mercredi 17 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2203599 |
| Type | Décision |
| Recours | Autorisation |
| Publication | C |
| Formation | OQTF 6 semaines - 5ème chambre |
| Avocat requérant | SCP BARBARY MORICE L'HELIAS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 19 mars 2022, M. A E, représenté par Me L'Helias, demande au Tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 17 mars 2022 par lequel le préfet de la Vendée lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de douze mois ;
2°) d'annuler l'arrêté du 17 mars 2022 par lequel le préfet de la Mayenne l'a assigné à résidence dans le département de la Mayenne pendant une durée de six mois et lui a fait obligation de se présenter chaque semaine, le mercredi et le vendredi à 8h, à la brigade de gendarmerie de Mayenne ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Mayenne, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement des articles L. 435-1 et L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 000 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la compétence des signataires des arrêtés attaqués n'est pas établie ;
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation et n'a pas procédé à un examen approfondi de sa situation ;
- le préfet a méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; il vit en France depuis quatre ans avec son épouse et ses deux enfants ; son troisième enfant est né le 17 janvier 2022 ; il s'exprime bien en français ; il fait du bénévolat et dispose d'un réseau relationnel amical sur le territoire français ; son épouse est bien intégrée ; ses deux premiers enfants sont scolarisés ; il s'est vu proposer un contrat de travail à durée indéterminée à temps plein par un paysagiste qui va solliciter une autorisation de travail ; il s'apprêtait à déposer une demande d'admission exceptionnelle au séjour ; il va demander sa régularisation au préfet de la Mayenne dans les prochains jours ;
- le préfet a méconnu l'article 3.1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ; il risque d'être séparé de ses enfants s'il est reconduit dans son pays d'origine ; ses enfants ne peuvent le suivre dans son pays, pas plus qu'en Russie ; la cellule familiale ne pourra se reconstituer s'il est éloigné vers l'Arménie ;
- le préfet a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur sa situation ;
Sur la décision lui refusant un délai de départ volontaire :
- il justifie de son intention de solliciter à brève échéance la régularisation de sa situation administrative ; il a respecté les conditions de l'assignation à résidence dont il a déjà fait l'objet ;
Sur la décision portant fixation du pays de destination :
- le préfet a méconnu l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et le dernier alinéa de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision contrevient à l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et à l'article 3.1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ; suite aux évènements qui l'ont contraint, ainsi que son épouse à se réfugier en France, cette dernière a été suivie en France par une psychologue ;
Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- le préfet a méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
Sur la décision portant assignation à résidence :
- elle sera annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- le préfet a méconnu le 1er alinéa de l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; en effet, son éloignement ne constitue pas une perspective raisonnable ; il ne peut être éloigné en Arménie dès lors qu'il doit pouvoir obtenir un titre de séjour et compte tenu des tensions actuelles liées à la guerre en Ukraine ;
- les obligations de pointage et de résidence à son domicile qui lui sont faites vont l'empêcher de conduire et de récupérer ses enfants à l'école ; elles portent atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale.
