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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2401263

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2401263

vendredi 7 mars 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2401263
TypeDécision
PublicationC
Formation12eme chambre
Avocat requérantSMATI

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Nantes a examiné les requêtes de M. A B, contestant le refus implicite puis explicite du préfet de Maine-et-Loire de lui délivrer un titre de séjour, assorti d’une obligation de quitter le territoire français, d’une interdiction de retour de 24 mois et d’une assignation à résidence. Le requérant invoquait notamment une méconnaissance de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme et de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Le tribunal a rejeté l’ensemble des demandes, considérant que les décisions attaquées étaient suffisamment motivées et ne portaient pas une atteinte disproportionnée à la vie privée et familiale de l’intéressé. Les textes appliqués incluent les articles L. 435-1, L. 612-6 et L. 612-10 du CESEDA, ainsi que l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme.

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête, enregistrée le 30 octobre 2023 sous le n°2316115, M. A B, représenté par Me Smati, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le préfet de Maine-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de de Maine-et-Loire, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande de titre de séjour, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et de lui délivrer, dans l'attente de ce réexamen, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 800 euros à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à la part contributive de l'Etat.

Il soutient que :

- la décision attaquée n'est pas suffisamment motivée ;

- elle méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ces articles.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 juillet 2024, le préfet de Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

M. B a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du

25 juin 2024.

II. Par une requête, enregistrée le 26 janvier 2024 sous le n°2401263, M. A B, représenté par Me Smati, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 15 décembre 2023 par lequel le préfet de Maine-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office à l'issue de ce délai et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de vingt-quatre mois ;

2°) d'annuler l'arrêté du 24 janvier 2024 par lequel le préfet de Maine-et-Loire l'a assigné à résidence pour une durée de six mois ;

3°) d'enjoindre au préfet de Maine-et-Loire, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande de titre de séjour, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et de lui délivrer, dans l'attente de ce réexamen, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 800 euros à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à la part contributive de l'Etat.

Il soutient que :

s'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- cette décision n'est pas suffisamment motivée ;

- elle méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale au sens de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

s'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- cette décision n'est pas suffisamment motivée ;

- l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour la prive de base légale ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale au sens de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

s'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français la prive de base légale ;

s'agissant de la décision refusant un délai de départ volontaire :

- l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français la prive de base légale ;

s'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- cette décision n'est pas suffisamment motivée ;

- l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français la prive de base légale ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

s'agissant de la décision portant assignation à résidence :

- cette décision n'est pas suffisamment motivée ;

- l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français la prive de base légale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 juillet 2024, le préfet de Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

M. B a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du

10 décembre 2024.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Gourmelon, présidente-rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant malien né le 17 janvier 1998, déclare être entré en France le 3 juin 2017. Sa demande de reconnaissance de la qualité de réfugié a été rejetée par une décision du 28 février 2018 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 26 février 2019. Un arrêté portant obligation de quitter le territoire avec interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de douze mois a été prononcé à son encontre le 12 mars 2019. Par la suite, M. B a sollicité la délivrance d'un titre de séjour mention " vie privée et familiale ". Sa demande a été rejetée par un arrêté du 30 avril 2021 portant en outre obligation de quitter le territoire français avec interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de vingt-quatre mois. Enfin, le

19 décembre 2022, il a sollicité du préfet de Maine-et-Loire la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Sa demande a été rejetée par un arrêté du 15 décembre 2023 portant en outre obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination et lui interdisant le retour sur le territoire français pour une durée de vingt-quatre mois. Par un arrêté du 24 janvier 2024, le préfet de Maine-et-Loire a décidé de l'assigner à résidence pour une durée de six mois. Par sa requête n°2316115, M. B demande l'annulation du refus de séjour implicite né du silence gardé par le préfet sur sa demande du 19 décembre 2022. Par sa requête n°2401263, M. B demande au tribunal d'annuler les arrêtés du 15 décembre 2023 et du 24 janvier 2024.

