mercredi 27 novembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2309624 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | CHAUMETTE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 4 juillet 2023 et 20 mars 2024, Mme G A, représentée par Me Chaumette, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 28 avril 2022 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique, à titre principal, de lui délivrer une carte de résident dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 75 euros par jour de retard, à titre subsidiaire, de lui délivrer une carte de séjour temporaire, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 75 euros par jour de retard, à titre infiniment subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, et de lui attribuer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, sous astreinte de 75 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 800 euros en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
Sur la décision portant refus de titre de séjour :
- il n'est pas établi qu'elle ait été signée par une autorité compétente ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et d'une erreur de fait quant à la prétendue absence de vie commune avec son conjoint français ; ils ont toujours résidé ensemble à Civray-de-Touraine, Saint-Martial-Viveyrol, Nantes et Rezé ;
- elle est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 423-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; elle est entrée en France munie d'un visa de long séjour et y réside depuis six ans ; son lien conjugal n'a jamais été rompu ;
- elle est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; le centre de sa vie privée et familiale se situe en France ;
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est fondée à exciper de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;
- le préfet a méconnu le 6° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le préfet a méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
Sur la décision fixant le pays de destination :
- le préfet a méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 12 février 2024, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé.
Mme A épouse D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une ordonnance du 7 juin 2023 du président de la cour administrative d'appel de Nantes.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Martin, président-rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique du 9 octobre 2024.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, ressortissante gabonaise née le 14 juillet 1972, a épousé, le 13 avril 2013, au Gabon, M. D, ressortissant français né en 1950. Elle est entrée en France en octobre 2016, munie d'un visa de long séjour en tant que conjointe de Français. Deux cartes de séjour pluriannuelles lui ont été délivrées, couvrant la période comprise entre le 8 juin 2017 et le 7 juin 2021. Le 20 mai 2021, Mme A a demandé au préfet de la Loire-Atlantique de lui délivrer une carte de résident en application de l'article L. 423-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 28 avril 2022, le préfet a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le Gabon comme pays de renvoi. Par la présente requête, Mme A épouse D demande au tribunal d'annuler cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué :
2. L'arrêté attaqué a été signé par Mme E F, cheffe du bureau du séjour au sein de la direction des migrations et de l'intégration, à la préfecture de la Loire-Atlantique. Par un arrêté du 11 avril 2022, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet de la Loire-Atlantique a donné délégation à Mme C, directrice des migrations et de l'intégration, ou, en l'absence de cette dernière, à son adjoint, M. B, à l'effet de signer, notamment, au titre du bureau du séjour, " les décisions portant refus de titre de séjour () assorties ou non d'une mesure d'obligation de quitter le territoire et d'une décision fixant le pays de renvoi () ". L'article 3 de ce même arrêté attribuait notamment à Mme F, cheffe du bureau du séjour, en cas d'absence ou d'empêchement simultané de Mme C et de M. B, la délégation de signature dans les limites des attributions de son bureau. Dès lors et en l'absence de contestation de l'absence ou de l'empêchement simultanés, le 28 avril 2022, de Mme C et de M. B, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.
En ce qui concerne les autres moyens soulevés à l'encontre de la décision portant refus de séjour :
3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, entré régulièrement et marié en France avec un ressortissant français avec lequel il justifie d'une vie commune et effective de six mois en France, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. ". Aux termes de l'article L. 423-6 du même code : " L'étranger marié depuis au moins trois ans avec un ressortissant français se voit délivrer une carte de résident d'une durée de dix ans à condition qu'il séjourne régulièrement en France depuis trois ans et que la communauté de vie entre les époux n'ait pas cessé depuis le mariage () ".
4. Il ressort des motifs de l'arrêté attaqué que le préfet de la Loire-Atlantique a fondé sa décision de refus de séjour sur le motif tiré de ce que Mme A épouse D ne justifiait pas du maintien du lien conjugal et de la communauté de vie avec son époux.