Par un mémoire en défense, enregistré le 17 mai 2022, le préfet de la Mayenne conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Par un mémoire en défense, enregistré le 18 octobre 2022, le préfet de la Vendée conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- la base légale de la mesure d'éloignement en litige est erronée ; il y a lieu de substituer le 4° au 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la base légale du refus d'accorder un délai de départ volontaire est erronée ; il y a lieu de substituer le 5° au 1° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Par décision du 23 mai 2022, M. E a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu les pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du Tribunal a désigné M. Martin, vice-président, pour statuer sur les requêtes relevant des procédures prévues aux articles L. 614-1 à L. 614-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. C a été entendu au cours de l'audience publique du 9 février 2023.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. E, ressortissant arménien né le 17 mars 1987, est entré irrégulièrement en France le 5 février 2018, accompagné de son épouse, de nationalité russe, et de leurs deux enfants mineurs, nés respectivement en 2012 et 2013. Il a déposé, ainsi que son épouse, le 13 mars 2018, une demande d'asile auprès de la préfecture de la Loire-Atlantique. Les demandes des deux époux ont été rejetées par des décisions du directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 12 août 2018. Ces rejets ont été confirmés par des décisions de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) datées, en ce qui concerne M. E, du 18 mars 2019 et, en ce qui concerne Mme E, du 26 novembre 2019. Par deux arrêtés du 22 juin 2020 pris sur le fondement du 6° du I de l'article L. 511-1 alors en vigueur du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de la Mayenne a fait obligation, respectivement, à M. E et à son épouse de quitter le territoire français sans délai. Les intéressés se sont maintenus sur le territoire français et, le 17 mars 2022, M. E a été interpellé à Noirmoutier (Vendée) pour infraction au code de la route et placé en retenue pour vérification de son droit au séjour. Par un arrêté du même jour, le préfet de la Vendée a fait obligation à M. E de quitter le territoire français sans délai, fixé l'Arménie comme pays de destination et prononcé à l'encontre de l'intéressé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de douze mois. Par un second arrêté du même jour, le préfet de la Mayenne a assigné M. E à résidence dans le département de la Mayenne pendant une durée de six mois. Par la présente requête, M. E demande l'annulation de ces deux arrêtés du 17 mars 2022.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'arrêté du préfet de la Vendée :
S'agissant du moyen soulevé à l'encontre de l'ensemble des décisions contenues dans l'arrêté :
2. L'arrêté attaqué a été signé par M. B, directeur de la citoyenneté et de la légalité à la préfecture de la Vendée. Il ressort des pièces du dossier que M. B a reçu du préfet de la Vendée délégation pour signer, notamment, les décisions portant obligation de quitter le territoire français, avec ou sans délai de retour volontaire, les décisions relatives au pays de renvoi et celles relatives à l'interdiction de retour sur le territoire français, aux termes de l'arrêté portant délégation de signature du 22 novembre 2021 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit, dès lors, être écarté comme manquant en fait.
S'agissant des autres moyens soulevés à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
3. En premier lieu, il ressort de la motivation de l'arrêté attaqué, rappelée par le requérant dans ses écritures, que le préfet de la Vendée a bien procédé à un examen sérieux de la situation personnelle de M. E avant de prononcer à son encontre une obligation de quitter le territoire français.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () ".
5. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué que, pour obliger M. E à quitter le territoire français, le préfet de la Vendée s'est fondé sur le 1° de l'article L. 611, cité au point précédent, du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il est constant qu'à la date de cet arrêté, le requérant ne pouvait justifier être entré régulièrement sur le territoire français et se maintenait sur ce territoire sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité. Il entrait ainsi dans le champ d'application des dispositions du 1° de l'article
L. 611-1. S'il entrait également, en tant que demandeur d'asile débouté, dans celui des dispositions du 4° du même article, il n'y a pas lieu de substituer ce fondement légal à celui retenu par le préfet.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ". Pour l'application de ces dispositions et stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
7. M. E fait valoir qu'à la date de l'arrêté attaqué, il justifie séjourner depuis quatre ans en France en compagnie de son épouse, que leurs deux premiers enfants sont scolarisés à Mayenne et qu'un troisième enfant est né sur le sol français le 17 janvier 2022. Il se prévaut des efforts d'intégration de son épouse, illustrés par son engagement bénévole au sein de l'association Les Possibles et de l'antenne d'Emmaüs de Mayenne, ainsi que par son apprentissage du français. Lui-même produit une promesse d'embauche établie par un paysagiste de Noirmoutier-en-l'Ile qui se déclare prêt à le recruter pour une durée indéterminée à compter du 1er février 2022 comme ouvrier paysagiste. Toutefois, il est constant que Mme E, qui a fait aussi l'objet, comme il a été dit au point 1, d'une obligation de quitter le territoire français, se trouve en situation irrégulière. A la date de l'arrêté attaqué et depuis le rejet définitif de leurs demandes d'asile, les deux époux n'avaient entamé aucune démarche pour régulariser leur situation. Ils ne font état d'aucune circonstance particulière qui s'opposerait à la reconstitution de leur cellule familiale en Arménie, leurs enfants âgés de huit et sept ans pouvant y poursuivre leur scolarité. S'il ressort des pièces du dossier, en particulier d'une attestation d'une psychologue, datée du 11 octobre 2019, que Mme E souffrait alors de troubles du sommeil, de réminiscences envahissantes et éprouvait des sentiments de peur et de culpabilité, aucune information n'est fournie sur l'évolution son état de santé depuis cette date. Aussi, en dépit des efforts d'intégration déployés par les intéressés, la décision attaquée obligeant M. E à quitter le territoire français n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquelles elle a été prise et n'a, par suite, pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
8. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3, paragraphe 1, de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait () des tribunaux, des autorités administratives (), l'intérêt supérieur des enfants doit être une considération primordiale ".
