vendredi 17 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2406497 |
| Type | Décision |
| Avocat requérant | SELARL CARADEUX CONSULTANT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 30 avril 2024, suivie de pièces complémentaires enregistrées le 14 mai 2024 à 12h40, M. D C et Mme B E, représentés par Me Leraisnable, demandent au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de suspendre l'exécution de la décision du 2 mars 2024 par laquelle le maire de Saint-Brévin-les-Pins a refusé de leur délivrer un certificat de permis de construire modificatif tacite ;
2°) d'enjoindre à la commune de Saint-Brévin-les-Pins de leur délivrer le certificat sollicité dans un délai de quinze jours à compter de la décision à intervenir sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Brévin-les-Pins le versement d'une somme de 4 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- ils ont intérêt à agir et leur requête est recevable ;
- la condition d'urgence est remplie, dès lors que déblocage des crédits finançant leur construction est fonction du démarrage des travaux au plus tard le 13 juin 2025, que la validité du permis de construire obtenu le 7 juin 2021 est subordonnée à un démarrage des travaux dans un délai de trois ans soit avant le 7 juin 2024 lequel ne peut intervenir sans l'obtention du certificat demandé ; ils ont déjà engagé des frais importants
- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision litigieuse :
- elle méconnaît les dispositions de l'article R. 424-13 du code de l'urbanisme dès lors qu'elle impose à la collectivité de délivrer un certificat de permis de construire tacite sur simple demande du pétitionnaire.
Par un mémoire, enregistré le 14 mai 2024 à 12h21, la commune de Saint-Brévin-les-Pins représentée par Me Caradeux, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge de M. C et Mme E la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir qu'aucune décision tacite ou expresse n'est née dès lors qu'aucun justificatif n'est produit par les requérants prouvant qu'ils auraient effectivement confirmé leur demande de permis modificatif auprès de la commune celle-ci ne pouvait dès lors délivrer de certificat.
Vu :
- la requête enregistrée le 29 avril 2024, sous le numéro 2406437 par laquelle M. C et Mme E demandent l'annulation de la décision susvisée ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code du patrimoine ;
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Echasserieau, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 14 mai 2024 à 14 heures 30 :
- le rapport de M. Echasserieau, juge des référés ;
- les observations de Me Leraisnable, avocat de M. C et Mme E en leur présence ;
- les observations de Me Dubos, substituant Me Caradeux représentant la commune de Saint-Brévin-les-Pins.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. C et Mme E ont déposé, le 25 juin 2020, une demande de permis de construire une maison d'habitation sur une parcelle cadastrée section BA n° 137 située au numéro 61 de l'allée des cigales sur le territoire de la commune de Saint-Brévin-les-Pins. Par un arrêté du 16 octobre 2020, le maire de Saint-Brévin-les-Pins a refusé de délivrer le permis de construire sollicité. A la demande de M. C et de Mme E, le juge des référés du tribunal a toutefois prononcé, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de cet arrêté du 16 octobre 2020 aux termes d'une ordonnance n° 2012986 du 14 janvier 2021, en estimant que la condition d'urgence était remplie, et que le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des motifs fondant le refus de permis de construire était de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté. Sur injonction de réexamen prononcée par le juge des référés, le maire de Saint-Brévin-les-Pins a de nouveau refusé de délivrer le permis de construire aux termes d'un second arrêté du 19 février 2021. Le juge des référés du tribunal a de nouveau prononcé, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de ce second arrêté du 19 février 2021 aux termes d'une ordonnance n° 2104350 du 7 mai 2021. Le 7 juin 2021, le maire a délivré un permis de construire à M. C et de Mme E en exécution de l'ordonnance n°2104350. Le 28 décembre 2022, ceux-ci ont déposé une demande de permis de construire modificatif portant sur le déplacement de la façade est de la construction projetée. Par un arrêté du 27 mars 2023, le maire a refusé de délivrer le permis de construire sollicité motifs pris de la méconnaissance de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme et de l'avis défavorable de l'architecte des bâtiments de France. Le juge des référés du tribunal a de nouveau prononcé, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de cet arrêté par ordonnance n° 2315212 du 26 octobre 2023 et a enjoint au maire de la commune de réexaminer cette demande. M. C et Mme E ont demandé, par courrier reçu en mairie le 2 janvier 2024, que le maire de la commune de Saint-Brévin-les-Pins leur délivre un certificat de permis de construire modificatif tacite. Les requérants demandent au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision implicite que le maire leur a opposé portant refus de certificat de permis de construire modificatif tacite.
