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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2402126

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2402126

jeudi 14 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2402126
TypeDécision
Avocat requérantKELTEN SPORT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 12 et 26 février 2024, M. B A, représenté par Me Hugel, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 1er février 2024 de la fédération française d'athlétisme portant " suspension provisoire d'exercice de fonction " ;

2°) de mettre à la charge de la fédération française d'athlétisme la somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le tribunal administratif de Nantes est géographiquement compétent, au regard des dispositions de l'article R. 221-3 du code de justice administrative ;

- l'interdiction temporaire d'exercer ses fonctions ne constitue pas une mesure relevant des dévolutions légales confiées au comité national olympique et sportif français ; de surcroît, les faits allégués reprochés sont intervenus en dehors du cadre de l'athlétisme ; la décision contestée ne mentionne pas les voies et délais de recours ; en tout état de cause, il a saisi le comité national olympique et sportif français d'une demande de conciliation le 26 février 2024 ;

- la condition d'urgence est satisfaite dès lors que la décision attaquée a pour effet de lui interdire d'exercer sa profession, ce qui de facto suspend l'exécution de son contrat de travail et le prive ainsi de toute rémunération pour une durée pouvant aller jusqu'à 14 semaines, alors que son salaire mensuel au sein de l'ENTENTE ANGEVINE ATHLETISME est de 1 633, 59 euros, qu'il a ses trois enfants à charge et que ses charges courantes mensuelles s'élèvent à un total de 1 531,73 euros ; le fait qu'il soit placé en arrêt de travail est sans incidence sur les effets de la décision contestée ; il est particulièrement affecté par la décision litigieuse qui lui a généré une importante anxiété ainsi qu'une dépression intense justifiant son placement en arrêt maladie et la prescription d'un médicament anxiolytique ; une éventuelle annulation de la décision ne pourra intervenir qu'après son entière exécution de sorte qu'il y a urgence à statuer, alors qu'il craint que la fédération entame une procédure de licenciement sur la base d'allégations erronées ; il n'est pas établi que l'organe disciplinaire rendra sa décision à bref délai ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

* la fédération française d'athlétisme ne détient pas la compétence pour édicter la mesure litigieuse, dès lors que les faits allégués qui la fondent ne sont pas intervenus dans le cadre d'un entraînement d'athlétisme, sont sans lien avec la pratique de cette activité et se sont déroulés dans le cercle privé ;

* elle est insuffisamment motivée ;

* elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article 12 du règlement disciplinaire de la fédération française d'athlétisme dès lors qu'elle ne repose sur aucun fait précis, alors qu'il n'a été destinataire d'aucune information sur les faits reprochés, de sorte qu'il ne peut en apporter aucune justification ; si lors de la contestation de l'arrêté préfectoral du 18 octobre 2023 par lequel le préfet de Maine-et-Loire l'a suspendu provisoirement de ses fonctions, il lui était reproché des comportements sexuels avec une autre athlète, de tels agissements n'ont jamais eu lieu, alors qu'il a simplement fait part à l'intéressée de ses sentiments via une messagerie électronique et qu'ils sont restés en contact à titre amical, et alors qu'il n'a jamais assuré l'entraînement de celle-ci de sorte que les faits qui lui sont reprochés relèvent d'une sphère purement privée ; ainsi que l'a retenu le juge des référés du tribunal dans son ordonnance du 17 novembre 2023 par laquelle il a suspendu l'exécution de l'arrêté du préfet de Maine-et-Loire du 18 octobre 2023, aucun fait ne peut lui être imputé, et il s'est toujours montré respectueux dans ses fonctions, ainsi que l'atteste son entourage, comme l'a relevé le juge des référés du tribunal ; il est victime d'une manipulation, voire d'un acharnement, alors qu'aucune enquête n'a sérieusement été diligentée par l'administration afin de clarifier les faits qui lui sont reprochés et d'établir l'identité de l'auteur du message envoyé via l'application " Snapchat ", dont la date d'envoi n'est pas davantage démontrée ; il a ainsi déposé plainte pour dénonciation calomnieuse contre l'intéressée ; l'état psychologique de la prétendue victime est précaire, notamment en ce qu'elle est souvent hospitalisée en raison d'une dépression sévère et d'une anorexie mentale, et il n'existe aucun élément permettant de fonder ses allégations ; la mesure litigieuse n'apparaît ainsi fondée sur aucun élément de preuve permettant de justifier, ni même de suspecter un agissement pénalement répréhensible de sa part ; la fédération admet ne pas s'être assurée de la vraisemblance des faits reprochés, lesquels ne peuvent, en tout état de cause, être qualifiés de viol, l'accusation portée contre lui ne portant pas sur de tels faits.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 février 2024, la fédération française d'athlétisme, représentée par Me Berenger, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de M. A la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

A titre principal, elle oppose des fins de non-recevoir à la requête, tirées de l'incompétence du tribunal administratif de Nantes et de l'absence de saisine préalable du comité national olympique et sportif français " CNOSF ".

