Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2405827

jeudi 27 mars 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2405827
TypeDécision
FormationOQTF 6 semaines - 2ème chambre

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Nantes annule l’arrêté du 18 mars 2024 par lequel le préfet de la Sarthe a obligé M. B, ressortissant guinéen, à quitter le territoire français. La décision est motivée par une erreur de fait : le préfet a mentionné que l’intéressé n’avait pas sollicité d’autre titre de séjour que l’asile, alors qu’une demande de titre de séjour pour raisons médicales avait été déposée le 10 janvier 2024, ce qui a influencé l’appréciation de sa situation. En conséquence, le tribunal enjoint au préfet de délivrer à M. B une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail dans un délai de sept jours, et condamne l’État à verser 1 000 euros à son avocate au titre des frais de justice. La décision se fonde notamment sur les articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 16 avril 2024, M. A B, représenté par

Me Chauvin, demande au tribunal :

1° d'annuler l'arrêté du 18 mars 2024 par lequel le préfet de la Sarthe l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;

2° d'enjoindre au préfet de la Sarthe de lui permettre de déposer une demande de titre de séjour et de lui remettre un récépissé valant autorisation de séjour et de travail le temps de l'instruction de son dossier ;

3° de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à verser à Me Chauvin en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il n'est pas établi que l'arrêté contesté a été signé par une autorité compétente ;

- l'arrêté contesté méconnaît l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration et est entaché d'un vice de forme ;

- il omet d'indiquer qu'il a sollicité un titre de séjour pour raisons médicales ;

- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales

- il méconnaît l'article 3 de la même convention eu égard aux risques encourus en Guinée ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 mars 2025, le préfet de la Sarthe conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du

4 mars 2025.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Rimeu en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Rimeu a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant guinéen né le 10 mars 1997, est entré en France en avril 2022. Sa demande d'asile a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 25 mai 2023 et par une décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 19 décembre 2023. Par un arrêté du 18 mars 2024, dont M. B demande au tribunal l'annulation dans la présente instance, le préfet de la Sarthe a pris à son encontre une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours.

2. Il ressort des pièces du dossier que M. B a déposé une demande de titre de séjour le 10 janvier 2024. Or l'arrêté contesté du 18 mars 2024 mentionne qu'il n'a pas sollicité son admission au séjour à un autre titre que l'asile. Cette erreur de fait a nécessairement eu une influence sur l'appréciation portée par le préfet sur la situation de M. B et, par suite, sur la décision de l'obliger à quitter le territoire français. Par suite, M. B est fondé à soutenir qu'en omettant de prendre en compte sa demande de titre de séjour enregistré le 10 janvier 2024, le préfet de la Sarthe a entaché d'illégalité l'arrêté contesté.

3. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin, d'examiner les autres moyens soulevés, que M. B est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de la Sarthe du 18 mars 2024.

4. Le présent jugement implique nécessairement que le préfet de la Sarthe délivre à

M. B, le temps de l'examen de sa demande de titre de séjour enregistrée le 10 janvier 2024, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans un délai de sept jours à compter de la notification du présent jugement.

5. M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du

10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Chauvin renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros.

D É C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 18 mars 2024 du préfet de la Sarthe est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Sarthe de délivrer à M. B, dans un délai de sept jours à compter de la notification du présent jugement, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler valable le temps de l'examen de sa demande de titre de séjour.

Article 3 : L'Etat versera à Me Chauvin, la somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de

l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Chauvin renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au préfet de la Sarthe et à Me Chauvin.

Fait à Nantes, le 27 mars 2025.

La magistrate désignée,

S. RIMEU

La greffière,

A. GOUDOU

La République mande et ordonne au préfet de la Sarthe en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties

privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2405827

Décisions similaires

TA44Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Nantes — N° TA44-2411455

Le Tribunal Administratif de Nantes a rejeté la requête de Mme A B, ressortissante angolaise, qui contestait un arrêté du préfet de Maine-et-Loire du 17 juin 2024 l'obligeant à quitter le territoire français. Le tribunal a écarté l'ensemble des moyens soulevés, notamment l'incompétence du signataire, l'insuffisance de motivation, la méconnaissance du droit d'être entendu et la violation de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme. La solution retenue est le rejet de la demande d'annulation, confirmant ainsi la légalité de l'obligation de quitter le territoire français et de la fixation du pays de destination. Les textes appliqués incluent le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la Convention européenne des droits de l'homme et la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.

02/07/2025

TA44Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Nantes — N° TA44-2410907

Le Tribunal Administratif de Nantes a rejeté la requête de M. B, ressortissant arménien, contestant l'arrêté du préfet de la Vendée du 21 juin 2024 portant obligation de quitter le territoire français (OQTF). Le tribunal a jugé que la décision était suffisamment motivée et avait été précédée d'un examen particulier de sa situation. Il a estimé que la mesure ne portait pas une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme, compte tenu de son faible ancrage en France et de ses attaches conservées en Arménie. Par conséquent, les conclusions en annulation, injonction et frais de justice ont été rejetées.

02/07/2025

TA44Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Nantes — N° TA44-2410279

Le Tribunal Administratif de Nantes a rejeté la requête de Mme B, ressortissante congolaise, qui contestait l'arrêté du préfet de Maine-et-Loire du 13 juin 2024 lui faisant obligation de quitter le territoire français. La requérante invoquait notamment une insuffisance de motivation, une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et une erreur manifeste d'appréciation. Le tribunal a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et que, compte tenu de la durée et de la nature de son séjour en France, la mesure ne portait pas une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale. En conséquence, les conclusions à fin d'annulation ont été rejetées.

18/06/2025

TA44Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Nantes — N° TA44-2410706

Le Tribunal Administratif de Nantes a examiné la requête de M. A, ressortissant russe, contestant l'arrêté du préfet de la Sarthe du 1er juillet 2024 l'obligeant à quitter le territoire français. Le tribunal a annulé cet arrêté, jugeant que la décision de l'OFPRA rejetant sa demande d'asile n'était pas devenue définitive. En effet, M. A avait introduit une demande d'aide juridictionnelle dans les délais, ce qui avait suspendu le délai de recours devant la Cour nationale du droit d'asile, lui permettant ainsi de conserver son droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 611-1 et L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

18/06/2025