Sur la jonction :

2. Les requêtes enregistrées sous les n°s 2316115 et 2401263 concernent la situation d'une même personne et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a donc lieu de les joindre pour y statuer par un seul jugement.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision implicite de refus de séjour :

3. Lorsqu'une décision explicite intervient postérieurement à une décision implicite, sur une même demande, la seconde se substitue nécessairement à la première. Ainsi la décision explicite de refus de séjour prise par le préfet de Maine-et-Loire le 15 décembre 2023 s'est substituée à la décision implicite de rejet née du silence gardé sur la demande de M. B. Dans ces conditions, les conclusions à fin d'annulation du rejet implicite doivent être regardées comme dirigées contre le refus explicite. Il n'y a, dès lors, plus lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation présentées dans la requête n°2316115.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

Sur la légalité de la décision portant refus de titre de séjour :

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui () restreignent l'exercice des libertés publique ou, de manière plus générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".

5. L'arrêté attaqué vise les articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont le préfet a fait application, et mentionne les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. B, relatives notamment à sa situation familiale en France. L'arrêté, qui comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement, est par suite suffisamment motivé en ce qu'il porte refus de séjour.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".

7. Il appartient à l'autorité administrative de vérifier si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale ", " salarié " ou " travailleur ", répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels. Il résulte, en outre, de ces dispositions que le législateur a entendu laisser à l'administration un large pouvoir pour apprécier si l'admission au séjour d'un étranger répond à des considérations humanitaires ou si elle se justifie au regard des motifs exceptionnels que celui-ci fait valoir. Il appartient seulement au juge administratif, saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que l'administration n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation qu'elle a portée sur l'un ou l'autre de ces points.

8. Il ressort des pièces du dossier que M. B réside sur le territoire français depuis près de six ans et demi à la date à laquelle la décision attaquée a été prise. Il se prévaut de son insertion professionnelle, et justifie avoir travaillé en qualité de saisonnier du 17 octobre 2018 au 8 octobre 2018, puis en qualité d'ouvrier polyvalent d'octobre 2019 à juillet 2020 au sein de la SAS CRP, et enfin en tant qu'intérimaire au sein de la société Adecco pour les mois de mai et juillet 2022. Il verse également au dossier une promesse d'embauche portant sur un emploi d'ouvrier polyvalent établie le 3 septembre 2020 par la SAS C.R.E. située à Niort ainsi qu'une promesse d'embauche du 8 octobre 2022 pour une durée indéterminée établie par la société CGIC située à Niort. Toutefois, ces différents éléments ne suffisent pas à établir l'existence d'une situation professionnelle et financière stable. Si M. B se prévaut par ailleurs de la présence en France de son frère en situation régulière qui l'héberge, ainsi que de la présence de plusieurs amis sur le territoire français, il est célibataire et sans enfants et n'est pas dépourvu d'attaches dans son pays d'origine, dans lequel ses parents résident et où il a vécu jusqu'à l'âge de 19 ans. Enfin, l'engagement démontré par si M. B au sein de différentes associations sportives ne suffit pas à établir que le requérant aurait noué en France des relations intenses et stables ou justifierait d'une intégration particulièrement remarquable dans la société française. Dans ces conditions, et en l'absence de tout élément caractérisant un motif exceptionnel ou des circonstances humanitaires particulières ou d'une gravité exceptionnelle, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation et d'une erreur de droit eu égard aux dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

9. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".

10. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 8, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision portant refus de titre de séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise et aurait ainsi méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation dont serait entachée cette décision ne peut qu'être écarté pour les mêmes motifs.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

11. En premier lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français, prise au visa, notamment, des articles L. 611-1 et L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dont elle fait application, énonce avec une précision suffisante les éléments de fait propres à la situation personnelle de M. B justifiant qu'il lui soit fait obligation de quitter le territoire français. Elle est ainsi suffisamment motivée en droit et en fait.

12. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait dépourvue de base légale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour doit être écarté.

13. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 8 et 10 du présent jugement, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise et aurait ainsi méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation dont serait entachée cette décision ne peut qu'être écarté pour les mêmes motifs.

Sur la légalité de la décision refusant un délai de départ volontaire :

14. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que le moyen tiré de ce que la décision refusant d'accorder à M. B un délai de départ volontaire serait dépourvue de base légale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination :

15. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays à destination duquel le requérant est susceptible d'être reconduit serait dépourvue de base légale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

Sur la légalité de l'interdiction de retour sur le territoire pour une durée de vingt-quatre mois :

16. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / () ". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / () ". En outre, l'article L. 613-2 de ce code dispose : " () les décisions d'interdiction de retour () sont motivées. ".

17. En premier lieu, l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. La décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère. L'autorité compétente doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifie sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.

18. En outre, il résulte des dispositions précitées de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que, lorsque le préfet prend, à l'encontre d'un étranger, une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ volontaire, il lui appartient d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit alors être appréciée au regard des quatre critères énumérés à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire.

19. L'arrêté attaqué comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait fondant, tant en son principe qu'en sa durée, la décision du préfet de faire interdiction à M. B de retour sur le territoire français pendant vingt-quatre mois. Cette motivation, qui permet au requérant à sa seule lecture de comprendre les motifs de cette interdiction, atteste de la prise en compte de l'ensemble des critères prévus par l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ainsi, la décision portant interdiction de retour est régulièrement motivée.

20. En deuxième lieu, le requérant fait l'objet d'une mesure d'obligation de quitter le territoire français qui n'est pas assortie d'un délai de départ volontaire. L'existence d'une menace à l'ordre public n'étant pas, en application de ces mêmes dispositions, la seule condition pour prononcer une interdiction de retour sur le territoire français, M. B n'est pas fondé à soutenir que le préfet ne pouvait prononcer d'interdiction de retour sur le territoire français à son encontre après avoir constaté qu'il ne constituait pas une menace pour l'ordre public. Par ailleurs, ni la durée de séjour en France du requérant, qui s'explique en partie par son maintien irrégulier sur le territoire en dépit des mesures d'éloignement prononcées à son encontre, ni ses liens personnels et familiaux ne peuvent être regardés comme constituant des circonstances humanitaires au sens des dispositions précitées. Par suite, le préfet de Maine-et-Loire n'a méconnu, ni les dispositions de l'article L. 612-6, ni celles de l'article L.612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en prononçant à l'encontre du requérant une interdiction de retour sur le territoire français, dont la durée de vingt-quatre mois n'apparaît pas disproportionnée compte tenu des obligations de quitter le territoire français précédemment prononcées à son encontre.

21. En dernier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que le moyen tiré de ce que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français serait dépourvue de base légale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

Sur la légalité de la décision portant assignation à résidence :

22. En premier lieu, la décision attaquée énonce, avec une précision suffisante, les stipulations conventionnelles et les dispositions légales qui la fondent. Elle mentionne en outre les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. B. Elle est ainsi suffisamment motivée.

23. En second lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que le moyen tiré de ce que la décision portant assignation à résidence serait dépourvue de base légale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

24. Il résulte de tout ce qui précède qu'il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation de la requête n°2316115, et que le surplus des conclusions des requêtes

n°s 2316115 et 2401263 doit être rejeté, y compris en ce qu'elles comportent des conclusions à fin d'injonction et une demande présentée au titre des frais de l'instance.

D É C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation de la requête n° 2316115.

Article 2 : Le surplus des conclusions des requêtes n°s 2316115 et 2401263 est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au préfet de Maine-et-Loire et à Me Smati.

Délibéré après l'audience du 10 février 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Gourmelon, présidente,

Mme Milin, première conseillère,

M. Cordrie, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 mars 2025.

La présidente-rapporteure,

V. GOURMELON

L'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

C. MILIN

La greffière,

S. LEGEAY

La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°s 2316115, 2401263

mc

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