mardi 27 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2216825 |
| Type | Décision |
| Publication | D |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | LE ROY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 22 décembre 2022 et 24 février 2023, M. B, représenté par Me Le Roy, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 23 juin 2022 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque ce délai sera expiré ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande de titre de séjour, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard et en le munissant d'une autorisation provisoire de séjour pendant le temps de ce réexamen ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au profit de son conseil qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :
- elle n'est pas suffisamment motivée ;
- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français : l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour la prive de base légale ;
S'agissant de la décision fixant le pays de destination :
- elle n'est pas suffisamment motivée ;
- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que sa situation n'a pas été examiné conformément aux dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 17 février 2023, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.
M. A a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 22 novembre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Durup de Baleine, président,
- les observations de Me Le Floch, avocate de M. A, substituant Me Le Roy ;
- les observations de M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, se disant ressortissant camerounais né le 3 octobre 2003, est entré sur le territoire français au mois de janvier 2018, selon ses déclarations. Par une ordonnance d'ouverture d'une tutelle d'Etat du 11 mars 2021, la juge aux affaires familiales chargée des tutelles des mineurs du tribunal judiciaire de Nantes l'a confié au président du conseil départemental de la Loire-Atlantique au titre de l'aide sociale à l'enfance. Il a sollicité du préfet de la Loire-Atlantique la délivrance d'une carte de séjour temporaire en se prévalant des dispositions des articles L. 435-3, L. 423-23 et L. 435-1 du code l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par l'arrêté du 23 juin 2022 dont M. A demande l'annulation, ce préfet a rejeté cette demande et assorti ce rejet d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, laquelle obligation fixe le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office à l'issue de ce délai.
Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :
2. Aux termes de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A titre exceptionnel, l'étranger qui a été confié à l'aide sociale à l'enfance ou du tiers digne de confiance entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans et qui justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle peut, dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ", sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur l'insertion de cet étranger dans la société française. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. ".
3. Aux termes de l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande : / 1° Les documents justifiants de son état civil ; / 2° Les documents justifiants de sa nationalité ; () / La délivrance du premier récépissé et l'intervention de la décision relative au titre de séjour sollicité sont subordonnées à la production de ces documents () ". L'article L. 811-2 de ce code dispose : " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies à l'article 47 du code civil. ". Selon ce dernier : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité. Celle-ci est appréciée au regard de la loi française. ".
4. Il n'appartient pas aux autorités administratives françaises de mettre en doute le bien-fondé d'une décision rendue par une autorité juridictionnelle étrangère, hormis le cas où le document produit aurait un caractère frauduleux. La force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties. Pour juger qu'un acte d'état civil produit devant lui est dépourvu de force probante, qu'il soit irrégulier, falsifié ou inexact, le juge doit en conséquence se fonder sur tous les éléments versés au dossier dans le cadre de l'instruction du litige qui lui est soumis. Il lui appartient, en particulier, à cet égard, d'apprécier les conséquences à tirer de la production par l'étranger d'une carte consulaire ou d'un passeport dont l'authenticité est établie ou n'est pas contestée, sans qu'une force probante particulière puisse être attribuée ou refusée par principe à de tels documents.
5. Pour refuser à M. A la délivrance d'une carte de séjour temporaire en application de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de la Loire-Atlantique a considéré que, du fait d'une fraude, il n'était pas établi qu'il était effectivement âgé de moins de dix-huit ans à la date à laquelle il a été confié à l'aide sociale à l'enfance.
6. Pour justifier de son état civil, le requérant a présenté un acte de naissance camerounais n° 501/2003 dressé le 20 octobre 2003 par l'officier d'état civil du centre d'état civil spécial Makepe Bonamoussadi de la commune d'arrondissement de Douala 5ème. Cependant, les vérifications effectuées par le préfet auprès de l'autorité consulaire française à Douala et par cette dernière auprès de l'autorité camerounaise ont établi que cet acte de naissance est " inexistant à la souche ", c'est-à-dire ne figure pas dans le registre des naissances de l'année 2003 dont il serait le n° 501. L'autorité camerounaise a présenté une photocopie du registre souche faisant apparaître un acte de naissance n° 501/2003 vierge de toute mention autre que celle de ce numéro d'ordre.
7. Toutefois, il ressort des pièces du dossier qu'ainsi d'ailleurs que le confirment des sources documentaires librement accessibles, la mairie de la commune d'arrondissement de Douala 5ème a été saccagée et incendiée le 25 février 2008. A cette occasion, les registres d'état civil détenus par les services de cette mairie ont été détruits. Par une délibération du 27 novembre 2008, le conseil municipal de cette commune, au vu de ces circonstances et après les avoir constatées, a prévu, notamment, que la reconstitution des actes relatifs à l'état civil se fera conformément aux procédures prescrites par les textes et lois et vigueur. La destruction le 25 février 2008 des registres d'état civil de cette commune urbaine d'arrondissement de Douala explique nécessairement que la présence de l'acte de naissance n° 501/2003 produit par le requérant n'ait pu être constatée en 2021 dans les registres détenus par le service de l'état civil de cette mairie.
