jeudi 5 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2316646 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | YEMENE TCHOUATA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 8 novembre 2023, M. B A, représenté par Me Yemene Tchouata, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 13 octobre 2023 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque le délai sera expiré ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de lui délivrer le titre de séjour sollicité dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que l'arrêté attaqué :
- n'a pas été signé par une autorité compétente ;
- n'est pas suffisamment motivé ;
- méconnaît l'article 23 de la déclaration universelle des droits de l'homme du 10 décembre 1948 ;
- méconnaît le pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels du 16 décembre 1966 ;
- méconnaît l'article 1er de la charte sociale européenne ;
- méconnaît l'article 15 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- méconnaît l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 25 avril 2024, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 11 septembre 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le traité sur l'Union européenne ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- la Charte sociale européenne ;
- la Déclaration universelle des droits de l'homme du 10 décembre 1948 ;
- le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels du 16 décembre 1966 ;
- le code du travail ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Giraud, président-rapporteur a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant congolais (République du Congo) né en 1993, est entré en France le 29 septembre 2022, sous couvert d'un visa de long séjour valant titre de séjour portant la mention " étudiant ", valable jusqu'au 9 septembre 2023, dont il a sollicité le renouvellement auprès du préfet de la Loire-Atlantique. Sa demande a été rejetée par un arrêté du 13 octobre 2023 portant en outre obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque le délai sera expiré. M. A demande au tribunal d'annuler cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté attaqué :
2. Il ressort des pièces du dossier que le préfet a refusé de renouveler le titre de séjour portant la mention " étudiant " du requérant aux motifs que ce dernier, d'une part, était inscrit dans une formation à distance au titre de l'année universitaire 2022-2023, et d'autre part, que cette formation ne confère pas le statut d'étudiant.
3. M. A, qui est entré en France le 29 septembre 2022 sous couvert d'un visa de long séjour portant la mention " étudiant ", était inscrit au sein de l'université Perpignan Via Domitia (Pyrénées-Orientales) au titre de l'année universitaire 2022-2023, afin de suivre un enseignement en troisième année de licence professionnelle " métiers de l'informatique ". Ainsi qu'il l'expose dans sa requête, il n'a toutefois pas suivi ce cursus, et s'est par la suite inscrit, au mois de mars 2023, dans la formation " administrateur système Devops " dispensée par l'école Datascientest, qui fait partie du groupe Omnes Education. Cette formation est sanctionnée par l'obtention d'un titre professionnel de niveau 6 délivré par le ministère du travail. Il ressort des pièces du dossier que le groupe Omnes Education est un établissement privé d'enseignement supérieur et de recherche. En se bornant à faire valoir que M. A suivait une formation qui ne conférait pas un statut étudiant et que l'organisme dispensant la formation n'était " aucunement reconnu ", sans fournir davantage de précisions, le préfet a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation au regard de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
4. De plus, si la formation du requérant pouvait être suivie à distance, le requérant, lorsqu'il a sollicité le renouvellement de son titre de séjour était sur le territoire français et sa demande ne pouvait être traitée par le préfet comme une demande non pas de renouvellement mais de délivrance d'un premier titre de séjour pour une formation en distanciel. Par ailleurs, il n'est pas contesté par le préfet que les épreuves de validation de la formation suivie doivent se dérouler obligatoirement en présentiel et que les examens de la formation devaient se passer en présentiel.
5. Si le préfet dans son mémoire en défense demande que soit substitué à ces deux motifs deux autres motifs tiré de l'absence de délivrance d'un accord préalable d'inscription et de l'absence de signature d'une convention de formation professionnelle conformément à l'article L. 6353-4 du code du travail, il n'y a pas lieu d'y faire droit. Dès lors, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, l'arrêté attaqué doit être annulé dans toutes ses décisions.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
6. Compte tenu du motif d'annulation de l'arrêté litigieux, le présent jugement implique nécessairement que la situation de M. B A,soit réexaminée. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique d'y procéder dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais liés au litige :
7. M. B A,a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros à verser à Me Yemene Tchouata, sous réserve que celui-ci renonce au versement de la part contributive de l'Etat.
D É C I D E :
Article 1er : L'arrêté du préfet de la Loire-Atlantique du 13 octobre 2023 est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Loire-Atlantique de réexaminer la situation de M. B A dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à Me Yemene Tchouata la somme de 1 200 (mille deux cents) euros sur le fondement des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que cette dernière renonce au versement de la part contributive de l'Etat.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Yemene Tchouata et au préfet de la Loire-Atlantique.
Délibéré après l'audience du 21 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Giraud, président,
Mme Beyls, conseillère,
M. Huet, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 décembre 2024.
Le président-rapporteur,
T. GIRAUDL'assesseure la plus ancienne
dans l'ordre du tableau,
M. BEYLSLe greffier,
G. VIEL
La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
ah
Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — N° TA95-2507344
Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise a annulé l'arrêté préfectoral ordonnant à un ressortissant colombien de quitter le territoire français, de fixer son pays de destination et de lui interdire le retour. Le tribunal a retenu que le préfet des Hauts-de-Seine avait commis une erreur de droit en prenant cette décision en application de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers, puisque l'intéressé avait déjà quitté le territoire français avant la notification de l'arrêté. Par voie de conséquence, les mesures de fixation du pays de destination et d'interdiction de retour ont également été annulées, et le préfet est enjoint de réexaminer la situation du requérant.
07/04/2026
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-24PA05293
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