jeudi 27 mars 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2205077 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 7ème Chambre |
| Avocat requérant | ROSE |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance du 20 avril 2022, enregistrée le 21 avril 2022 au greffe du tribunal, le tribunal administratif de Toulon a transmis au tribunal, en application de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, la requête présentée par Mme B A.
Par cette requête, enregistrée au greffe du tribunal de Toulon le 22 mars 2022, et des mémoires, enregistrés le 29 janvier 2024 et 27 janvier 2025, Mme A, représentée par Me Rosé, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 25 août 2021 par laquelle le préfet du Var a ajourné à trois ans sa demande de naturalisation ;
2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros en application de l'article L.'761-1 du code de justice administrative.
Mme A soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :
- sa requête, dirigée contre la décision préfectorale, est recevable, dès lors qu'elle a été introduite avant la date à laquelle a été prise la décision ministérielle du 25 mars 2022 ;
- la décision préfectorale et la décision ministérielle sont entachées d'une erreur de fait, d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaissent le principe de la présomption d'innocence, dès lors que la matérialité des faits qui lui sont reprochés n'est pas établie, la procédure pénale litigieuse ayant fait l'objet d'un classement sans suite et le bulletin numéro 3 de son casier judiciaire ne comportant aucune mention ;
- la décision préfectorale et la décision ministérielle sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'elle justifie de périodes d'emploi, lesquelles ne dépendent pas d'elle mais de son employeur et des difficultés rencontrées pour le renouvellement de sa carte de séjour, et qu'en dehors de ces périodes d'emploi elle a nécessairement été inscrite à Pôle emploi ;
- elle est parfaitement intégrée à la société française et a une vie stable avec ses deux enfants.
Par un mémoire en défense, enregistré le 12 octobre 2023, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- les conclusions à fin d'annulation de la décision préfectorale sont irrecevables dès lors que sa décision s'y est substituée ;
- aucun des moyens soulevés par Mme A n'est fondé, les deux motifs ayant fondé sa décision n'étant entachés d'illégalité ; en tout état de cause, il aurait pris la même décision s'il s'était fondé sur l'un ou l'autre de ces motifs.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Hannoyer, premier conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B A, ressortissante tunisienne née en 1976, demande au tribunal d'annuler la décision du 25 août 2021 par laquelle le préfet du Var a ajourné à trois ans sa demande de naturalisation.
2. Toutefois, en application des dispositions de l'article 45 du décret du 30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française, les décisions par lesquelles le ministre statue sur les recours préalables obligatoires se substituent à celles des autorités préfectorales qui lui sont déférées et dont les conclusions à fin d'annulation deviennent dès lors irrecevables. Or, la décision du ministre de l'intérieur en date du 25 mars 2022, rejetant le recours formé par Mme A contre la décision préfectorale du 25 août 2021 et substituant à celle-ci un ajournement à deux ans de sa demande de naturalisation, s'est substituée à cette décision préfectorale. Ainsi, les conclusions de Mme A dirigées contre la décision préfectorale sont irrecevables, les moyens dirigés contre cette décision sont inopérants, et la requête doit être regardée comme dirigée contre la décision ministérielle du 25 mars 2022.
3. Aux termes de l'article 21-15 du code civil : " () l'acquisition de la nationalité française par décision de l'autorité publique résulte d'une naturalisation accordée par décret à la demande de l'étranger ". En vertu des dispositions de l'article 48 du décret du 30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française, si le ministre chargé des naturalisations estime qu'il n'y a pas lieu d'accorder la naturalisation sollicitée, il prononce le rejet de la demande. Il peut également en prononcer l'ajournement en imposant un délai ou des conditions. Une fois ce délai expiré ou ces conditions réalisées, il appartient à la postulante, si elle le juge opportun, de formuler une nouvelle demande. Il appartient ainsi au ministre de porter une appréciation sur l'intérêt d'accorder la naturalisation à la ressortissante étrangère qui la sollicite. Dans le cadre de cet examen d'opportunité, il peut légalement prendre en compte le degré d'insertion professionnelle et d'autonomie matérielle de la postulante, ainsi que les renseignements défavorables recueillis sur le comportement de celle-ci
4. Pour confirmer l'ajournement de la demande d'acquisition de la nationalité française de Mme A, le ministre s'est fondé sur les motifs tirés de ce que, d'une part, l'intéressée avait fait l'objet d'une procédure pénale pour non-représentation d'enfant le 17 novembre 2018, procédure qui a donné lieu à une médiation et, d'autre part, son insertion professionnelle ne pouvait être considérée comme pleinement réalisée en l'absence de ressources suffisantes.
5. En premier lieu, d'une part, il ressort des pièces du dossier que Mme A, qui ne conteste pas sérieusement la matérialité des faits qui lui sont reprochés en se bornant à soutenir qu'elle n'a pas été condamnée et à invoquer le conflit l'opposant au père de ses enfants, a fait l'objet d'une procédure pénale pour des faits de non-représentation d'enfant commis le 17 novembre 2018, laquelle procédure a été classée sans suite le 28 janvier 2020 par le parquet de Draguignan au motif qu'elle a donné lieu à une médiation pénale, mesure alternative aux poursuites qui nécessite la reconnaissance des faits par son auteur. Par ailleurs, une demande de naturalisation ne présentant pas le caractère d'une mesure pénale ou disciplinaire, Mme A ne peut utilement se prévaloir des principes applicables en la matière tels que celui de la présomption d'innocence. Dans ces conditions, en se fondant, pour ajourner à deux ans la demande de l'intéressée, notamment sur ces faits, non dépourvus de gravité et qui étaient encore récents à la date de la décision attaquée, le ministre, qui n'a pas entaché sa décision d'erreur de fait, n'a pas davantage, eu égard au large pouvoir dont il dispose pour apprécier l'opportunité d'accorder ou non la nationalité française au ressortissant étranger qui la sollicite, commis d'erreur manifeste d'appréciation.
6. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que Mme A a perçu, au titre de ses revenus professionnels, 0 euro en 2019, 1 738 euros en 2018, 5 689 euros en 2017 et 3 363 euros en 2016, qu'elle a été inscrite à Pôle emploi du 1er septembre 2016 au 1er mars 2017, du 5 septembre 2017 au 30 septembre 2019 et du 28 octobre 2019 au 31 août 2020, et que l'intéressée mentionne dans son dossier de demande de naturalisation avoir travaillé en qualité d'agent comptable de 2009 à 2013, puis d'auxiliaire de vie scolaire (AVS) en mars 2016, et enfin d'emploi de vie scolaire (EVS) de septembre 2016 à août 2017. Par ailleurs, Mme A ne contredit pas sérieusement le second motif de la décision attaquée en se bornant à soutenir qu'elle a justifié de périodes d'emploi, notamment en vertu de contrats de travail à durée déterminée conclus à partir de l'été 2020, au titre desquels elle percevait des revenus insuffisamment élevés et stables, et que ces périodes ne dépendraient pas d'elle mais de son employeur et des difficultés rencontrées pour le renouvellement de sa carte de séjour, et qu'en dehors de ces périodes, il lui a été nécessaire de s'inscrire à Pôle emploi. Dans ces conditions, le ministre a pu également, eu égard au large pouvoir d'appréciation dont il dispose pour apprécier l'opportunité d'accorder la nationalité française au ressortissant étranger qui la sollicite, ajourner la demande de naturalisation de Mme A pour le second motif mentionné ci-dessus sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation.
7. En second lieu, les circonstances selon lesquelles Mme A serait parfaitement intégrée à la société française et aurait une vie stable avec ses deux enfants sont sans incidence sur la légalité de la décision attaquée, eu égard aux motifs sur lesquels elle se fonde.
8. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme A ne peut qu'être rejetée, en toutes ses conclusions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2': Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur.
Délibéré après l'audience du 13 mars 2025, à laquelle siégeaient :
Mme Béria-Guillaumie, présidente,
M. Hannoyer, premier conseiller,
Mme Baufumé, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 mars 2025.
Le rapporteur,
R. HANNOYERLa présidente,
M. BÉRIA-GUILLAUMIE
Le greffier,
P. VOSSELER
La République mande et ordonne au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Toulouse — N° TA31-2505581
Le Tribunal Administratif de Toulouse a rejeté les requêtes de M. C... A... et Mme D... B... visant à annuler les arrêtés préfectoraux du 30 juin 2025 leur imposant une obligation de quitter le territoire français (OQTF), une interdiction de retour et fixant un pays de renvoi. La juridiction a estimé que le préfet de la Haute-Garonne était compétent et que les décisions attaquées, prises en application des articles L. 611-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), n'étaient entachées d'aucune illégalité, notamment au regard des exigences de motivation et de la Convention européenne des droits de l'homme. Les demandes d'injonctions et de provision pour frais d'avocat ont également été rejetées.
08/04/2026
Tribunal Administratif de Toulouse — N° TA31-2505951
Le Tribunal Administratif de Toulouse a rejeté la requête en annulation d'un arrêté d'éloignement pris à l'encontre d'un ressortissant italien. Le juge a écarté les moyens soulevés, notamment ceux tirés de l'incompétence de l'autorité signataire, du défaut de motivation et de la méconnaissance du droit d'être entendu. La décision s'appuie sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
08/04/2026
Tribunal Administratif de Toulouse — N° TA31-2505158
Le Tribunal Administratif de Toulouse a annulé l'arrêté préfectoral refusant le renouvellement du titre de séjour et ordonnant l'éloignement d'un ressortissant géorgien paraplégique. La juridiction a jugé que le préfet avait méconnu les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en ne démontrant pas que l'offre de soins dans le pays de renvoi était appropriée à l'état de santé grave du requérant. Elle a également relevé une insuffisance de motivation concernant la menace pour l'ordre public et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme. En conséquence, l'ensemble des mesures d'éloignement a été annulé.
08/04/2026
Tribunal Administratif de Toulouse — N° TA31-2505835
Le Tribunal Administratif de Toulouse a annulé l'arrêté préfectoral du 8 juillet 2025 refusant l'admission au séjour et ordonnant l'éloignement d'un ressortissant algérien. La juridiction a estimé que le préfet avait commis une erreur manifeste d'appréciation en ne tenant pas suffisamment compte de l'intégration réelle du requérant, caractérisée par une présence stable depuis 2018, la scolarité ancienne et assidue de ses quatre enfants en France, et ses efforts d'insertion professionnelle. Le juge a appliqué les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, au regard notamment des exigences de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme relatif au respect de la vie privée et familiale.
08/04/2026