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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2308315

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2308315

jeudi 1 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2308315
TypeDécision
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantCHATELAIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 13 juin et 8 décembre 2023, Mme A B, représentée par Me Chatelais, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 7 juin 2023 par lequel préfet de Maine-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office lorsque le délai sera expiré ;

2°) d'enjoindre au préfet de Maine-et-Loire de lui délivrer le titre de séjour sollicité ou, à défaut, de réexaminer sa situation, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et en tout état de cause, de la munir d'une autorisation de séjour et de travail dans cette attente ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sur l'aide juridique.

Elle soutient que :

S'agissant de l'arrêté dans son ensemble :

- il n'est pas justifié de la compétence de la signataire de l'acte ;

- il est insuffisamment motivé ;

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de délivrance du titre de séjour sollicité ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

Sur la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire :

- elle est illégale à raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire ;

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est illégale à raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 août 2023, le préfet de Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé.

Mme B a été admise à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 14 juin 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Giraud, président-rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, ressortissante comorienne née le 3 novembre 1999, est entrée en France le 25 novembre 2021, sous couvert d'un visa de long séjour. Elle a sollicité du préfet de Maine-et-Loire le renouvellement de son titre de séjour en qualité d'étudiant. Sa demande a été rejetée par un arrêté du 7 juin 2023 portant en outre obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office lorsque le délai sera expiré. Mme B demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur le moyen commun tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué :

2. L'arrêté attaqué a été signé par Mme Daverton, secrétaire générale de la préfecture de Maine-et-Loire. Par un arrêté du 31 août 2022, paru au recueil spécial des actes administratifs de la préfecture, le préfet de Maine-et-Loire lui a donné délégation à l'effet de signer tous actes et décisions relatifs aux attributions de l'Etat dans le département, à quelques exceptions limitativement énumérées dont ne relèvent pas les décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire pour les ressortissants étrangers. Le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision attaquée manque donc en fait et doit être écarté.

Sur la légalité de la décision portant refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

4. La décision de refus de séjour attaquée énonce avec une précision suffisante les stipulations conventionnelles et les dispositions légales qui la fondent. Elle rappelle les conditions d'entrée et les éléments utiles de la situation personnelle de Mme B. Cette décision comportant ainsi un exposé suffisant des motifs de droit et de fait qui la sous-tendent, le moyen tiré de l'insuffisance de sa motivation doit être écarté.

5. En second et dernier lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. / () ". La délivrance, sur le fondement de ces dispositions, de la carte de séjour portant la mention " étudiant " est subordonnée à la justification de la réalité et du sérieux des études qui s'apprécient notamment au regard de la progression de l'étudiant dans le cursus choisi. Il résulte de ces dispositions que le renouvellement de la carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " est subordonné, notamment, à la justification par son titulaire de la réalité et du sérieux des études qu'il a déclaré accomplir et que, dès lors, il appartient à l'administration, saisie d'une demande de renouvellement d'une carte de séjour en qualité d'étudiant, de rechercher, à partir de l'ensemble des pièces du dossier, si l'intéressé peut être raisonnablement regardé comme poursuivant effectivement des études.

6. Il ressort des pièces du dossier qu'au cours de l'année universitaire 2021-2022, Mme B s'est inscrite en première année de licence LLCER espagnol à l'université d'Angers, année qu'elle n'a pas validée ayant été déclarée défaillante. Si la requérante justifie s'être inscrite au titre de l'année 2022-2023 auprès de l'organisme " Retravailler dans l'ouest ", afin d'y suivre une formation professionnelle en alternance en vue de l'obtention du titre professionnel " Vendeur-Conseil en magasin ", cette formation n'est sanctionnée que par l'obtention d'une qualification professionnelle classée au niveau 4 du répertoire national des certifications professionnelles, correspondant à une formation de niveau baccalauréat. Cette dernière circonstance, eu égard au niveau de formation auquel correspond cette qualification, fait obstacle à ce que Mme B puisse être regardée comme poursuivant des études supérieures au sens de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité. En outre, si la requérante se prévaut de ce qu'elle a entrepris des démarches en vue de s'inscrire dans un cursus de brevet de technicien supérieur option vente pour l'année 2023-2024, elle ne justifie pas s'être inscrite dans cette formation. Dans ces conditions, le préfet de Maine-et-Loire pouvait, pour ce seul motif et sans commettre d'erreur de droit, refuser à la requérante le renouvellement de son titre de séjour.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

7. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8. Il ressort des pièces du dossier que Mme B est entrée en France avec sa mère au cours de l'année 2011, à l'âge de 12 ans, et qu'elle y réside habituellement depuis cette date, y a été scolarisée, a obtenu son brevet des collèges puis son baccalauréat. Son oncle et tuteur légal, de nationalité française, ainsi que de nombreux autres membres de sa famille vivent en France. Ainsi, compte tenu de l'âge auquel Mme B est entrée en France, de la durée de séjour, de la présence de nombreux membres de sa famille, le préfet a, en obligeant la requérante à quitter le territoire français, méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Cette décision doit être annulée ainsi que par voie de conséquence, les décisions fixant le pays de destination et fixant le délai de départ volontaire.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9. Conformément aux dispositions de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français attaquée implique que le préfet de Maine-et-Loire réexamine la situation de Mme B et qu'il lui délivre une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce qu'il ait à nouveau statué sur sa situation. Il y a lieu de prescrire à cette autorité, ou à tout autre préfet territorialement compétent, d'y procéder dans un délai de deux mois.

Sur les frais en litige :

10. Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale au titre de la présente instance. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat, en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, la somme de 1 200 euros à verser à Me Chatelais, avocate de la requérante. Ce versement vaudra, conformément à cet article 37, renonciation à ce qu'elle perçoive la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle dont bénéficie Mme B.

D É C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet de Maine-et-Loire du 7 juin 2023 en tant qu'il oblige Mme B à quitter le territoire et en tant qu'il fixe le pays de destination et le délai de départ volontaire est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de Maine-et-Loire de réexaminer la situation de Mme B dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour.

Article 3 : L'Etat versera à Me Chatelais, avocate de Mme B, la somme de 1200 euros (mille deux cents euros) en application des dispositions des articles L. 761- 1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, au préfet de Maine-et-Loire et à Me Chatelais.

Délibéré après l'audience du 18 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

M. Giraud, président,

Mme Beyls, conseillère,

M. Huet, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er février 2024.

Le président-rapporteur,

T. GIRAUD

L'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

M. BEYLS

Le greffier,

G. VIEL

La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

mc

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