mercredi 11 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2216638 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | SCHAUTEN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 17 décembre 2022 et le 7 mars 2023, Mme D A, représentée par Me Schauten, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler l'arrêté en date du 14 juin 2022 par lequel le préfet de la Sarthe a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;
2°) d'enjoindre, à titre principal, au préfet de la Sarthe de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la décision à intervenir, et à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans le même délai et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans l'attente de ce réexamen ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1400 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son conseil sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat.
Elle soutient que :
En ce qui concerne le refus de titre de séjour :
- l'arrêté est insuffisamment motivé ;
- il est entaché d'une erreur de droit ;
- il méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 8 convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation quant à l'appréciation de sa situation personnelle ;
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire :
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle sera annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant refus de séjour ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
- elle sera annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant refus de séjour.
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 mars 2023, le préfet de la Sarthe conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 novembre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme B,
- et les observations de Me Schauten représentant Mme A.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D A, ressortissante ivoirienne née le 4 novembre 1991, est entrée en France le 2 octobre 2014 sous couvert d'un visa l'autorisant à séjourner pour ses études du
26 septembre 2014 au 26 septembre 2015. Elle a obtenu le renouvellement de son titre jusqu'au 28 novembre 2018. Le 23 novembre 2018, elle a sollicité le renouvellement de son titre de séjour auprès du préfet de Maine-et-Loire, lequel a rejeté sa demande par un arrêté du 19 juillet 2019, portant refus de séjour, l'obligeant à quitter le territoire dans un délai de trente jours et fixant le pays de destination. Par un jugement du tribunal du 17 mars 2021, le recours en annulation de l'arrêté du 19 juillet 2019 a été rejeté. Mme A a déposé, le 28 mars 2022, une demande de titre de séjour " vie privée et familiale " auprès du préfet de la Sarthe, qui a été rejetée par un arrêté du 14 juin 2022 portant refus de titre, l'obligeant à quitter le territoire dans un délai de trente jours et fixant le pays de destination. Par la présente requête, Mme A demande l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance (). 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
3. Si la conclusion d'un pacte civil de solidarité par un étranger, soit avec un Français soit avec un étranger en situation régulière, n'emporte pas, à elle seule, délivrance de plein droit d'une carte de séjour temporaire, la conclusion d'un tel pacte constitue toutefois un élément de la situation personnelle de l'intéressé dont l'autorité administrative doit tenir compte pour apprécier si un refus de délivrance de carte de séjour n'entraînerait pas une atteinte excessive à son droit au respect de sa vie privée et familiale.
4. Si, à la date de l'arrêté attaqué, le pacte civil de solidarité conclu entre Mme A et M. C, ressortissant ivoirien en situation régulière, avait une durée inférieure à un an, il ressort des pièces du dossier que M. C et Mme A justifient d'une communauté de vie antérieure, depuis l'année 2020. De plus, Mme A déclare être en couple avec son compagnon depuis 2014, année où elle indique l'avoir rencontré à l'université d'Albi, au cours de leurs études de droit. Mme A a, par la suite obtenu un master 2 en droit international et européen à l'université d'Angers au titre de l'année universitaire 2015/2016, la séparant de son compagnon qui poursuivait ses études au Mans. Après s'être inscrite auprès de l'institut d'études judiciaires d'Angers en vue de préparer les épreuves d'entrée au centre régional de formation professionnelle à la profession d'avocat au titre des années universitaires 2017/2018 et 2018/2019, Mme A a conclu le 26 mai 2021 un pacte civil de solidarité avec son compagnon. Le couple a notamment eu un enfant né sans vie le 20 décembre 2016, et attendait un enfant à naître au cours de l'année 2023, lequel était d'ailleurs présent à l'audience publique. Par ailleurs, si Mme A n'établit pas avoir eu une activité salariée à la date d'édiction de l'arrêté attaqué, elle a, au cours de ses études, exercé une activité salariée en tant qu'animatrice territoriale non titulaire du 12 octobre 2015 au 28 novembre 2017, puis effectué des missions de bénévolat auprès du secours catholique par la suite. Ainsi, eu égard à l'ensemble de ces éléments, la requérante est fondée à soutenir que le préfet de la Sarthe a porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale, en rejetant sa demande de titre de séjour. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être accueilli.
5. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la décision portant refus de titre de séjour doit être annulée ainsi que, par voie de conséquence, les décisions portant obligation de quitter le territoire et fixant le pays de destination.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
6. Le présent jugement, qui annule la décision rejetant la demande de titre de séjour de Mme A, implique nécessairement, eu égard au motif de l'annulation, la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Il y a lieu, dès lors, d'enjoindre au préfet de la Sarthe de délivrer à Mme A ce titre de séjour, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, et de lui remettre, dans cette attente et sous le délai de quinze jours suivant cette même notification, une autorisation provisoire de séjour avec droit au travail, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction de l'astreinte sollicitée.
Sur les frais du litige :
7. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat, partie perdante dans la présente instance, le versement d'une somme de 1 200 euros à Me Schauten, avocate de Mme A, qui a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Conformément aux dispositions de ce dernier article, la perception de cette somme vaudra renonciation de cette avocate au versement de la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle qui a été accordée à la requérante.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 14 juin 2022 du préfet de la Sarthe est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Sarthe de délivrer à Mme A une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui remettre, dans cette attente et sous le délai de quinze jours suivant cette même notification, une autorisation provisoire de séjour avec droit au travail.
Article 3 : Sous réserve que Me Schauten renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Schauten, avocate de Mme A, une somme de 1 200 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme D A, au préfet de la Sarthe et à Me Schauten.
Délibéré après l'audience du 13 septembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Luc Martin, président,
M. David Labouysse,premier conseiller,
Mme Justine-Kozue Kubota, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 octobre 2023.
La rapporteure,
J-K. B
Le président,
L. MARTIN
La greffière,
V. MALINGRE
La République mande et ordonne au préfet de la Sarthe en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
V. MALINGRE
1
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