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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2409398

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2409398

lundi 24 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2409398
TypeOrdonnance
Avocat requérantSMATI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 22 juin 2024, M. A B, représenté par Me Smati, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du préfet de Maine-et-Loire du 21 mai 2024, notifiée le 14 juin 2024 organisant son transfert aux autorités croates pour le 27 juin 2024 ;

2°) d'enjoindre au préfet de Maine-et-Loire de procéder à l'enregistrement de sa demande d'asile dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 800 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que son conseil renonce au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est satisfaite en ce que la mise en œuvre d'office d'une mesure d'éloignement créé pour son destinataire une situation d'urgence alors qu'il a entamé un parcours de soin lourd et pluridisciplinaire dont l'arrêt aurait une incidence importante sur sa condition ;

- il est porté atteinte de manière grave au droit d'asile et au droit de solliciter le statut de réfugié ; l'atteinte est manifestement illégale au regard des dispositions des articles 31 et 32 du règlement n° 604/2013/UE du 26 juin 2013 en ce que les informations prévues par ces dispositions n'ont pas été faites dans le cadre du transfert aux autorités croates alors qu'il doit bénéficier d'examen pour une suspicion de tuberculose et d'un suivi psychologique important au regard de son état de santé mentale dégradé compte tenu des séquelles traumatiques de son parcours d'exil y compris en Croatie pays dont tout laisse à penser que sa demande d'asile ne sera pas examinée et qu'il sera renvoyé directement en Sierra-Léone ; elle est entachée d'un défaut d'examen au regard de sa vulnérabilité compte tenu de son état de santé dégradé postérieur au mois d'avril 2024.

Par un mémoire en défense enregistré le 24 juin 2024, le préfet de Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la recours est irrecevable en ce que la procédure de transfert dans le cadre des accords Schengen ne porte pas en elle-même une atteinte au droit d'asile et que l'intéressé a disposé de treize jours pour préparer son transfert depuis qu'il en a eu connaissance, les pathologies nécessitant un suivi n'ayant jamais été évoquées avant cette notification ;

- la condition d'urgence n'est pas satisfaite dès lors que l'intéressé a vu son recours rejeté contre l'arrêté de transfert au cours duquel les problèmes de santé avancés aujourd'hui n'ont pas été évoqués, lesquels sont insuffisants pour démontrer la particulière vulnérabilité alléguée ;

- les atteintes aux libertés fondamentales dont se prévaut l'intéressé ne sont pas établies, son transfert ne faisant pas obstacle à son droit de demander l'asile ;

- s'agissant des dispositions des articles 31 et 32 du règlement n° 604/2013/UE du 26 juin 2013 les informations ont pu être transmises aux autorités croates ;

- il n'est pas justifié d'une accentuation de sa vulnérabilité par l'allusion à des problèmes psychologiques dont il n'avait jamais été fait état jusqu'à présent et dont rien ne permet d'établir qu'ils ne pourraient être pris en charge en Croatie, Etat qui a été informé des données médicales se rapportant au requérant et dans lequel le risque pour le requérant de subir des traitements inhumains et dégradants ou d'y subir un renvoi par ricochet vers son pays d'origine a déjà été écarté par le jugement rendu sur la décision de transfert.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Vu la décision par laquelle le président du tribunal a désigné M. Echasserieau pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Echasserieau, juge des référés a été entendu au cours de l'audience publique du 24 juin 2024 à 11 heures.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ".

2. Aux termes du I de l'article L. 572-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa rédaction applicable au litige : " Lorsque la décision de transfert est notifiée sans assignation à résidence ou placement en rétention de l'étranger, le président du tribunal administratif peut être saisi dans le délai de quinze jours suivant la notification de la décision. Aucun autre recours ne peut être introduit contre la décision de transfert. Il est statué dans un délai de quinze jours à compter de la saisine du président du tribunal administratif, selon les conditions prévues à l'article L. 614-5. Toutefois, si en cours d'instance l'étranger est assigné à résidence en application de l'article L. 751-2, ou placé en rétention en application de l'article L. 751-9, il est fait application de l'article L. 572-6 ".

3. Il résulte des dispositions des articles L. 572-5 et L. 572-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que les modalités spécifiques qu'elles prévoient de contestation des décisions de transfert, dont M. B a fait usage, sont exclusives de tout autre recours dirigé contre ces décisions. Il n'en va autrement que dans le cas où les modalités selon lesquelles il est procédé à l'exécution d'une décision de transfert emportent des effets qui, en raison de changements dans les circonstances de droit ou de fait survenus depuis l'intervention de cette mesure et après que le juge, saisi sur le fondement des articles L. 572-5 et L. 572-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a statué ou que le délai prévu pour le saisir a expiré, excèdent ceux qui s'attachent normalement à l'exécution d'une telle décision.