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".
Sur l'urgence :
3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi de conclusions tendant à la suspension d'un acte administratif, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.
4. En premier lieu, en application de l'article L. 600-3 du code de l'urbanisme, la condition d'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative est présumée satisfaite lors d'une requête en référé suspension dirigée contre une décision de non-opposition à déclaration préalable ou contre un permis de construire, d'aménager ou de démolir. Or, il ressort des pièces du dossier que M. C et Mme E demandent au juge des référés de prononcer la suspension de l'exécution de la décision implicite née le 2 mars 2024 par laquelle le maire de la commune de Saint-Brévin-les-Pins a refusé de délivrer un certificat de permis de construire modificatif tacite. Dès lors que la décision attaquée ne procède à la délivrance d'aucune autorisation d'urbanisme, la présomption d'urgence prévue à l'article L. 600-3 du code de l'urbanisme n'est pas applicable.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 424-17 du code de l'urbanisme : " Le permis de construire, d'aménager ou de démolir est périmé si les travaux ne sont pas entrepris dans le délai de trois ans à compter de la notification mentionnée à l'article R. 424-10 ou de la date à laquelle la décision tacite est intervenue. / Il en est de même si, passé ce délai, les travaux sont interrompus pendant un délai supérieur à une année. / Les dispositions du présent article sont applicables à la décision de non-opposition à une déclaration préalable lorsque cette déclaration porte sur une opération comportant des travaux ". Le délai de validité d'un permis de construire est interrompu lorsqu'un fait imputable à l'administration est de nature à empêcher la réalisation ou la poursuite des travaux. Le délai de validité court à nouveau dans son intégralité à compter de la date à laquelle le fait de l'administration cesse de produire ses effets.
6. Comme il a été dit au point 1, les premières démarches aux fins d'obtention d'un permis de construire leur habitation principale ont été engagées par les requérants il y a plus de trois ans et ont fait l'objet de trois décisions de refus de permis de construire, l'exécution de deux d'entre elles ayant été suspendue par le juge des référés de ce tribunal. Il résulte de l'instruction que les requérants ont accepté une offre de prêt immobilier avec utilisation progressive en franchise partielle de vingt-quatre mois et remboursent le crédit qui leur a été octroyé pour l'acquisition de leur résidence actuelle à Pornic, de sorte que le retard dans la réalisation des travaux de construction est susceptible de les exposer au remboursement simultané de deux échéances de prêts. Dans ces conditions, compte tenu du délai s'étant écoulé depuis le dépôt de la première demande de permis de construire, des refus successifs opposés aux requérants et des conséquences financières du gel de leur projet, à supposer même que le délai de validité du permis de construire modificatif tacite puisse être regardé comme interrompu par un fait imputable à l'administration et de nature à empêcher la réalisation des travaux, de sorte que le délai de préemption prévu à l'article R. 424-17 du code de l'urbanisme serait interrompu le refus de délivrance du certificat de permis de construire modificatif tacite en litige porte une atteinte grave et immédiate à leurs intérêts, ce qui n'est au demeurant pas contesté par la commune de Saint-Brévin-les-Pins. Par suite, la condition d'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative doit être regardée comme remplie.
Sur l'existence de moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision implicite refusant le certificat demandé :
7. D'une part, aux termes de l'article L. 423-1 du code de l'urbanisme : " Les demandes de permis de construire, d'aménager ou de démolir et les déclarations préalables sont présentées et instruites dans les conditions et délais fixés par décret en Conseil d'État. () " et aux termes de l'article L. 424-2 du même code : " Le permis est tacitement accordé si aucune décision n'est notifiée au demandeur à l'issue du délai d'instruction. / Un décret en Conseil d'État précise les cas dans lesquels un permis tacite ne peut être acquis ". Selon l'article R. 423-23 du même code : " Le délai d'instruction de droit commun est de : " a) Un mois pour les déclarations préalables ; b) Deux mois pour les demandes de permis de démolir et pour les demandes de permis de construire portant sur une maison individuelle, au sens du titre III du livre II du code de la construction et de l'habitation, ou ses annexes ; c) Trois mois pour les autres demandes de permis de construire et pour les demandes de permis d'aménager. ". Enfin, l'article R. 424-1 de ce code prévoit que : " A défaut de notification d'une décision expresse dans le délai d'instruction déterminé comme il est dit à la section IV du chapitre III ci-dessus, le silence gardé par l'autorité compétente vaut, selon les cas : () / b) Permis de construire, permis d'aménager ou permis de démolir tacite. () ".
