jeudi 24 avril 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2407700 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | L'HELIAS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 24 mai 2024, M. A E, représenté par Me L'Helias, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 19 avril 2024 par lequel la préfète de la Mayenne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque le délai sera expiré et l'a astreint à se présenter au commissariat de police de Laval chaque mercredi à 14h30, afin de justifier des diligences accomplies dans la préparation de son départ ;
2°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
3°) d'enjoindre au préfet de Maine-et-Loire, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", à titre subsidiaire, de l'admettre exceptionnellement au séjour, sinon, de procéder au réexamen sous deux mois de sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente, sous astreinte de 150 euros par jour de retard passé le délai de huit jours à compter de la notification du jugement ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 300 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sur l'aide juridique.
Il soutient que :
S'agissant de l'arrêté pris dans son ensemble :
- il n'est pas établi qu'il a été signé par une autorité compétente ;
S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît la circulaire ministérielle du 28 novembre ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant refus de titre de séjour ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
S'agissant de la décision portant astreinte à se présenter au commissariat de police de Laval :
- elle doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
Par un mémoire en défense, enregistré le 26 février 2025, la préfète de la Mayenne conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.
M. E a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 17 mars 2025.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Giraud, président-rapporteur,
- et les observations de M. E.
Considérant ce qui suit :
1. M. E, ressortissant camerounais né le 23 février 1987, déclare être entré en France le 20 décembre 2015. Par un arrêté du 27 juin 2018, il a fait l'objet d'un premier refus de titre de séjour, avant que, suite à un recours gracieux et à une nouvelle demande de titre, il se soit vu opposer un arrêté du 22 février 2019 lui refusant de nouveau le séjour et l'obligeant à quitter le territoire français. Ce dernier arrêté ayant été annulé par le tribunal de céans par une décision du 8 octobre 2019, le préfet de Maine-et-Loire a procédé au réexamen de sa situation avant de lui refuser le séjour et de l'obliger à quitter le territoire français, par un arrêté du 21 février 2020. Le 28 septembre 2022, il a sollicité de la préfète de la Mayenne son admission exceptionnelle au séjour. Par un arrêté du 19 avril 2024, la préfète de la Mayenne lui a refusé le séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et l'a astreint à se présenter au commissariat de police de Laval tous les mercredis à 14h30 afin de justifier des diligences accomplies pour la préparation de son départ. M. E demande au tribunal d'annuler cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, anciennement L. 313-11 : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".
3. Il ressort des pièces du dossier, notamment des documents du centre d'accueil et d'accompagnement de Médecins du Monde de Paris que M. E est entré en France au cours de l'année 2015, et qu'il séjourne ainsi en France depuis près de neuf années à la date de l'arrêté attaqué. Il ressort également des pièces du dossier que M. E est lié à Mme B F par un pacte civil de solidarité (PACS) conclu le 17 août 2022, laquelle séjourne régulièrement sur le territoire français et avec qui il résidait au 128 rue de Rome à Mayenne à la date de l'arrêté attaqué, le couple ayant auparavant résidé chez Mme F au 12 Avenue Paul Guyard à Mayenne. Il ressort en outre des pièces du dossier que de cette union est née, le 18 octobre 2022, la jeune C D dont M. E justifie s'occuper notamment en l'emmenant à la crèche, puis à l'école maternelle postérieurement à l'arrêté attaqué. Enfin, M. E, qui aux termes de l'arrêté attaqué a travaillé en qualité d'agent d'entretien du 1er janvier 2020 au 31 juillet 2022, établit être titulaire d'un diplôme d'agent des services de sécurité incendie et d'assistance à personnes obtenu le 24 mars 2021, avoir suivi une formation d'équipier de première intervention le 17 mars 2021 et avoir été titulaire d'un certificat de sauveteur secouriste obtenu le 9 mars 2021, de sorte qu'il doit être regardé comme justifiant d'une insertion professionnelle sur le territoire français. Dans ces conditions, la préfète de la Mayenne a porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en lui refusant le séjour et a ainsi méconnu les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens soulevés par l'intéressé, que la décision portant refus de titre de séjour doit être annulée. Par voie de conséquence, les décisions portant obligation de quitter le territoire français, fixation du pays de destination et astreinte à se présenter au commissariat de police de Laval sont annulées.
5. Le présent jugement implique nécessairement qu'il soit enjoint à la préfète de la Mayenne de munir l'intéressé d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois suivant la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
6. M. E ayant obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Papineau renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros.
D É C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 19 avril 2024 de la préfète de la Mayenne est annulé.
Article 2 : Il est enjoint à la préfète de la Mayenne de délivrer à M. E une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à Me L'Helias, la somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Eric L'HELIAS renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A E à la préfète de la Mayenne et à Me Eric L'Helias.
Délibéré après l'audience du 3 avril 2025, à laquelle siégeaient :
M. Giraud, président,
Mme Beyls, conseillère,
M. Huet, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 avril 2025.
Le président-rapporteur,
T. GIRAUDL'assesseure la plus ancienne
dans l'ordre du tableau,
M. BEYLSLa greffière,
C. GENTILS
La République mande et ordonne à la préfète de la Mayenne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
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Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — N° TA95-2507344
Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise a annulé l'arrêté préfectoral ordonnant à un ressortissant colombien de quitter le territoire français, de fixer son pays de destination et de lui interdire le retour. Le tribunal a retenu que le préfet des Hauts-de-Seine avait commis une erreur de droit en prenant cette décision en application de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers, puisque l'intéressé avait déjà quitté le territoire français avant la notification de l'arrêté. Par voie de conséquence, les mesures de fixation du pays de destination et d'interdiction de retour ont également été annulées, et le préfet est enjoint de réexaminer la situation du requérant.
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