8. Il ressort également des pièces du dossier que le requérant présente, d'une part, un certificat de non existence de la souche de l'acte de naissance en date du 22 décembre 2022 émanant du maire de la commune d'arrondissement de Douala 5ème certifiant que la souche de l'acte de naissance n° 501/2003 concernant le requérant n'existe pas dans les archives de cette mairie et une attestation de ce maire du 6 janvier 2023 attestant que le registre de cet acte de naissance a été détruit pendant la période des émeutes allant du 25 au 28 février 2008, d'autre part, un jugement du tribunal de première instance de Douala - Ndokoti du 23 novembre 2022 ordonnant la reconstitution de l'acte de naissance du requérant et, enfin, un acte de naissance dressé en exécution de ce jugement le 31 janvier 2023 par l'officier d'état civil du centre d'état civil de la mairie de commune d'arrondissement de Douala 5ème. Selon ce jugement et cet acte, le requérant est né le 3 octobre 2003 à Douala. Le préfet de la Loire-Atlantique ne remet pas en cause les pièces ainsi produites.
9. Compte tenu de l'ensemble de ce qui a été dit aux points 7 et 8, et alors que la régularité en la forme de l'acte de naissance n° 501/2003 initialement présenté par le requérant n'est pour le surplus pas contestée, c'est à tort que le préfet de la Loire-Atlantique a estimé qu'en raison d'une fraude, M. A ne justifie pas de son état civil et qu'il n'est pas établi qu'il était effectivement âgé de moins de dix-huit ans à la date à laquelle il a été confié à l'aide sociale à l'enfance.
10. Il résulte de ce qui précède que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer la carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire " prévue par l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination doivent être annulées en conséquence. L'annulation prononcée par le présent jugement implique que le préfet de la Loire-Atlantique délivre à M. A, qui n'est par ailleurs pas fondé à prétendre à la délivrance d'une carte de séjour temporaire sur les fondements des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire " en application de l'article L. 435-3 de ce code, dans un délai qu'il y a lieu de fixer à deux mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il y ait lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte. Le préfet munira l'intéressé d'une autorisation provisoire de séjour dans l'attente de la remise de cette carte de séjour temporaire.
Sur les frais liés au litige :
11. Il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Le Roy de la somme de 1 200 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
D É C I D E :
Article 1er : L'arrêté du préfet de la Loire-Atlantique du 23 juin 2022 est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Loire-Atlantique de délivrer à M. A une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire " dans les deux mois de la notification du présent jugement et, sans délai dès cette notification, de le munir d'un récépissé valant autorisation provisoire de séjour jusqu'à la remise de cette carte.
Article 3 : L'Etat versera à Me Le Roy, la somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Le Roy renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B, au préfet de la Loire-Atlantique et à Me Le Roy.
Délibéré après l'audience du 13 juin 2023, à laquelle siégeaient :
M. Durup de Baleine, président,
Mme Thomas, première conseillère,
Mme Milin, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 juin 2023.
Le président-rapporteur,
A. DURUP DE BALEINE
L'assesseure la plus ancienne
dans l'ordre du tableau,
S. THOMAS
La greffière,
J. DIONIS
La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Grenoble — N° TA38-2512959
Le Tribunal Administratif de Grenoble rejette la requête de M. A... visant à annuler l'arrêté préfectoral refusant le renouvellement de son titre de séjour de travailleur saisonnier et lui enjoignant de quitter le territoire. La juridiction estime que l'arrêté est régulier, suffisamment motivé et ne procède pas d'une erreur manifeste d'appréciation, en relevant que la carte de séjour sollicitée est soumise à des conditions spécifiques, notamment le maintien de la résidence habituelle hors de France, prévues à l'article L. 421-34 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la CEDH et d'autres dispositions du CESEDA sont également écartés.
02/04/2026
Tribunal Administratif de Grenoble — N° TA38-2513014
Le Tribunal Administratif de Grenoble a examiné un recours pour excès de pouvoir contre un arrêté préfectoral rejetant une demande de titre de séjour et ordonnant l'éloignement. Le tribunal a annulé la décision de la préfète de l'Isère, considérant qu'elle portait une atteinte disproportionnée à la vie privée et familiale de la requérante, au regard notamment de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention relative aux droits de l'enfant. Il a enjoint à l'administration de réexaminer la situation de l'intéressée sous deux mois.
02/04/2026
Tribunal Administratif de Grenoble — N° TA38-2200418
Le Tribunal Administratif de Grenoble a rejeté la demande d'indemnisation de trois anciens associés d'une société de traiteur. Les requérants estimaient que l'État avait commis une faute en refusant initialement l'aide du fonds de solidarité COVID-19, causant la liquidation de leur entreprise. Le tribunal a jugé que le refus initial de l'administration était justifié, car la société ne remplissait pas une condition d'éligibilité (l'absence de dette fiscale impayée au 31 décembre 2019), et que le lien de causalité entre ce refus et la liquidation n'était pas établi. La décision s'appuie sur les dispositions du décret n° 2020-371 du 30 mars 2020 relatif au fonds de solidarité.
02/04/2026
Tribunal Administratif de Grenoble — N° TA38-2203658
Le Tribunal Administratif de Grenoble a rejeté la requête de la société DNB Promotion, qui demandait l'annulation du refus de permis de construire et l'injonction de le délivrer. La juridiction a jugé recevable le recours mais a écarté le moyen d'incompétence du signataire de l'arrêté, ce dernier agissant en vertu d'une délégation régulière. L'examen des autres moyens, notamment ceux relatifs aux conditions d'accès au projet (article 8.1 du PLUi) et à la voirie (article R. 111-2 du code de l'urbanisme), n'est pas rapporté dans l'extrait fourni.
02/04/2026