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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2302730

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2302730

mardi 19 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2302730
TypeDécision
RecoursAutorisation
PublicationC
Formation11ème chambre
Avocat requérantWEISS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 20 février 2023 et le 23 novembre 2023, M. B, représenté par Me Weiss, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite née le 17 décembre 2022 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours dirigé contre la décision du 15 septembre 2022 de l'autorité consulaire française à Beyrouth (Liban) lui refusant la délivrance d'un visa d'entrée et de long séjour en qualité de travailleur salarié ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer le visa sollicité, ou à défaut, de procéder au réexamen de la demande de visa dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision consulaire et la décision implicite de la commission de recours ne sont pas motivées ;

- la décision consulaire a été prise par une autorité incompétente ;

- les décisions contestées sont entachées d'une erreur d'appréciation du caractère prétendument incomplet et/ou non fiable des informations communiquées pour justifier l'objet et les conditions du séjour envisagé, et d'une erreur manifeste dans l'appréciation de l'adéquation de son profil professionnel avec son projet professionnel.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 octobre 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés, et que la décision pouvait être légalement fondée sur le motif tiré de l'inadéquation des compétences du requérant avec l'emploi projeté.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Revéreau,

- et les observations de Me Weiss, avocat de M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant libanais, a sollicité la délivrance d'un visa d'entrée et de long séjour en France en qualité de travailleur salarié auprès de l'autorité consulaire française à Beyrouth (Liban) afin d'exercer l'emploi de cuisinier au sein de la société Gamo. Par une décision du 15 septembre 2022, cette autorité a refusé de lui délivrer ce visa. Par une décision implicite née le 17 décembre 2022, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours dirigé contre cette décision consulaire. M. B demande au tribunal l'annulation de ces deux décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision de l'autorité consulaire :

2. Il résulte des dispositions de l'article D. 312-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui instituent un recours administratif préalable obligatoire que la décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France se substitue à celle qui a été prise par l'autorité diplomatique ou consulaire. Par suite, la décision implicite née le 17 décembre 2022 de cette commission s'est substituée à la décision de l'autorité consulaire française à Beyrouth du 15 septembre 2022. Il en résulte, d'une part, que les conclusions de la requête doivent être regardées comme exclusivement dirigées contre la décision de la commission de recours, d'autre part, que les moyens soulevés à l'encontre de la décision consulaire doivent être écartés comme inopérants.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France :

3. En premier lieu, et d'une part, les décisions des autorités consulaires refusant la délivrance d'un visa doivent être motivées en vertu des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Il en va de même pour les décisions de rejet des recours administratifs préalables obligatoires formés contre ces décisions. D'autre part, si le recours administratif préalable obligatoire formé contre une décision de refus de visa prise avant l'entrée en vigueur de l'article D. 312-8-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile fait l'objet d'une décision implicite de rejet, cette décision implicite, qui se substitue à la décision initiale, doit être regardée comme s'étant appropriée les motifs de la décision initiale, sous réserve que le demandeur ait été averti au préalable par la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'une telle appropriation en cas de rejet implicite de sa demande. Par ailleurs, aux termes de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués. ". Dès lors, en l'absence d'appropriation par la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France des motifs de la décision consulaire, le moyen tiré du défaut de motivation de la décision implicite de rejet prise sur le recours préalable ne peut être utilement soulevé devant le juge sans avoir été précédé d'une demande de communication des motifs.

4. Il ressort des pièces du dossier que, si la décision du 15 septembre 2022 par laquelle l'autorité consulaire française au Liban a refusé à M. B la délivrance d'un visa demandé est motivée par le caractère incomplet et/ou non fiable des informations communiquées pour justifier l'objet et les conditions du séjour envisagé, le ministre de l'intérieur, qui ne produit pas l'accusé de réception par la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France du recours préalable obligatoire formé par M. B contre la décision consulaire, ne justifie pas que ce dernier a été informé, préalablement à la naissance, le 17 décembre 2022, de la décision implicite de la commission rejetant ce recours, du mécanisme d'appropriation par la commission des motifs de la décision consulaire. Ainsi, dès lors qu'il n'est pas établi que M. B a sollicité de la commission la communication des motifs de sa décision implicite, il ne peut utilement soulever le moyen tiré du défaut de motivation de la décision implicite attaquée. Par suite, ce moyen doit être écarté.

