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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2206074

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2206074

mardi 4 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2206074
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantSELARL DESMARS BELONCLE BARZ CABIOCH

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 11 mai 2022, Mme B A, représentée par Me Cabioch, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 23 novembre 2021 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office à l'expiration de ce délai ;

2°) à titre subsidiaire, d'abroger l'arrêté attaqué ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de 2 mois à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de 8 jours, sous astreinte de 10 euros par jour de retard, ou à titre subsidiaire de réexaminer sa demande dans un délai de 2 mois, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 800 euros à Me Cabioch en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sur l'aide juridique.

Elle soutient que :

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est entachée d'un défaut de motivation, révélant un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

- elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière au regard des dispositions des articles L. 425-9 et R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) n'ayant pas émis d'avis la concernant ;

- elle est entachée d'erreur de droit et d'erreur d'appréciation au regard des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors qu'elle est en couple depuis plus d'un an avec un ressortissant français ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de ces dispositions ;

- sa demande d'abrogation de l'arrêté attaqué découle de la jurisprudence du Conseil d'Etat issue de sa décision n° 437141 et 437142 du 19 novembre 2021 ; l'abrogation permet de ne pas laisser dans l'ordonnancement juridique une décision illégale et portant atteinte à un ensemble de droits fondamentaux au rang desquels ceux garantis par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'un défaut de motivation, révélant un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

- l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour entraîne, par voie de conséquence, l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

Sur la décision fixant le pays de destination :

- elle est entachée d'un défaut de motivation, révélant un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

- l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire entraîne par voie de conséquence l'illégalité de la décision fixant le pays de destination.

Une mise en demeure a été adressée au préfet de la Loire-Atlantique le 23 février 2023.

Par ordonnance du 23 février 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 23 mars 2023.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 25 avril 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Frelaut,

- et les observations de Me Power, substituant Me Cabioch, avocat de Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante ivoirienne née le 10 septembre 1981, est entrée en France le 11 novembre 2016 sous couvert d'un visa de court séjour. Après avoir été déboutée de l'asile par une décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 15 février 2021, elle a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 23 novembre 2021, le préfet de la Loire-Atlantique a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office à l'expiration de ce délai.

2. D'une part, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".

3. D'autre part, aux termes de l'article R. 612-6 du code de justice administrative : " Si, malgré une mise en demeure, la partie défenderesse n'a produit aucun mémoire, elle est réputée avoir acquiescé aux faits exposés dans les mémoires du requérant. ". Si, lorsque le défendeur n'a produit aucun mémoire, le juge administratif n'est pas tenu de procéder à une telle mise en demeure avant de statuer, il doit, s'il y procède, en tirer toutes les conséquences de droit. Il lui appartient seulement, lorsque les dispositions citées ci-dessus sont applicables, de vérifier que l'inexactitude des faits exposés dans les mémoires du requérant ne ressort d'aucune pièce du dossier.

4. Mme A soutient qu'elle réside en France depuis plus de 5 ans, étant entrée en France en novembre 2016, et qu'elle était en couple depuis plus d'un an avec un ressortissant français à la date de la décision attaquée, avec lequel elle a d'ailleurs conclu un pacte civil de solidarité en mars 2022. Faute d'avoir produit un mémoire en défense, le préfet doit être regardé comme ayant acquiescé à ces faits dont la matérialité n'est pas contredite par les pièces du dossier. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que Mme A était, à la date de la décision attaquée, enceinte d'un enfant reconnu ensuite par son compagnon, né sans vie le 16 janvier 2022. Compte tenu de l'ensemble de ces éléments, la requérante est fondée à soutenir qu'en refusant de lui délivrer un titre de séjour, le préfet a porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, ni sur les conclusions à fin d'abrogation, formées à titre subsidiaires, que la décision du 23 novembre 2021 par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de délivrer un titre de séjour à Mme A doit être annulée, ainsi que, par voie de conséquence, les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. Le présent jugement implique nécessairement qu'il soit enjoint à l'administration de délivrer à Mme A le titre de séjour sollicité, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

7. Mme A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Cabioch, avocat de la requérante, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet de la Loire-Atlantique du 23 novembre 2021 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Loire-Atlantique de délivrer à Mme A un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Me Cabioch, avocat de Mme A, la somme de 1 200 (mille deux cents) euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Cabioch renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, au préfet de la Loire-Atlantique et à Me Cabioch.

Délibéré après l'audience du 20 juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. Degommier, président,

Mme Frelaut, première conseillère,

Mme Martel, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juillet 2023.

La rapporteure,

L. FRELAUT

Le président,

S. DEGOMMIERLa greffière,

F. ARLAIS

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce que requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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