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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2400601

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2400601

mardi 3 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2400601
TypeDécision
PublicationC
FormationOQTF 6 semaines - 3ème chambre
Avocat requérantPASTEUR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 15 janvier 2024, M. A B, représenté par Me Pasteur, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 13 janvier 2024 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné et lui a fait interdiction de retour en France pour une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de réexaminer sa situation et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour, dans un délai de 10 jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 75 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur les moyens communs :

- il n'est pas établi que l'arrêté contesté ait été signé par une autorité habilitée ;

- les décisions attaquées sont insuffisamment motivées ;

- elles n'ont pas été prises à l'issue d'un examen particulier de sa situation personnelle ;

- son droit d'être entendu n'a pas été respecté ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

Sur la décision refusant un délai de départ volontaire :

- l'illégalité de la mesure d'éloignement la prive de base légale ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

- l'illégalité de la mesure d'éloignement la prive de base légale ;

Sur la décision portant interdiction de retour pour une durée d'un an :

- l'illégalité de la mesure d'éloignement la prive de base légale ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 30 janvier 2024, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête. Il soutient que les moyens de la requête sont infondés.

Le président du tribunal a délégué à M. C les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 28 mai 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le traité sur le fonctionnement de l'Union européenne ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 12 novembre 2024, à 11 heures, M. C a constaté l'absence des parties.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant tunisien né le 26 avril 2004, déclarant être entré en France en 2019, a été interpellé le 12 janvier 2024 et placé en garde à vue. Par un arrêté du 13 janvier 2024, dont l'intéressé demande l'annulation, le préfet de la Loire-Atlantique lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné et a pris à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Sur le fondement de l'arrêté attaqué :

2. Il résulte des dispositions de l'article L. 611-1, 1° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que l'autorité administrative peut obliger à quitter le territoire français un étranger ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, qui s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité. En l'espèce, M. B ne justifie pas être entré régulièrement en France et y séjourne sans avoir sollicité son admission au séjour. Dès lors, il se trouve dans le champ des dispositions précitées.

Sur les moyens communs aux décisions attaquées :

3. En premier lieu, l'arrêté contesté a été signé un samedi par Mme Urwana Querrec Halleguen, secrétaire générale pour les affaires régionales des pays de la Loire, à laquelle le préfet de la Loire-Atlantique, par un arrêté du 6 juin 2023 régulièrement publié le 8 juin 2023 au recueil des actes administratifs de la préfecture, a donné délégation à l'effet de signer, notamment, les décisions portant obligation de quitter le territoire français, fixant le pays de renvoi et portant interdiction de retour sur le territoire français, dans le cadre des permanences assurées notamment le week-end. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de cet acte manque en fait.

4. En deuxième lieu, l'arrêté en litige comporte les motifs utiles de droit et de fait qui constituent le fondement des décisions prises à l'encontre de M. B. Dès lors, celui-ci n'est pas fondé à soutenir que l'une ou l'autre de ces mesures est insuffisamment motivée.

5. En troisième lieu, il ne ressort ni des motifs de l'arrêté attaqué, ni des autres pièces du dossier que le préfet n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. B avant d'édicter les mesures litigieuses. Dès lors, le moyen tiré de ce qu'un tel examen n'aurait pas été opéré doit être écarté.

6. En dernier lieu, M. B ne fait état d'aucune circonstance qui, si elle avait été portée à la connaissance du préfet, aurait pu amener celui-ci à ne pas prendre les décisions contestées. Il suit de là que le requérant n'est pas fondé à soutenir que son droit d'être entendu n'a pas été respecté.

Sur les autres moyens de la requête :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire :

7. M. B, qui est entré récemment sur le territoire, ne démontre pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine et ne produit aucune pièce en vue d'établir sa volonté d'intégration en France. S'il se prévaut d'une relation sentimentale avec une ressortissante française, il n'en établit ni la réalité ni l'ancienneté. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la mesure d'éloignement prise à son encontre porte à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts d'intérêt public en vue desquels elle a été prise, en violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni que la même mesure serait entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne les autres décisions contestées :

8. En premier lieu, compte tenu de ce qui précède, M. B n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la mesure d'éloignement dont il fait l'objet.

9. En deuxième lieu, eu égard à ce qui a été dit au point 8 et dès lors que M. B ne se prévaut d'aucune circonstance humanitaire faisant obstacle à ce qu'il regagne sans délai son pays d'origine, le moyen tiré de ce que la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire serait entaché d'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

10. En dernier lieu, compte tenu des circonstances énoncées aux points 8 et malgré le fait qu'aucune mesure d'éloignement n'avait été précédemment prise à l'encontre de l'intéressé, c'est sans entacher son arrêté d'une erreur d'appréciation que le préfet a pris à l'encontre de M. B, qui se maintient irrégulièrement sur le territoire sans tenter d'obtenir un titre de séjour, une interdiction de retour d'une durée d'un an.

11. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté qu'il conteste. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction sous astreinte et celles présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ne peuvent qu'être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à A B, à Me Pasteur et au préfet de la Loire-Atlantique.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 décembre 2024.

Le magistrat désigné,

C. C La greffière,

C. DUMONTEIL

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

C. DUMONTEIL

N°2400601

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