A titre subsidiaire, elle fait valoir que :

- la condition d'urgence n'est pas remplie dès lors que M. A ne démontre pas la réalité de l'interruption de son contrat de travail ou de sa privation de salaire et de ressources, alors qu'il a été placé en arrêt de travail du 23 octobre 2023 au 21 novembre suivant puis du 2 février 2024 au 16 février suivant ; contrairement à ce qui est soutenu, l'employeur de M. A n'a pas l'intention de prendre la moindre mesure à son égard ; la production des bulletins de paie de l'intéressé démontre qu'il a perçu l'intégralité de sa rémunération pour les mois de novembre, décembre 2023 et janvier 2024 ; en tout état de cause, la mesure d'une part, présente un caractère provisoire jusqu'à la décision de l'organe disciplinaire qui se réunira le 29 février 2024 et, d'autre part, poursuit un intérêt public compte tenu de la gravité des faits reprochés ;

- aucun des moyens soulevés n'est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

Vu :

- les pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 9 février 2024 sous le numéro 2402026 par laquelle M. A demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code du sport ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Robert-Nutte, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 27 février 2024 à 10 heures 30 :

- le rapport de Mme Robert-Nutte, juge des référés,

- les observations de Me Vacher, substituant Me Hugel, représentant M. A, en sa présence ;

- et les observations de Me Berenger, représentant la fédération française d'athlétisme.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Le 7 octobre 2023, la fédération française d'athlétisme a été informée que le 19 septembre 2023 l'une de ses licenciées a déposé une plainte à l'encontre de M. A, également licencié de cette fédération et éducateur sportif exerçant au sein du club l'ENTENTE ANGEVINE ATHLETISME, pour des faits susceptibles d'être qualifiés d'agression sexuelle. Par une décision du 1er février 2024, la fédération française d'athlétisme a prononcé à l'encontre de l'intéressé une suspension provisoire d'exercice de fonction. Par la présente requête, M. A demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de cette décision.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi de conclusions tendant à la suspension d'un acte administratif, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire.

4. Pour justifier l'urgence d'une suspension de l'exécution de la décision litigieuse, M. A invoque la précarité financière dans laquelle il est placé et les incidences de cette mesure sur son état de santé. Toutefois, il est constant que la décision contestée constitue une mesure provisoire dans l'attente de la décision de l'organe disciplinaire de première instance de la fédération française d'athlétisme, laquelle devrait intervenir à bref délai, dès lors que l'audience de cette instance s'est tenue le 29 février 2024. Par ailleurs, M. A, qui a été placé en arrêt de travail notamment du 2 au 16 février 2024, prolongé jusqu'au 1er mars suivant, ne démontre pas que son employeur entend, à l'issue de cet arrêt, suspendre l'exécution de son contrat de travail, ni qu'il serait privé de toute ressource du fait de la décision litigieuse. En outre, si M. A invoque les incidences de la décision contestée sur son état de santé, et justifie de la prolongation pour une durée de 14 jours, jusqu'au 1er mars 2024, de l'arrêt de travail ordonné par un médecin spécialiste en médecine générale, et de la prescription durant cette même durée d'un médicament anxiolytique, il résulte, toutefois, de l'instruction que les arrêts de travail initiaux dont l'intéressé a bénéficié sont antérieurs à la notification de la mesure litigieuse, et apparaissent ainsi résulter, en premier lieu, des accusations portées contre lui et de la procédure précédemment initiée par le préfet de Maine-et-Loire. Ainsi, par les pièces produites, M. A ne démontre pas une aggravation significative de son état de santé, du fait de la décision contestée. Par suite, au regard de l'ensemble de ces circonstances, et alors que la mesure contestée est provisoire et a pour finalité de garantir la protection des licenciés de la fédération française d'athlétisme, dans l'attente de la décision de l'organe disciplinaire précité, dont l'audience s'est tenue le 29 février 2024, la condition d'urgence au sens et pour l'application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative ne peut être regardée comme remplie.

5. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les fins de non-recevoir opposées en défense, ni de statuer sur l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée, que les conclusions présentées par M. A sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, doivent être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

6. D'une part, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de la fédération françaises d'athlétisme, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par M. A au titre des frais exposés à l'occasion de la procédure et non compris dans les dépens.

7. D'autre part, il n'apparaît pas inéquitable, dans les circonstances de l'espèce, de laisser à la charge de la fédération françaises d'athlétisme la somme demandée par celle-ci sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

8. Par suite, les conclusions des parties présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la fédération française d'athlétisme présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et à la fédération française d'athlétisme.

Fait à Nantes, le 14 mars 2024.

La juge des référés,

O. ROBERT-NUTTE

La greffière,

G. PEIGNELa République mande et ordonne à la ministre des sports et des jeux olympiques et paralympiques en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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