jeudi 8 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2304521 |
| Type | Décision |
| Recours | Autorisation |
| Publication | D |
| Formation | 12eme chambre |
| Avocat requérant | SMATI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 30 mars 2023, M. A B, représenté par Me Smati, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 16 août 2022 par lequel le préfet de Maine-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque le délai sera expiré ;
2°) d'enjoindre au préfet de Maine-et-Loire, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande de titre de séjour, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 800 euros au profit de son conseil qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
s'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :
- cette décision n'est pas suffisamment motivée ;
- elle méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît l'article 3 paragraphe 1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
s'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- cette décision n'est pas suffisamment motivée ;
- l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour la prive de base légale ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît l'article 3 paragraphe 1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
s'agissant de la décision fixant le délai de départ volontaire à trente jours :
- l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français la prive de base légale ;
s'agissant de la décision fixant le pays de destination :
- l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français la prive de base légale.
Par un mémoire en défense, enregistré le 5 octobre 2023, le préfet de Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 17 mars 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Gourmelon, présidente-rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant ivoirien né le 29 mars 1996, déclare être entré en France en juillet 2016. Sa demande de reconnaissance de la qualité de réfugié a été rejetée par une décision du 9 février 2017 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), confirmée par une décision du 30 octobre 2017 de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA). Il a sollicité du préfet de Maine-et-Loire la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Sa demande a été rejetée par un arrêté du 16 août 2022 portant en outre obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office à l'issue de ce délai. M. B demande au tribunal d'annuler cet arrêté.
Sur la légalité de la décision portant refus de titre de séjour :
2. En premier lieu, la décision portant refus de délivrer un titre de séjour vise les articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont elle fait application, et fait en outre état d'éléments concernant la biographie et la situation personnelle de M. B. Partant, le moyen tiré du défaut de motivation sera écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier l'ancienneté, la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine. Par ailleurs, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".
4. Si M. B déclare être entré en France en juillet 2016, et séjournait donc sur le territoire français depuis six années à la date à laquelle l'arrêté litigieux a été pris, il est constant qu'il n'a jamais bénéficié d'un titre de séjour et a fait l'objet d'une mesure d'éloignement, non exécutée, le 28 décembre 2017. Il fait valoir la naissance en France de sa fille en 2019 de sa relation avec une ressortissante ivoirienne, titulaire d'une carte de résidente de dix ans en qualité de membre de la famille d'une personne bénéficiaire de la protection internationale en France valable de 2018 à 2028. Toutefois, d'une part, M. B, qui réside à Angers, n'établit pas la réalité de la relation de concubinage qu'il allègue avec la mère de sa fille, cette dernière résidant, avec leur fille, à Rezé, et s'étant déclarée en qualité de célibataire et de femme seule avec charge d'enfant auprès de la caisse d'allocations familiales. D'autre part, s'il ressort de l'attestation de la mère de son enfant, ainsi que de quelques factures et photographies non légendées et non datées produites, que M. B a effectué certaines dépenses pour sa fille, ces éléments apparaissent insuffisants pour établir la participation effective de M. B à l'entretien et à l'éducation de son enfant, d'autant que l'intéressé ne justifie pas de la fréquence de ses visites auprès de sa fille. Par ailleurs, si M. B se prévaut de son engagement bénévole en produisant une attestation de la présidente de l'association Bethleem justifiant de sa participation aux distributions alimentaires depuis le 21 novembre 2021, cet élément atteste de sa volonté d'intégration, mais ne permet pas d'établir qu'il aurait noué en France des liens personnels particulièrement intenses, durables et stables. De même, par les pièces qu'il produit, l'intéressé ne justifie pas d'une intégration professionnelle durable et stable dans la société française. Enfin, s'il produit le certificat de décès de ses deux parents qui résidaient en République démocratique du Congo, ainsi qu'une attestation de son frère aîné certifiant qu'il réside désormais au Congo-Brazzaville et s'il indique ne pas avoir de liens avec leur sœur qui réside en Belgique, il n'établit pas être dépourvu de toute attache familiale et personnelle en République démocratique du Congo, pays dont il a la nationalité et dans lequel il a vécu jusqu'à l'âge de 20 ans. Compte tenu de l'ensemble de ces circonstances, le préfet de Maine-et-Loire n'a pas, en refusant de lui délivrer un titre de séjour, porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts dans lesquels cette décision a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté
5. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article 3 paragraphe 1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".
6. Comme il l'a été dit au point 4 du présent jugement, il ne ressort pas suffisamment des pièces du dossier que M. B, à la date de la décision attaquée, entretenait des relations régulières avec sa fille et contribuait effectivement, dans la mesure de ses moyens, à son entretien et son éducation. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que la décision attaquée méconnaît le paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.
Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
7. En premier lieu, la décision attaquée vise les textes dont elle fait l'application, notamment les articles L. 611-1, 3° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle fait état de ce que M. B se maintenait irrégulièrement depuis six ans en France, qu'il n'établissait pas participer effectivement à l'éducation et à l'entretien de sa fille depuis sa naissance ou depuis au moins deux ans, et que plusieurs membres de sa famille demeuraient en République démocratique du Congo ainsi qu'une sœur en Belgique. Partant, la décision portant obligation de quitter le territoire français comporte les éléments de droit et de fait qui la fondent, et est suffisamment motivée.
8. En deuxième lieu, M. B n'ayant pas démontré l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour, il n'est pas fondé à se prévaloir de cette illégalité, par la voie de l'exception, à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision l'obligeant à quitter le territoire français.
9. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 4 du présent jugement et eu égard à la durée et aux conditions de séjour de M. B, comme des effets d'une obligation de quitter le territoire français, le préfet de Maine-et-Loire, en lui faisant obligation de quitter le territoire français, n'a pas non plus porté au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels a été prise cette décision et n'a pas, en tout état de cause, méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Le moyen doit être écarté.
10. En quatrième et dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 4 et 6 du présent jugement, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision l'obligeant à quitter le territoire français méconnaîtrait les stipulations de l'article 3 paragraphe 1 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Sur la légalité de la décision fixant le délai de départ volontaire :
11. M. B n'ayant pas démontré l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, il n'est pas fondé à se prévaloir de cette illégalité, par la voie de l'exception, à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision fixant le délai de départ volontaire.
Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination :
12. M. B n'ayant pas démontré l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, il n'est pas fondé à s'en prévaloir, par la voie de l'exception, à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination.
13. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée, en toutes ses conclusions.
D É C I D E:
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au préfet de Maine-et-Loire et à Me Karim Smati.
Délibéré après l'audience du 25 janvier 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Gourmelon, présidente,
Mme Milin, première conseillère,
M. Cordrie, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 février 2024.
La présidente-rapporteure,
V. GOURMELONL'assesseure la plus ancienne
dans l'ordre du tableau,
C. MILINLa greffière,
F. ARLAIS
La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
cg
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