9. Comme il a été dit, la mesure d'éloignement prononcée par le préfet de la Vendée à l'encontre de M. E n'a pas pour effet de le séparer de ses enfants, en l'absence de circonstance particulière qui ferait obstacle à la reconstitution de la cellule familiale en Arménie. Dès lors, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet, en lui faisant obligation de quitter le territoire français, aurait méconnu l'article 3.1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
10. En cinquième lieu, pour les raisons exposées au point 4, le moyen tiré de l'erreur manifeste que le préfet aurait commise dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle du requérant doit être écarté.
S'agissant des autres moyens soulevés à l'encontre de la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :
11. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () ".
12. Il est constant que M. E est entré irrégulièrement sur le territoire français et n'a pas, après le rejet de sa demande d'asile, sollicité la délivrance d'une carte de séjour à un autre titre. Dans ces conditions, le préfet a fait une exacte application des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en refusant d'octroyer à M. E un délai de départ volontaire en raison du risque qu'il se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français. La double circonstance, à la supposer établie, que l'intéressé envisageait, à la date de l'arrêté attaqué, de déposer à brève échéance une demande de titre de séjour et qu'il avait respecté les termes d'une précédente assignation à résidence prononcée à son encontre par un arrêté du préfet de la Mayenne du 13 janvier 2020 est sans incidence à cet égard. Par suite, il n'y a pas lieu de faire droit à la substitution de base légale présentée par le préfet de la Vendée.
S'agissant des autres moyens soulevés à l'encontre de la décision portant fixation du pays de destination :
13. En premier lieu, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ".
14. M. E fait état dans ses écritures de ce qu'un retour dans son pays d'origine l'exposerait à un danger dès lors qu'il y serait victime de mauvais traitements en raison de l'appartenance de son épouse à l'ethnie yézide alors que lui-même serait chrétien. Il se réfère ainsi au récit qu'il a présenté successivement à l'OFPRA et à la CNDA, lesquels, comme il a été dit, ont considéré que la réalité de ce danger ne pouvait être tenue pour établie. En l'absence d'élément nouveau susceptible d'étayer les allégations de M. E selon lesquelles il serait exposé de manière suffisamment personnelle, certaine et actuelle, au risque de subir des traitements prohibés par l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, le moyen tiré de ce que le préfet, en désignant l'Arménie comme pays de renvoi, aurait méconnu l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
15. En second lieu, M. E soutient que, son épouse et ses enfants étant de nationalité russe, il se trouvera séparé de ceux-ci en étant renvoyé en Arménie. Il ressort toutefois des pièces du dossier que les deux époux ont, antérieurement à leur venue en France, vécu successivement en Arménie et en Russie avec leurs enfants. Aussi, en l'absence d'éléments probants sur l'impossibilité pour Mme E et les trois enfants d'accompagner M. E en Arménie, le moyen tiré de ce que le préfet, en désignant ce dernier pays comme pays de destination, aurait méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3.1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.
S'agissant des autres moyens soulevés à l'encontre de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
16. Pour les raisons mentionnées au point 7, le préfet de la Vendée, en prononçant à l'encontre de M. E une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an, n'a pas méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
17. Il résulte de ce qui précède que M. E n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué du préfet de la Vendée du 17 mars 2022.
En ce qui concerne l'arrêté du préfet de la Mayenne :
18. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé, en l'absence du directeur de la citoyenneté, par Mme F G, cheffe du bureau de l'éloignement et du contentieux à la préfecture de la Mayenne. Il ressort des pièces du dossier que, par un arrêté de délégation de signature du 8 mars 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet de la Mayenne a donné délégation, en cas d'absence ou d'empêchement du directeur de la citoyenneté, à Mme G à l'effet de signer, notamment, les décisions portant assignation à résidence. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. D, directeur de la citoyenneté, n'aurait pas été absent ou empêché à la date de l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de cet arrêté doit être écarté comme manquant en fait.