5. En second lieu, aux termes de l'article L. 312-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Tout étranger souhaitant entrer en France en vue d'y séjourner pour une durée supérieure à trois mois doit solliciter auprès des autorités diplomatiques et consulaires françaises un visa de long séjour dont la durée de validité ne peut être supérieure à un an. / Ce visa peut autoriser un séjour de plus de trois mois à caractère familial, en qualité de visiteur, d'étudiant, de stagiaire ou au titre d'une activité professionnelle, et plus généralement tout type de séjour d'une durée supérieure à trois mois conférant à son titulaire les droits attachés à une carte de séjour temporaire ou à la carte de séjour pluriannuelle prévue aux articles L. 421-9 à L. 421-11 et L. 421-13 à L. 421-24. ". En outre, aux termes de l'article L. 5221-2 du code du travail : " Pour entrer en France en vue d'y exercer une profession salariée, l'étranger présente : 1° Les documents et visas exigés par les conventions internationales et les règlements en vigueur / 2° Un contrat de travail visé par l'autorité administrative ou une autorisation de travail ".

6. La circonstance qu'un travailleur étranger dispose d'un contrat de travail visé par la direction régionale de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités (DREETS) ou d'une autorisation de travail délivrée dans les mêmes conditions, ne fait pas obstacle à ce que l'autorité compétente refuse de lui délivrer un visa d'entrée et de long séjour en France en se fondant, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, sur tout motif d'intérêt général. Constituent de tels motifs, ainsi que le révèle le ministre dans ses écritures, l'absence de preuve de qualifications et d'expériences professionnelles du demandeur ainsi que le risque d'utilisation abusive ou frauduleuse du visa sollicité.

7. Il ressort des pièces du dossier que le ministre de l'intérieur a accordé le 2 août 2022 à la société Gamo, située à Clichy, une autorisation de travail pour le recrutement de M. B en qualité de cuisinier, sous contrat à durée indéterminée à compter d'une date prévisionnelle fixée au 1er juillet 2022. Pour établir l'adéquation entre, d'une part, ses qualifications et compétences et, d'autre part, l'emploi de cuisinier, M. B produit un courrier daté du 22 juin 2022 de la S.A.R.L " Alia ", dont le siège social se situe au Liban et dont il est lui-même co-gérant, indiquant qu'il exerce l'emploi de chef spécialisé dans la cuisine libanaise depuis 2007, ainsi que des attestations de stage, datées de 1999, ne présentant toutefois pas de lien direct avec l'emploi de cuisinier. Ces seuls éléments ne suffisent pas, à eux seuls, à établir la réalité de l'activité et de l'expérience professionnelle du requérant en tant que cuisinier, alors au demeurant que ce dernier s'est déclaré sans emploi lors de l'enregistrement de sa demande de visa. M. B ne justifie en outre d'aucun diplôme en lien avec l'emploi projeté. Dans ces conditions, en dépit de la circonstance que M. B dispose d'une autorisation de travail, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a pu, sans commettre d'erreur d'appréciation, rejeter la demande de visa de M. B au motif, révélé par le mémoire en défense du ministre de l'intérieur, tiré du risque de détournement par le demandeur de l'objet du visa à des fins abusives ou frauduleuses, au regard de l'absence de preuve de qualifications et d'expériences professionnelles de l'intéressé.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié M. A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer

Délibéré après l'audience du 28 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Besse, président,

Mme Roncière, première conseillère,

M. Revéreau, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 décembre 2023.

Le rapporteur,

P. REVEREAU

Le président,

P.BESSE

La greffière,

J. HUMANN

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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