4. M. B, ressortissant sierra léonais né en 1998, déclare être entré en France le 25 septembre 2023 où il a sollicité l'asile auprès des services de la préfecture de Maine-et-Loire le 16 octobre 2023. Ayant considéré que M. B avait préalablement sollicité l'asile en Grèce et en Croatie respectivement le 13 octobre 2022 et le 21 septembre 2023, sous les références " GR 1 SAM20221014502255 " et " HR 1 2302805495 A ", et qu'en raison de la défaillance des autorités grecques, les autorités croates étaient responsables de l'instruction de sa demande d'asile le préfet de Maine-et-Loire a saisi le 23 octobre 2023, les autorités croates qui ont explicitement accepté de prendre en charge M. B le 6 novembre 2023. Le préfet de Maine-et-Loire a pris à son encontre le 27 novembre 2023, une décision de transfert aux autorités croates dont la légalité a été confirmée par une décision du magistrat désigné par le président du tribunal le 28 décembre 2023 et par une ordonnance du président de la 4ème chambre de la cour administrative d'appel de Nantes du 11 avril 2024. M. B s'est vu remettre, le 14 juin 2024, par le préfet de Maine-et-Loire, une convocation à se rendre au poste de la police aux frontières de l'aéroport de Roissy le 27 juin 2024 avant 6h00 en vue de son transfert en Croatie. M. B demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution prévue le 27 juin 2024 du transfert précité au motif qu'il serait porté une atteinte grave et manifestement illégale à son droit d'asile et de demander le statut de réfugié.

5. Il résulte de la lecture de la décision de transfert du 27 novembre 2023 et du jugement du 28 décembre 2023, confirmé par l'ordonnance du 11 avril 2024, que si M. B soutient souffrir de problèmes de santé, à savoir d'une contamination possible par le bacille de la tuberculose qui n'est pas à ce jour confirmée, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il se trouverait, pour l'application des règles déterminant l'Etat responsable de l'instruction de sa demande d'asile, dans un état de vulnérabilité exceptionnelle imposant d'instruire sa demande d'asile en France en dépit de la compétence de la Croatie, lequel pays a été informé de l'état de santé du requérant ainsi que celui-ci l'a expressément autorisé le 5 décembre 2023.

6. D'une part, pour justifier de l'existence d'un changement dans les circonstances de fait s'opposant à l'exécution de la décision de transfert dont il a fait l'objet et les décisions juridictionnelles précitées, M. B se prévaut de ce qu'il est également suivi par une infirmière de l'équipe mobile psychiatrie précarité d'Angers depuis le mois de mai 2024 et s'est vu prescrire un antidépresseur et un anxiolytique en raison d'un passé traumatique lié à son parcours d'exil et son orientation sexuelle ce qui a conduit à l'hospitaliser du 14 au 17 juin pour une crise suicidaire réactionnelle à la suite de l'annonce de l'exécution de son transfert aux autorités croates chargées d'instruire sa demande d'asile. Toutefois, ces circonstances, alors que l'état de santé du requérant a déjà été pris en compte dans le cadre des précédentes procédures au cours desquels il n'a pas fait part de craintes concernant le traitement de sa demande d'asile en Croatie, et que rien ne permet d'affirmer que le suivi psychologique du requérant ne pourra pas être pris en charge par les autorités chargées de l'asile en Croatie, ne sont pas de nature à constituer une atteinte à une liberté fondamentale.

7. D'autre part, si le requérant soutient qu'il souffre d'un vécu post traumatique en raison de son parcours d'exil y compris en Croatie en raison notamment de son orientation sexuelle, aucun élément ne vient établir de manière suffisamment probante la réalité des traumatismes allégués, dont celui-ci n'a d'ailleurs pas fait part lors de ses recours juridictionnels antérieurs, alors que la Croatie, est un Etat membre de l'Union européenne, partie tant à la convention de Genève du 28 juillet 1951 sur le statut des réfugiés, complétée par le protocole de New-York, qu'à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

8. Il résulte de tout ce qui précède, qu'eu égard aux changements allégués et non établis, il n'est pas porté une atteinte grave et manifestement illégale aux libertés fondamentales évoquées par M. B à l'appui de son présent recours permettant au juge d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, la suspension de la mise à exécution de la décision du préfet de Maine-et-Loire du 21 mai 2024, notifiée le 14 juin 2024, organisant le transfert de M. B aux autorités croates. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter les conclusions à fins d'injonction et, sans qu'il soit besoin de statuer sur les conclusions aux fins d'admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire, au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 présentées par M. B.

O R D O N N E

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B, au préfet de Maine-et-Loire et à Me Smati.

Fait à Nantes, le 24 juin 2024.

Le juge des référés,

B. ECHASSERIEAU

La greffière,

M.C. MINARD

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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