19. En deuxième lieu, en l'absence d'annulation de l'arrêté faisant obligation à M. E de quitter le territoire français sans délai et fixant le pays de destination, l'intéressé n'est pas fondé à se prévaloir de cette annulation pour demander, par voie de conséquence, celle de l'arrêté l'assignant à résidence.
20. En troisième lieu, l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " L'autorité administrative peut autoriser l'étranger qui justifie être dans l'impossibilité de quitter le territoire français ou ne pouvoir ni regagner son pays d'origine ni se rendre dans aucun autre pays, à se maintenir provisoirement sur le territoire en l'assignant à résidence jusqu'à ce qu'existe une perspective raisonnable d'exécution de son obligation, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ".
21. M. E, à l'appui de son affirmation selon laquelle il n'entre pas dans le champ d'application du 1° de l'article L. 731-3 cité au point précédent, se borne à soutenir, pour contester l'assignation à résidence prononcée par le préfet sur le fondement de ces dispositions, qu'en raison de son droit à obtenir un titre de séjour et du contexte international tendu lié à la guerre entre la Russie et l'Ukraine, son éloignement ne peut être considéré comme une perspective raisonnable. Toutefois, les dispositions précitées de l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne subordonnent pas le prononcé d'une mesure d'assignation à résidence à l'existence d'une perspective raisonnable d'exécution de la décision d'éloignement, pour laquelle cette mesure est prise. Au contraire, une telle mesure ne peut intervenir qu'en l'absence d'une telle perspective à la date à laquelle elle est prononcée. Par suite, alors au demeurant que le requérant ne justifie pas d'un droit à se voir délivrer un titre de séjour et que le contexte international dont il se prévaut n'est pas de nature à rendre son éloignement en Arménie définitivement impossible, le moyen énoncé tiré de la méconnaissance des dispositions citées au point 20 ne peut qu'être écarté.
22. En quatrième lieu, M. E soutient que les modalités de son assignation sont disproportionnées au regard de sa situation dès lors qu'elles l'empêchent de conduire et d'aller chercher ses enfants à l'école pendant que son épouse est occupée par ses activités bénévoles. Toutefois, si l'arrêté attaqué impose à M. E un pointage, deux fois par semaine, le mercredi et le vendredi, à 8h, à la brigade de gendarmerie de Mayenne, afin de faire constater qu'il respecte son assignation à résidence, l'intéressé n'apporte aucune précision sur l'impossibilité pour lui de respecter cette obligation, compte tenu des contraintes respectives de ses enfants et de son épouse. Il n'est, par suite, pas fondé à soutenir que cette obligation de pointage porterait une atteint disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale.
23. Il résulte de ce qui précède que M. E n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué du préfet de la Mayenne du 17 mars 2022.
24. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. E doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction et les frais liés au litige :
25. Les conclusions à fin d'annulation présentées par M. E étant rejetées, ses conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées par voie de conséquence. De même, la demande présentée par le requérant au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, tendant à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'Etat, ne peut, dès lors que ce dernier n'est pas partie perdante dans la présente instance, qu'être rejetée.
D E C I D E
Article 1er : La requête de M. E est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A E, au préfet de la Vendée, au préfet de la Mayenne et à Me L'Helias.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 mai 2023.
Le magistrat désigné,
L. C La greffière,
V. MALINGRE La République mande et ordonne au préfet de la Mayenne
en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
V. Malingre
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Sujet principal : Recours d'un agent public stagiaire contre le refus de sa titularisation et la prorogation de son stage. Juridiction : Tribunal Administratif de Montpellier (2ème chambre). Solution retenue : Le jugement, non intégralement reproduit, statue sur la légalité de l'arrêté de prorogation de stage et de l'arrêté refusant la titularisation. L'agent invoque notamment des vices de procédure, une erreur manifeste d'appréciation, un détournement de procédure et une violation de l'article L. 327-1 du code général de la fonction publique concernant les conditions du stage. Textes appliqués : Le code général de la fonction publique (notamment article L. 327-1) et le code de justice administrative (article L. 761-1 sur les frais irrépétibles).
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