8. D'autre part, aux termes de l'article R. 424-13 du même code : " En cas de permis tacite ou de non-opposition à un projet ayant fait l'objet d'une déclaration, l'autorité compétente en délivre certificat sur simple demande du demandeur, du déclarant ou de ses ayants droit. En cas de permis tacite, ce certificat indique la date à laquelle le dossier a été transmis au préfet ou à son délégué dans les conditions définies aux articles L. 2131-1 et L. 2131-2 du code général des collectivités territoriales. " et aux termes de l'article L.424-5 du même code : " La décision de non-opposition à une déclaration préalable ou le permis de construire ou d'aménager ou de démolir, tacite ou explicite, ne peuvent être retirés que s'ils sont illégaux et dans le délai de trois mois suivant la date de ces décisions. Passé ce délai, la décision de non-opposition et le permis ne peuvent être retirés que sur demande expresse de leur bénéficiaire. (). ".
9. Il résulte de ces dispositions que le demandeur d'un permis de construire est réputé être titulaire d'un permis tacite si aucune décision ne lui a été notifiée avant l'expiration du délai réglementaire d'instruction de son dossier et qu'en présence d'un permis de construire tacite qui ne peut plus faire l'objet d'une mesure de retrait, le maire est tenu de délivrer le certificat de permis de construire tacite.
10. En l'espèce, il est désormais constant, ainsi que l'a reconnu la commune de Saint-Brévin-les-Pins à l'audience d'une part que les requérants sont titulaire d'un permis de construire modificatif tacite et, d'autre part, que les requérants ont demandé la délivrance du certificat de permis de construire modificatif tacite au maire de la commune le 2 janvier 2024 et qu'en l'absence de réponse à cette demande dans le délai de deux mois, il résulte des dispositions de l'article L.231-4 du code des relations entre le public et l'administration que le maire de Saint-Brévin-les-Pins leur a opposé une décision implicite de rejet. En conséquence, en vertu de ce qui est exposé aux points 7 et 8, le maire de la commune était tenu de délivrer le certificat de permis de construire modificatif tacite demandé par M. C et Mme E, sans pouvoir opposer l'illégalité éventuelle de ce permis de construire. Dès lors, les requérants sont fondés à soutenir qu'il existe un doute sérieux sur la légalité de la décision du maire de Saint-Brévin-les-Pins dont ils demandent la suspension.
11. Il résulte de tout ce qui précède que M. C et Mme E sont fondés à demander la suspension de l'exécution de la décision implicite.
Sur les conclusions à fins d'injonction et d'astreinte :
12. En l'espèce, la suspension de l'exécution de la décision implicite par laquelle le maire de la commune de Saint-Brévin-les-Pins a refusé de délivrer à M. C et Mme E un certificat de permis de construire modificatif tacite implique nécessairement, eu égard aux motifs de cette suspension, que le maire délivre, à titre conservatoire jusqu'à ce qu'il soit statué sur la requête à fin d'annulation de cette décision, un certificat de permis de construire modificatif tacite. Dès lors, il y a lieu d'enjoindre au maire de la commune de Saint-Brévin-les-Pins de délivrer un tel certificat dans un délai de quinze jours suivant la notification de la présente ordonnance. Toutefois, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
13. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Saint-Brevin-les-Pins, qui est la partie perdante dans la présente instance, une somme globale de 1 000 euros au titre des frais exposés par M. C et Mme E et non compris dans les dépens.
O R D O N NE :
Article 1er : L'exécution de la décision implicite du maire de la commune de Saint-Brevin-les-Pins en date du 27 mars 2023 est suspendue
Article 2 : Il est enjoint au maire de la commune de Saint-Brevin-les-Pins de délivrer, à titre conservatoire jusqu'à ce qu'il soit statué sur la requête à fin d'annulation de cette décision, un certificat de permis de construire modificatif tacite dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance.
Article 3 : La commune de Saint-Brevin-les-Pins versera à M. C et à Mme E une somme globale de 1 000 (mille) euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Les conclusions de la commune de Saint-Brevin-les-Pins au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à M. D C, à Mme B E et à la commune de Saint-Brevin-les-Pins.
Fait à Nantes, le 17 mai 2024.
Le juge des référés,
B. ECHASSERIEAU
La greffière,
M. ALa République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,