles L. 341-1, L. 341-3 et L. 341-5 (notamment son 9°) du code forestier, relatifs à la définition du défrichement, son autorisation préalable et les motifs de refus pour la protection contre les risques naturels comme les incendies.
07/04/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2309108
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la demande de propriétaires visant à faire déplacer des armoires de fibre optique d'Orange et à obtenir des indemnités. La juridiction a jugé que le préjudice allégué (gêne d'accès au garage) ne constituait pas un dommage anormal et spécial, condition nécessaire pour engager la responsabilité sans faute du gestionnaire d'un ouvrage public. Le tribunal a appliqué les principes de la responsabilité publique pour dommages de travaux publics.
07/04/2026