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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2407746

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2407746

lundi 24 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2407746
TypeDécision
Avocat requérantSELARL LEXCAP ANGERS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 26 mai 2024, Mme C A épouse D, représentée par Me Cacciapaglia, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de la décision du 29 mars 2024 par laquelle le département de la Loire-Atlantique a prononcé son licenciement en qualité d'assistante maternelle, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;

2°) d'enjoindre au département de la Loire-Atlantique de la réintégrer dans les effectifs du département, dans un délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard

3°) de mettre à la charge du Département de la Loire-Atlantique une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors qu'elle se retrouve sans emploi alors qu'elle doit faire face à de nombreuses charges ; la décision de licenciement bouleverse ses conditions d'existence ;

- la décision de licenciement est entachée d'illégalités : il n'est pas établi que le signataire de la décision disposait d'une délégation de signature régulière ; la décision est insuffisamment motivée en droit et en fait ; la décision méconnaît les dispositions de l'article L. 423-10 du code de l'action sociale et des familles dès lors que le motif invoqué de licenciement est dépourvu de précision ; elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que le motif fait état d'un manque de confiance et de communication réciproque ce qui implique qu'elle n'est pas à l'origine de la situation et que les services du département de la Loire-Atlantique présentaient également une défaillance ; la décision est entachée d'un détournement de pouvoir et de procédure dès lors que le département de la Loire-Atlantique n'a pas démontré qu'elle avait perdu la confiance des professionnels, que son agrément a été maintenu par le département du Morbihan et que les faits invoqués datent de juin 2021 et octobre 2023 ; le conseil départemental de la Loire-Atlantique n'a pas accepté la décision du conseil départemental du Morbihan qui a maintenu l'agrément ;

- enfin aucune circonstance exceptionnelle ne justifie que la suspension ne soit pas ordonnée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 juin 2024, le département de la Loire-Atlantique, représenté par Me Meunier conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de Mme D au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'urgence n'est pas établie ;

- aucun des autres moyens de la requête n'est fondé.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 26 mai 2024 sous le numéro 2407786 par laquelle Mme D demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code l'action sociale et des familles ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Specht pour statuer sur les demandes de référé en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 12 juin 2024 :

- le rapport de Mme Specht, juge des référés ;

- les observations de Me Le Brun, substituant Me Cacciapaglia, représentant Mme D, qui reprend les conclusions et moyens de la requête ;

- et les observations de Me Meunier, représentant le département de la Loire-Atlantique, qui reprend les conclusions et moyens de son mémoire en défense.

Après avoir prononcé, à l'issue de l'audience, la clôture de l'instruction.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D, assistante familiale agréée depuis le 1er août 2013 par le département du Morbihan, exerce par ailleurs l'emploi d'assistante familiale auprès de l'unité d'accueil familial de Saint-Nazaire (Loire-Atlantique), dans le cadre d'un contrat de travail à durée indéterminée régularisé le 6 février 2018 avec le département de la Loire-Atlantique, pour l'accueil d'un enfant, ainsi que des missions d'accueil d'urgence auprès du centre départemental Enfance Familles dans le cadre d'un contrat à durée déterminée conclu le 1er décembre 2022 et renouvelé du 1er juin 2023 au 30 septembre 2023. Par une lettre non datée reçue le 29 mars 2024, le département de la Loire-Atlantique lui a notifié son licenciement pour motif réel et sérieux. Par sa requête, Mme D demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1, la suspension de l'exécution de cette décision.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () " et aux termes de l'article L. 522-1 dudit code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique. () ". Aux termes de l'article L. 522-3 de ce code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ".

3. Il résulte de ces dispositions que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

4. Aux termes de l'article L. 423-10 du code de l'action sociale et des familles, applicable aux assistants familiaux employés par des personnes de droit public en vertu des dispositions de l'article L. 422-1 du même code : " L'employeur qui envisage, pour un motif réel et sérieux, de licencier un assistant maternel ou un assistant familial qu'il emploie depuis trois mois au moins convoque celui-ci et le reçoit en entretien dans les conditions prévues aux articles L. 1232-2 à L. 1232-4 du code du travail. () ". Aux termes de l'article L. 423-12 du même code, également applicable aux assistants familiaux employés par des personnes de droit public en vertu des dispositions de l'article L. 422-1 du même code : " En cas de licenciement pour un motif autre qu'une faute grave, l'assistant maternel ou l'assistant familial relevant de la présente section justifiant d'une ancienneté d'au moins deux ans au service du même employeur a droit à une indemnité qui ne se confond pas avec l'indemnité compensatrice prévue à l'article L. 423-10. / Le montant minimal de cette indemnité de licenciement est fixé par décret d'après la moyenne mensuelle des sommes perçues par l'intéressé au titre des six meilleurs mois consécutifs de salaire versés par l'employeur qui le licencie. / ( ) ".

5. Mme D soutient que la condition d'urgence posée par les dispositions visées au point 2 de l'article L. 521-1 du code de justice administrative est remplie et de nature à justifier que la décision de licenciement prise par le département de la Loire Atlantique soit suspendue, dès lors qu'elle est, du fait de son licenciement, confrontée à une baisse substantielle de sa rémunération de nature à bouleverser ses conditions d'existence alors qu'elle doit faire face à de nombreuses charges. Toutefois, elle n'apporte aucune précision sur les effets de la baisse de revenus consécutive à son licenciement sur sa situation financière, ni sur les charges auxquelles elle doit faire face, ni si, en sus de l'indemnité de licenciement prévue par les dispositions précitées de l'article L. 423-12 du code de l'action sociale et des familles, elle bénéficie de l'allocation d'aide au retour à l'emploi. Ainsi Mme D n'établit pas que les conséquences invoquées, bien que non négligeables, seraient de nature à compromettre gravement la situation économique de son foyer. Dans ces conditions, Mme D n'établit pas que la décision contestée porterait atteinte de manière grave et immédiate à sa situation au sens des dispositions précitées de l'article L. 521-1 du code de justice administrative. Dès lors, la condition d'urgence posée par ces dispositions ne saurait être regardée comme remplie.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée, que les conclusions présentées par Mme D sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, ainsi que, par voie de conséquence, celles tendant au prononcé d'une injonction sous astreinte, doivent être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

7. D'une part, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du département de la Loire-Atlantique, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une somme au titre des frais exposés par Mme D à l'occasion de cette procédure et non compris dans les dépens.

8. D'autre part, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge Mme D la somme demandée par le département de la Loire-Atlantique au titre des frais exposés par lui à l'occasion de l'instance et non compris dans les dépens.

9. Par suite, les conclusions des parties présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.

Article 2 : Les conclusions du département de la Loire-Atlantique présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C A épouse D et au département de la Loire-Atlantique.

Fait à Nantes le 24 juin 2024.

La juge des référés,

F. SPECHT

La greffière,

Mme B

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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