5. La requérante soutient que si elle et son époux ont plusieurs fois changé d'adresse depuis son arrivée en France en 2016, leur lien conjugal n'a jamais été rompu et leur communauté de vie a perduré jusqu'à la date de l'arrêté attaqué. Elle expose que le couple a successivement occupé un logement en Indre-et-Loire, prêté par l'ancien employeur de M. D, une maison dans un village de Dordogne, mise à leur disposition par la sœur de M. D, avant d'être hébergé en région nantaise, d'août 2020 à mai 2021, par le frère de l'intéressée, à Nantes, en mai 2021, par sa sœur et son beau-frère et, enfin, à Rezé, à compter de juin 2021, par sa sœur. A la demande du préfet, la police aux frontières a diligenté une enquête, en octobre 2021, afin de vérifier, par des visites domiciliaires, la réalité de la communauté de vie. Il ressort toutefois du rapport établi à l'issue de cette enquête que les policiers ont omis de se rendre à Rezé, au domicile de la sœur de Mme A où le couple était alors censé être hébergé. Si les conclusions de ce rapport sont ainsi dépourvues de valeur probante, les autres pièces du dossier font douter de la persistance de la communauté de vie à la date de la décision attaquée. La requérante produit ainsi un avis d'imposition, établi le 24 septembre 2021 à son seul nom, qui mentionne qu'elle est divorcée. Elle produit aussi une fiche de demande de logement social dont il ressort qu'elle a déposé une demande le 10 juin 2020, renouvelée le 26 avril 2021. Le motif de la demande indiqué sur la fiche est " divorce ou séparation ". Mme A se disait alors domiciliée chez un tiers, à une adresse à Nantes qu'elle n'a pas mentionnée dans la liste de ses lieux d'habitation successifs. La requérante ne fournit aucune explication sur ces éléments qui contredisent ses affirmations. Si elle produit des factures qui mentionnent l'adresse de sa sœur à Rezé et des photographies non datées la représentant avec son époux, ces pièces ne suffisent pas à établir que le lien conjugal n'avait pas été rompu à la date de la décision attaquée. Il s'ensuit que le préfet a pu se fonder sur le défaut de justification du maintien conjugal et de la communauté de vie pour rejeter la demande de titre de séjour sans commettre ni erreur de fait, ni erreur d'appréciation dans l'application des dispositions citées au point 3.
6. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".
7. Si Mme A se prévaut de l'ancienneté de sa résidence en France, les pièces du dossier, comme il a été dit, ne permettent pas de tenir pour établie la communauté de vie avec son époux à la date de la décision attaquée. Par ailleurs, elle ne justifie d'aucune insertion professionnelle et n'est pas dépourvue d'attache au Gabon où elle a vécu jusqu'à l'âge de 44 ans. Dans ces conditions, le préfet de la Loire-Atlantique, en refusant de lui délivrer un titre de séjour, n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard du but poursuivi par sa décision. Par suite, alors même que la sœur de Mme A réside régulièrement à Rezé, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
En ce qui concerne les autres moyens soulevés à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
8. En premier lieu, en l'absence d'annulation de la décision portant refus de titre de séjour, le moyen tiré par voie d'exception de l'illégalité de cette décision, que la requérante invoque à l'encontre de la décision l'obligeant à quitter le territoire français, ne peut qu'être écarté.
9. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction alors applicable : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 6° L'étranger marié depuis au moins trois ans avec un conjoint de nationalité française, à condition que la communauté de vie n'ait pas cessé depuis le mariage et que le conjoint ait conservé la nationalité française ; / () ".
10. Comme il a été dit au point 5, en l'absence de preuve du maintien de la communauté de vie depuis son mariage avec M. D, Mme A n'est pas fondée à se prévaloir de la protection instituée par les dispositions, citées ci-dessus, du 6° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
11. En troisième lieu, pour les raisons indiquées au point 7, le moyen tiré par Mme A de ce que le préfet aurait méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en lui faisant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.
En ce qui concerne l'autre moyen soulevé à l'encontre de la décision portant fixation du pays de destination :
12. Pour les raisons indiquées au point 7, le moyen tiré par Mme A de ce que le préfet aurait méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en désignant le Gabon comme pays de destination doit être écarté.
13. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté attaqué du 28 avril 2022.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
14. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution. Les conclusions à fin d'injonction présentées par Mme A doivent, par suite, être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que Mme A demande au profit de son conseil au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme G A épouse D, au préfet de la Loire-Atlantique et à Me Chaumette.
Délibéré après l'audience du 9 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Martin, président,
M. Martel première conseillère,
Mme Kubota, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 novembre 2024.
Le président-rapporteur,
L. MARTIN
L'assesseure la plus ancienne
dans l'ordre du tableau,
C. MARTEL
La greffière,
V. MALINGRE
La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
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