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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2212871

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2212871

jeudi 20 novembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2212871
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation4ème Chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nantes a examiné la requête de Mme B... contestant la décision de la commission de recours amiable de la CAF de Loire-Atlantique du 12 septembre 2022, qui lui avait accordé une remise partielle d’un indu de prime d’activité de 4 145,01 euros, laissant à sa charge 2 063,5 euros. La requérante demandait une remise totale de l’indu, invoquant une erreur de la CAF et sa situation financière précaire. Le tribunal a rejeté sa contestation du bien-fondé de l’indu, estimant que l’erreur de la CAF dans la prise en compte des revenus du fils de Mme B... ne remettait pas en cause le principe de l’indu. S’agissant de la demande de remise gracieuse, le tribunal a appliqué l’article L. 845-3 du code de la sécurité sociale, qui permet une remise en cas de bonne foi ou de précarité, mais a rejeté la requête, considérant que les éléments fournis ne justifiaient pas une remise totale.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 29 septembre 2022, Mme C... B... demande au tribunal :

1°) d’annuler la décision du 12 septembre 2022 par laquelle la commission de recours amiable de la caisse d’allocations familiales (CAF) de Loire-Atlantique lui a accordé une remise partielle de l’indu de prime d’activité d’un montant de 2 063,51 euros mis à sa charge et a laissé à sa charge une somme de 2 063,5 euros ;

2°) de lui accorder la remise totale de cet indu.

Elle soutient que :
l’indu mis à sa charge résulte d’une erreur de la CAF, qu’elle a signalée dès 2020 ;
sa situation financière ne lui permet pas de rembourser sa dette.


Par un mémoire en défense, enregistré le 7 août 2025, la directrice de la CAF de Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens invoqués par Mme B... ne sont pas fondés.




Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code de la sécurité sociale ;
- le code de justice administrative.


Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Le rapport de Mme Frelaut a été entendus au cours de l’audience publique.



Considérant ce qui suit :

Par une décision du 23 mai 2022, la caisse d’allocations familiales (CAF) de Loire-Atlantique a informé Mme B... d’un trop perçu de prime d’activité d’un montant de 4 145,01 euros pour la période comprise entre août 2020 et avril 2022. Par une décision du 12 septembre 2022, la commission de recours amiable de la CAF de Loire-Atlantique a partiellement fait droit à sa demande de remise de cet indu de prime d’activité et a laissé à sa charge une dette de 2 063,5 euros. Par sa requête, Mme B... demande au tribunal de lui accorder la remise totale de cet indu.

Sur le bien-fondé de l’indu de prime d’activité :

Aux termes de l’article L. 842-1 du code de la sécurité sociale : « Toute personne résidant en France de manière stable et effective qui perçoit des revenus tirés d'une activité professionnelle a droit à une prime d’activité, dans les conditions définies au présent titre ». Aux termes de l’article R. 846-5 du même code : « Le bénéficiaire de la prime d’activité est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations nécessaires à l'établissement et au calcul des droits, relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer. Il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments ».

Aux termes de l’article L. 842-3 du même code : « La prime d’activité est égale à la différence entre : 1° Un montant forfaitaire dont le niveau varie en fonction de la composition du foyer et du nombre d'enfants à charge, augmenté d'une fraction des revenus professionnels des membres du foyer, et qui peut faire l'objet d'une ou de plusieurs bonifications ; 2° Les ressources du foyer, qui sont réputées être au moins égales au montant forfaitaire mentionné au 1°. (…) ». Aux termes de l’article L. 842-4 de ce code : « Les ressources mentionnées à l'article L. 842-3 prises en compte pour le calcul de la prime d'activité sont : / 1° Les ressources ayant le caractère de revenus professionnels ou qui en tiennent lieu ; / 2° Les revenus de remplacement des revenus professionnels ; / 3° L'avantage en nature que constitue la disposition d'un logement à titre gratuit, déterminé de manière forfaitaire ; / 4° Les prestations et les aides sociales, à l'exception de certaines d'entre elles en raison de leur finalité sociale particulière ; / 5° Les autres revenus soumis à l'impôt sur le revenu. ».

Lorsque le recours dont il est saisi est dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d’un indu de prime d’activité, il entre dans l’office du juge d’apprécier, au regard de l’argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d’ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d’indu. Il lui appartient, s’il y a lieu, d’annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l’exercice de son office, de régler le litige.

Il résulte de l’instruction que pour mettre l’indu litigieux à la charge de Mme B..., la CAF de Loire-Atlantique s’est fondée sur la circonstance que les revenus du fils de l’intéressée avaient été pris en compte à tort pour le calcul des droits de cette dernière pendant la période comprise entre août 2020 et avril 2022. Si la directrice de la CAF reconnaît, dans ses écritures en défense, avoir tardé à mettre à jour la situation du fils de la requérante alors que cette dernière avait demandé le retrait de son fils de son dossier depuis le 6 août 2021, cette circonstance, pour regrettable qu’elle soit, ne saurait remettre en cause le bien-fondé de l’indu dans son principe et dans son montant, ni conférer à la requérante le droit de conserver les sommes indûment perçues.

Sur la demande de remise gracieuse de l’indu :

Aux termes de l’article L. 845-3 du code de la sécurité sociale : « Tout paiement indu de prime d’activité est récupéré par l’organisme chargé de son service (…). La créance peut être remise ou réduite par l’organisme (…) en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d’une manœuvre frauduleuse ou d’une fausse déclaration (…) ».

Lorsqu’il statue sur un recours dirigé contre une décision refusant ou ne faisant que partiellement droit à une demande de remise gracieuse d’un indu de prime d’activité, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu’à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d’examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est susceptible d’être accordée, en se prononçant lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des dispositions applicables et des circonstances de fait dont il est justifié par l’une ou l’autre partie à la date de sa propre décision, la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise.

Si Mme B... soutient que sa situation financière ne lui permet pas de s’acquitter de sa dette, elle ne justifie toutefois pas, en dépit de la mesure d’instruction qui lui a été adressée le 3 septembre 2025, qu’elle serait, à la date du présent jugement, dans une situation de précarité compromettant ses capacités de remboursement de la dette en cause, et justifiant de lui accorder la remise gracieuse totale de l’indu restant à sa charge. Par suite, sans qu’il soit besoin de se prononcer sur la bonne foi de l’intéressée, il n’y a pas lieu de faire droit à ses conclusions tendant à l’annulation de la décision attaquée et à la décharge totale de l’indu réclamé.

Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin de décharge présentées par Mme B... doivent être rejetées.




D E C I D E :


Article 1er : La requête de Mme B... est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C... B... et à la ministre de la santé, des solidarités, des familles, de l’autonomie et des personnes handicapées.

Copie en sera adressée à la directrice de la caisse d'allocations familiales de la Loire-Atlantique.



Délibéré après l'audience du 30 octobre 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Allio-Rousseau, présidente,
M. Barès, premier conseiller,
Mme Frelaut, première conseillère.


Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 novembre 2025.



La rapporteure,

L. FRELAUT
La présidente,

M.-P. ALLIO-ROUSSEAU
La greffière,

M. A...




La République mande et ordonne à la ministre de la santé, des familles, de l’autonomie et des personnes handicapées en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce que requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
La greffière.

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