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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2114847

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2114847

mercredi 26 mars 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2114847
TypeDécision
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantSEMAK

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 30 décembre 2021 et le 24 novembre 2023, M. A B, représenté par Me Semak, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 6 avril 2021 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a refusé de lui rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil des demandeurs d'asile ;

2°) d'enjoindre à l'OFII, à titre principal, de lui rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil et de lui verser rétroactivement l'allocation pour demandeur d'asile à compter du 7 décembre 2020 jusqu'au 30 avril 2021 ;

3°) de mettre à la charge de l'OFII la somme de 2'400 euros qui devra être versée à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

M. B soutient que la décision attaquée :

- n'est pas suffisamment motivée ;

- est entachée d'un défaut d'examen du motif légitime qu'il invoque et de sa situation de vulnérabilité ;

- est entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions relatives aux conditions matérielles d'accueil ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation de vulnérabilité.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 novembre 2023, l'OFII conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par M. B n'est fondé et sollicite, en cas de besoin, une substitution de motifs de la décision litigieuse qui devra être regardée, le cas échéant, comme étant fondée sur la méconnaissance des exigences des autorités chargées de l'asile dès lors que l'intéressé n'a pas procédé au renouvèlement de son attestation de demande d'asile.

Par décision du 31 janvier 2022, la section administrative du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Bobigny (Seine-Saint-Denis) a admis M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Par une ordonnance du 12 octobre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 27'novembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- la décision du Conseil d'État du 31 juillet 2019, n° 428530 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Jégard a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant afghan né en 1991, déclare être entré en France au cours de l'automne 2018. Il a accepté le 28 novembre 2018 l'offre de prise en charge proposée par l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII). Il a fait l'objet le 7 mai 2019 d'un arrêté du préfet de la Mayenne prononçant son transfert aux autorités suédoises, responsables de l'examen de sa demande d'asile. Les conditions matérielles d'accueil lui ont été suspendues le 21'aout 2019. Par un courrier du 30 mars 2021, il a sollicité le rétablissement de ces conditions matérielles d'accueil. Par une décision du 6 avril 2021, dont M. B demande l'annulation, l'OFII a refusé de faire droit à sa demande.

2. La directive du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale vise à harmoniser les conditions matérielles d'accueil des demandeurs d'asile en leur garantissant un niveau de vie digne et des conditions de vie comparables dans l'ensemble des États membres de l'Union européenne. Aux termes, toutefois, de l'article 20 de cette directive : " 1. Les États membres peuvent limiter ou, dans des cas exceptionnels et dûment justifiés, retirer le bénéfice des conditions matérielles d'accueil lorsqu'un demandeur : a) abandonne le lieu de résidence fixé par l'autorité compétente sans en avoir informé ladite autorité ou, si une autorisation est nécessaire à cet effet, sans l'avoir obtenue ; ou b) ne respecte pas l'obligation de se présenter aux autorités, ne répond pas aux demandes d'information ou ne se rend pas aux entretiens personnels concernant la procédure d'asile dans un délai raisonnable fixé par le droit national () En ce qui concerne les cas visés aux points a) et b), lorsque le demandeur est retrouvé ou se présente volontairement aux autorités compétentes, une décision dûment motivée, fondée sur les raisons de sa disparition, est prise quant au rétablissement du bénéfice de certaines ou de l'ensemble des conditions matérielles d'accueil retirées ou réduites. () 5. Les décisions portant limitation ou retrait du bénéfice des conditions matérielles d'accueil ou les sanctions visées aux paragraphes 1, 2, 3 et 4 du présent article sont prises au cas par cas, objectivement et impartialement et sont motivées. Elles sont fondées sur la situation particulière de la personne concernée, en particulier dans le cas des personnes visées à l'article 21, compte tenu du principe de proportionnalité. Les États membres assurent en toutes circonstances l'accès aux soins médicaux conformément à l'article 19 et garantissent un niveau de vie digne à tous les demandeurs () ".

3. D'une part, aux termes de l'article L. 741-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa rédaction en vigueur à la date de l'acceptation de l'offre de prise en charge : " Tout étranger présent sur le territoire français et souhaitant demander l'asile se présente en personne à l'autorité administrative compétente, qui enregistre sa demande et procède à la détermination de l'Etat responsable (). / Lorsque l'enregistrement de sa demande d'asile a été effectué, l'étranger se voit remettre une attestation de demande d'asile () / ". Aux termes de l'article L. 744-1 du même code : " Les conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile () sont proposées à chaque demandeur d'asile par l'Office français de l'immigration et de l'intégration après l'enregistrement de la demande d'asile (). Les conditions matérielles d'accueil comprennent les prestations et l'allocation prévues au présent chapitre. / () ".

4. D'autre part, aux termes de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa rédaction en vigueur à la date de l'acceptation de l'offre de prise en charge : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. / L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines. / () ". Selon l'article L. 744-7 de ce code : " Le bénéfice des conditions matérielles d'accueil prévues à l'article L. 744-1 est subordonné : / () / 2° Au respect des exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes. / () ".

5. En premier lieu, la décision attaquée vise notamment les articles 20 de la directive du 26 juin 2013, L.'744-1 et L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que le point 18 de la décision n° 428530 du Conseil d'État du 31 juillet 2019 et mentionne que les motifs invoqués par M. B pour expliquer son refus d'être transféré vers la Suède ne sont pas de nature à justifier de sa méconnaissance des exigences des autorités chargées de l'asile. La décision attaquée indiquant ainsi de manière suffisamment précise et circonstanciée les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, le moyen tiré de l'insuffisance de sa motivation doit être écarté comme manquant en fait.

6. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier, eu égard notamment aux motifs de la décision contestée, que l'OFII, qui a notamment répondu aux arguments exposés par l'intéressé dans son courrier de demande de rétablissement des conditions matérielles d'accueil, a procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. B avant de prendre la décision attaquée. Dès lors, le moyen tiré de ce qu'un tel examen n'aurait pas été opéré doit être écarté.

7. En troisième lieu, M. B produit à l'instance des documents rédigés en langue suédoise ainsi que leur traduction parcellaire, dont il ressort que son recours contre une décision de refus d'asile a été rejeté. Il produit également des articles de presse et des extraits de rapports d'organisations non-gouvernementales faisant état de ce que la Suède procéderait à des mesures d'éloignement vers l'Afghanistan. En l'absence de production d'une décision d'éloignement vers l'Afghanistan délivrée par les autorités suédoises, le moyen tiré de ce que la décision attaquée méconnaitrait les dispositions relatives aux conditions matérielles d'accueil et serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation du motif légitime qu'il a invoqué pour refuser d'être éloigné vers la Suède doit, en tout état de cause, être écarté.

8. En quatrième et dernier lieu, la production d'un compte rendu des urgences du 4 février 2020 faisant état d'un syndrome grippal et d'une surinfection pulmonaire et les prescriptions le 11'décembre 2019 d'un antibiotique ne permettent pas d'établir l'existence d'une situation de vulnérabilité à la date de la décision attaquée.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée y compris en ce qu'elle comporte des conclusions à fin d'injonction sous astreinte et une demande présentée au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sans qu'il soit besoin d'examiner la demande de substitution de motifs sollicitée par l'OFII.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Semak et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 5 mars 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Rimeu, présidente,

M. Jégard, premier conseiller,

Mme El Mouats-Saint-Dizier, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 mars 2025.

Le rapporteur,

X. JÉGARDLa présidente,

S. RIMEU

La greffière,

P. LABOUREL

La République mande et ordonne au ministre d'État, ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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