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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2204222

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2204222

lundi 5 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2204222
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème Chambre
Avocat requérantVIGNERON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 31 mars 2022, M. F E et Mme B C, représentés par Me Vigneron, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 6 octobre 2021 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours contre la décision du 25 avril 2021 des autorités consulaires françaises en Egypte refusant de délivrer à M. E un visa de long séjour en qualité de membre de la famille d'une réfugiée ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de délivrer le visa sollicité, dans le délai de 48 heures à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard, ou à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à leur conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Ils soutiennent que :

- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente, dès lors que la compétence du signataire n'est pas établie ;

- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'il n'est pas démontré que la commission ait statué sur le recours en étant régulièrement composée ;

- elle est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur de droit dès lors que M. E, en qualité de concubin d'une réfugiée, remplit les conditions pour bénéficier de la procédure de réunification familiale ;

- elle méconnaît les stipulations des articles 8 et 12 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles des articles 7 et 9 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 octobre 2022, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 6 décembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B C, ressortissante syrienne, s'est vue reconnaître la qualité de réfugiée par décision du directeur général de l'Office de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 17 novembre 2015. M. E, qu'elle présente comme son conjoint, a déposé une demande de visa de long séjour auprès des autorités consulaires françaises en Egypte, en qualité de membre de la famille d'une réfugiée. Par une décision en date du 25 avril 2021, ces autorités ont refusé de lui délivrer le visa sollicité. Par une décision du 6 octobre 2021, dont les requérants demandent l'annulation, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre cette décision consulaire.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, par décret en date du 8 mars 2019, M. D G, signataire de la décision attaquée, a été reconduit dans les fonctions de président de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France, pour une durée de trois ans à compter du 2 avril 2019. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article D. 312-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Une commission placée auprès du ministre des affaires étrangères et du ministre chargé de l'immigration est chargée d'examiner les recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France prises par les autorités diplomatiques ou consulaires. La saisine de cette commission est un préalable obligatoire à l'exercice d'un recours contentieux, à peine d'irrecevabilité de ce dernier. " Aux termes de l'article D. 312-5 du même code : " Le président de la commission mentionnée à l'article D. 312-3 est choisi parmi les personnes ayant exercé des fonctions de chef de poste diplomatique ou consulaire. / La commission comprend, en outre : / 1° Un membre, en activité ou honoraire, de la juridiction administrative ; / 2° Un représentant du ministre des affaires étrangères ; / 3° Un représentant du ministre chargé de l'immigration ; / 4° Un représentant du ministre de l'intérieur. / Le président et les membres de la commission sont nommés par décret du Premier ministre pour une durée de trois ans. Pour chacun d'eux, un premier et un second suppléants sont nommés dans les mêmes conditions. ". L'article 1er de l'arrêté du 4 décembre 2009 visé ci-dessus prévoit que cette commission " délibère valablement lorsque le président ou son suppléant et deux de ses membres au moins, ou leurs suppléants respectifs, sont réunis ".

4. Il ressort des pièces du dossier que, lors de la séance du 6 octobre 2021 au cours de laquelle elle a examiné le recours formé par M. E, la commission de recours contre les décisions de refus de visa s'est réunie en présence de son président et de quatre de ses membres. Par suite, et alors que cette commission s'est effectivement réunie et que le quorum était atteint, le moyen tiré de ce que la décision attaquée a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière doit être écarté comme manquant en fait.

5. En troisième lieu, il ressort des termes de la décision attaquée que, pour rejeter le recours formé par M. E et Mme C, la commission de recours s'est fondée sur le motif tiré de ce que celui-ci ne rentre pas " dans le cadre du droit à réunification familiale prévu par les dispositions de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ", le mariage " ayant été enregistré le 23/06/2019 par le tribunal musulman d'Al-Qutayfah, postérieurement à la date d'introduction de la demande d'asile par Mme B C, qui s'était alors déclarée, de manière constante, célibataire et enregistrée comme tel auprès de l'OFPRA. ".

6. Aux termes de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, le ressortissant étranger qui s'est vu reconnaître la qualité de réfugié ou qui a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre de la réunification familiale : 1° Par son conjoint ou le partenaire avec lequel il est lié par une union civile, âgé d'au moins dix-huit ans, si le mariage ou l'union civile est antérieur à la date d'introduction de sa demande d'asile ; / 2° Par son concubin, âgé d'au moins dix-huit ans, avec lequel il avait, avant la date d'introduction de sa demande d'asile, une vie commune suffisamment stable et continue ; () ".

7. Les requérants soutiennent s'être mariés religieusement le 18 septembre 2014 en Egypte. Ils produisent la traduction d'un jugement du tribunal islamique du 18 août 2019 portant validation du mariage à la date du 18 septembre 2014 et son enregistrement dans les registres d'état civil, ainsi qu'un certificat de mariage établi le 14 juillet 2019 par le ministère de l'intérieur syrien, actes établis postérieurement à la date d'introduction par Mme C de sa demande d'asile. Toutefois, s'il est également produit la traduction d'un contrat de mariage daté du 18 septembre 2014, ces documents ne sont pas suffisamment probants pour établir que les requérants auraient été mariés antérieurement à la date d'introduction de la demande d'asile de l'intéressée, alors que Mme C a déclaré à l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides lors de sa demande d'asile qu'elle était célibataire.

8. Si les requérants se prévalent de leur qualité de concubins, en application des dispositions du 2° de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et produisent des photographies, des échanges par messagerie instantanée et des attestations de proches, ces pièces, qui ne sont pas datées, ne permettent pas de regarder comme établie l'existence d'une vie commune suffisamment stable et continue avant la date d'introduction de la demande d'asile de Mme C. De même, la circonstance selon laquelle les requérants ont tous deux quitté la Syrie pour l'Egypte le 30 janvier 2013 ne permet à elle seule pas de l'établir. Il suit de là que c'est sans commettre d'erreur de droit, ni sans avoir faire une inexacte appréciation des circonstances de l'espèce que la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a refusé de délivrer à M. E le visa qu'il sollicitait.

9. En quatrième lieu, en refusant de délivrer un visa de long séjour au titre de la réunification familiale, la décision attaquée n'a pas pour objet ni pour effet d'empêcher les requérants de se marier. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 12 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est donc écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 9 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne doit également être écarté.

10. En dernier lieu, à défaut pour les requérants de justifier de leur relation avant l'introduction de sa demande d'asile par Mme C, et dès lors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que l'intéressé ne pourra pas la rejoindre en France dans le cadre de la procédure de regroupement familial, la décision attaquée ne porte pas au droit au respect de la vie privée et familiale des requérants une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 7 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne doit également être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme C et par M. E doivent être rejetées. Par voie de conséquence, leurs conclusions à fin d'injonction ainsi que celles présentées au titre des frais liés au litige doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. E et Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. F E, à Mme B C, à Me Vigneron et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 14 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Allio-Rousseau, présidente,

Mme Beyls, conseillère,

Mme Heng, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 décembre 2022.

La rapporteure,

H. A

La présidente,

M.-P. ALLIO-ROUSSEAULa greffière,

S. JEGO

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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