jeudi 25 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2304854 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | OQTF 6 semaines - 5ème chambre |
| Avocat requérant | MARTIN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 6 avril 2023, M. B D B, représenté par Me Marie-Laure Martin, demande au Tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 23 mars 2023 par lequel le préfet de la Sarthe lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Sarthe, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour au titre de l'admission exceptionnelle au séjour, dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte et de le munir, dans l'attente, d'une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 2 000 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la compétence du signataire de l'arrêté attaqué n'est pas établie ;
- le préfet a méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; il bénéficie d'un accompagnement psycho-social dans le centre d'accueil des demandeurs d'asile où il est hébergé ; un traitement médical adapté lui est prescrit ;
- il est exposé au risque de subir des traitements inhumains et dégradants ; il a sollicité un réexamen de sa demande d'asile, compte tenu de faits nouveaux.
Par un mémoire en défense, enregistré le 11 août 2023, le préfet de la Sarthe conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Par une décision du bureau d'aide juridictionnelle en date du 9 janvier 2024, M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu les pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du Tribunal a désigné M. Martin, vice-président, pour statuer sur les requêtes relevant des procédures prévues aux articles L. 614-1 à L. 614-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Martin, magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience publique du 5 juin 2024.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant tchadien né le 1er janvier 1999, déclare être entré irrégulièrement en France le 30 avril 2022. Il a déposé une demande d'asile qui a été rejetée par une décision du directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 9 septembre 2022. Ce rejet a été confirmé par une décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 10 mars 2023. Par un arrêté du 23 mars 2023 pris sur le fondement du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de la Sarthe a fait obligation à M. B de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et désigné le Tchad comme pays de destination. M. B demande, par la présente requête, l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. C A, directeur de la citoyenneté et de la légalité à la préfecture de la Sarthe. Il ressort des pièces du dossier que M. A a reçu du préfet de la Sarthe délégation pour signer, notamment, les décisions portant obligation de quitter le territoire français, avec ou sans délai de départ volontaire, et fixation du pays de renvoi, aux termes de l'arrêté portant délégation de signature du 15 décembre 2022 régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit, dès lors, être écarté comme manquant en fait.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".
4. M. B, célibataire sans enfant à charge, fait valoir qu'il bénéficie d'un accompagnement psycho-social dans le centre d'accueil où il est hébergé et qu'il bénéficie d'un traitement médicamenteux adapté à son état de santé. Toutefois, en se bornant à produire une ordonnance du 6 décembre 2022 établie par un médecin de la permanence d'accès aux soins du centre hospitalier du Mans, non accompagnée d'observations sur l'état de santé de l'intéressé, ce dernier, qui était présent sur le territoire français depuis moins d'un an à la date de l'arrêté attaqué, ne démontre pas qu'en l'obligeant à quitter le territoire français, le préfet de la Sarthe aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. La circonstance, invoquée par M. B, qu'il a demandé, le 11 mai 2023, le réexamen de sa demande d'asile est sans incidence à cet égard, cette demande ayant été formée postérieurement à la prise de l'arrêté attaqué.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article L.721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. " et ce dernier article texte énonce que : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou des traitements inhumains ou dégradants ".
6. M. B soutient qu' en cas de retour au Tchad, il craint de subir des persécutions compte tenu de sa désertion de l'armée tchadienne dans laquelle il avait été enrôlé de force. Il fait valoir qu'à la suite du rejet de sa demande d'asile, il a déposé une demande de réexamen fondée sur des faits nouveaux et qu'il est, par ailleurs, depuis son arrivée en France, un militant actif du Front pour l'Alternance et la Concorde au Tchad (FACT). S'il produit une attestation du secrétaire général du bureau FACT-EUROPE en date du 26 décembre 2022, affirmant sa participation et son soutien actif au mouvement et indiquant que compte tenu de la situation actuelle et de son engagement dans la résistance nationale, le retour au Tchad de l'intéressé constituerait un danger pour sa vie, ce seul élément, antérieur à la décision rendue par la CNDA, ne saurait suffire à démontrer l'actualité et la réalité des risques allégués, alors qu'au demeurant, sa demande d'asile a été rejetée tant par l'OFPRA que par la CNDA. La demande de réexamen dont M. B fait état a été déposée le 11 mai 2023, postérieurement à la date de l'arrêté attaqué, et l'intéressé ne précise pas la nature des faits nouveaux dont il se prévaut. Dans ces conditions, le préfet n'a pas méconnu les dispositions et stipulations, citées au point précédent, en fixant le Tchad comme pays de destination.
7. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué du 23 mars 2023.
Sur les conclusions à fin d'injonction et tendant à l'application de l'article L 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :
8. D'une part, le rejet des conclusions à fin d'annulation présentées par M. B entraine, par voie de conséquence, celui de ses conclusions à fin d'injonction.
9. D'autre part, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la somme demandée par M. B au profit de son conseil, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens, soit mise à la charge de l'Etat qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance.
D E C I D E
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B D B, au préfet de la Sarthe et à Me Marie-Laure Martin.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 juillet 2024.
Le magistrat désigné,
L. MARTIN La greffière,
V. MALINGRE La République mande et ordonne au préfet de la Sarthe
en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
V. Malingre
Tribunal Administratif de Nantes — N° TA44-2407349
Le Tribunal Administratif de Nantes a rejeté la requête de M. B, ressortissant algérien, qui contestait un arrêté du préfet de Maine-et-Loire du 12 mai 2024 lui faisant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination et prononçant une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a écarté le moyen tiré de l'incompétence du signataire, la sous-préfète disposant d'une délégation régulière, et a examiné la motivation de la décision d'éloignement au regard des articles L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme. Le tribunal a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et que le préfet n'avait pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en tenant compte de la situation personnelle et familiale du requérant, notamment de son mariage religieux récent et de son absence de titre de séjour.
08/08/2025
Tribunal Administratif de Nantes — N° TA44-2317566
Le Tribunal administratif de Nantes a rejeté la requête de M. B, ressortissant russe d'origine tchétchène, contestant l'arrêté du préfet de la Vendée du 22 novembre 2023 lui faisant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination et prononçant une interdiction de retour de trois ans. Le tribunal a estimé que la décision était suffisamment motivée et que le préfet avait procédé à un examen particulier de la situation de l'intéressé, notamment au regard de son état de santé et de ses attaches familiales en France. Il a jugé que la mesure ne portait pas une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme, ni à l'intérêt supérieur de ses enfants protégé par l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Enfin, le tribunal a écarté le moyen tiré de la méconnaissance du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, faute pour le requérant de démontrer l'indisponibilité de soins appropriés en Russie.
20/05/2025