Texte intégral
La juge des référés,Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 19 juillet 2024, Mme D... A..., représentée par Me Boittin, demande au juge des référés :
1°) d’ordonner une expertise médicale judiciaire aux fins de déterminer les conditions de sa prise en charge au centre hospitalier de Saint-Nazaire à compter du mois de juillet 2023 ;
2°) de dire la décision à intervenir opposable à l’Office national d’indemnisation des accidents médicaux, des infections nosocomiales et des affections iatrogènes (ONIAM) et à la caisse primaire d’assurance maladie (CPAM) de la Loire-Atlantique.
Elle soutient que :
- elle a été prise en charge chirurgicalement en 2000 pour le traitement d’un lupus ayant entraîné une sévère atteinte articulaire ;
- à l’occasion d’une ponction biopsie rénale réalisée en juillet 2023, il a été détecté une reprise de la néphrite lupique ;
- un traitement composé de cyclophosphamide et de methylprednisolone lui a été prescrit le 1er août 2023 et administré au sein du centre hospitalier de Saint-Nazaire le 8 août 2023 ;
- les 9 et 10 août 2023, seul le methylprednisolone lui a été administré alors qu’est apparue une éruption de type érythème qui persistera ;
- le 22 août 2023, une deuxième injection de cyclophosphamide a été réalisée et une nouvelle éruption cutanée est apparue, justifiant par suite son admission en médecine polyvalente ;
- du 23 août au 1er septembre 2023, elle a été admise en service de réanimation pour choc anaphylactique et septique, et a subi, au cours de ce séjour, un choc hémorragique sur pose accidentelle de « Midline » en intra artériel.
- du 1er au 7 septembre 2023, elle a été prise en charge au sein du service de néphrologie ;
- à la suite d’une infection le 6 septembre 2023, elle s’est vue administrer un antibiotique (pipéracilline) ayant entrainé une réaction anaphylactique qui a conduit à son admission, du 7 au 12 septembre 2023, au sein de l’unité de surveillance continue du centre hospitalier ;
- après avoir été prise en charge du 12 au 23 septembre 2023 au centre hospitalier de Saint-Nazaire pour un nouvel épisode d’érythrodermie et une réaction anaphylactique, elle a, de nouveau, été admise du 18 au 24 octobre en raison d’une arthrite de la cheville droite ;
- l’absence de réaction immédiate du médecin le 9 août 2023 lors de l’éruption de type érythème, la survenance du choc hémorragique sur ablation d’un « Midline » posé accidentellement le 23 août et l’administration de l’antibiotique (pipéracilline) le 6 septembre ayant entrainé une réaction allergique, interrogent quant aux conditions de sa prise en charge par le centre hospitalier ;
- elle souffre de graves séquelles ;
Par un mémoire en défense, enregistré le 24 juillet 2024, l’Office national d’indemnisation des accidents médicaux, des infections nosocomiales et des affections iatrogènes (ONIAM), représenté par Me Ravaut, demande au juge des référés de :
1°) lui donner acte de ses protestations et réserves tant sur le bien-fondé de sa mise en cause que sur la mesure d’expertise sollicitée et compléter la mission d’expertise selon ses observations ;
2°) dire que l’expert désigné lui transmette un pré-rapport afin de formuler ses dires ;
3°) réserver les dépens.
Par un mémoire en défense, enregistré le 29 juillet 2024, le centre hospitalier de Saint-Nazaire, représenté par Me Rousseau, demande au juge des référés de :
1°) juger, sans reconnaissance de responsabilité et sous réserve de l’ensemble de ses droits, qu’elle ne s’oppose pas à la mesure d’expertise ;
2°) confier la mission d’expertise à un expert spécialisé en néphrologie dont les frais seront avancés par la requérante ;
3°) dire que l’expert désigné lui transmette un pré-rapport afin de formuler ses dires ;
4°) réserver les dépens.
La requête a été communiquée à la caisse primaire d'assurance maladie de la Loire-Atlantique qui n’a pas produit d’écritures.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal administratif de Nantes a désigné Mme Béria-Guillaumie, vice-présidente du tribunal administratif de Nantes, pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1.
Mme D... A..., née le 5 juillet 1986, a subi, en juillet 2023, une ponction biopsie rénale mettant en évidence une reprise de la néphrite lupique qui avait été diagnostiquée en 2000 et qui avait alors fait l’objet d’une prise en charge chirurgicale. Le 1er aout 2023, Mme A... consulte un médecin qui lui prescrit un traitement composé de cyclophosphamide et de methylprednisolone pour une administration au sein du centre hospitalier de Saint-Nazaire (Loire-Atlantique) à compter du 8 août 2023. Le 9 août 2023, alors que le traitement lui a était administré, il a été constaté l’apparition d’une éruption de type érythème non prurigineux de la face, du dos et du tronc. L’érythème a persisté le 10 août suivant. Le 22 août 2023, une nouvelle injection du traitement a été administrée et a entrainé une nouvelle éruption cutanée. Au cours de la nuit, la patiente a connu un épisode d’hypotension et de fièvre suivie d’une tachycardie et d’une insuffisance rénale. Du 23 août au 1er septembre 2023, elle est transférée au sein du service de réanimation du centre hospitalier pour choc anaphylactique et septique. Au cours de ce séjour, la patiente a subi un choc hémorragique à la suite de la pose d’un « Midline » en intra artériel. Entre le 1er et le 7 septembre 2023, Mme A... a été prise en charge au sein du service de néphrologie. Le 6 septembre 2023, à la suite d’une infection, elle s’est vu administrer un antibiotique (pipéracilline) mais a subi une réaction anaphylactique conduisant à son admission dans l’unité de surveillance continue du centre hospitalier. Mme A... demande, en application des dispositions de l’article R. 532-1 du code de justice administrative, la désignation d’un expert médical à l’effet de déterminer si sa prise en charge médicale au centre hospitalier de Saint-Nazaire a été conforme aux pratiques médicales, aux règles de l’art médical et aux données acquises de la science médicale, ainsi que d’évaluer les préjudices subis.
Sur la demande d’expertise médicale judiciaire :
Aux termes de l’article R. 532-1 du code de justice administrative : « Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l’absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d’expertise ou d’instruction (…) ».
En l’état de l’instruction, la mesure d’expertise médicale judiciaire demandée par Mme A... revêt un caractère utile et entre ainsi dans le champ d’application des dispositions précitées de l’article R. 532-1 du code de justice administrative. Il y a lieu de faire droit à la demande et de fixer la mission de l’expert comme il est précisé à l’article 1er de la présente ordonnance.
La mission d’expertise médicale judiciaire sera effectuée au contradictoire de Mme A..., du centre hospitalier de Saint-Nazaire, de l’Office national d’indemnisation des accidents médicaux, des infections nosocomiales et des affections iatrogènes et de la caisse primaire d’assurance maladie de Loire-Atlantique, chaque partie pouvant désigner un médecin conseil pour assister aux opérations d’expertise.
Sur la demande de l’Office national d’indemnisation des accidents médicaux, des infections nosocomiales et des affections iatrogènes et du centre hospitalier de Saint-Nazaire tendant à l’établissement par l’expert d’un projet de rapport :
Aucune disposition du code de justice administrative ni aucun principe général du droit ne fait obligation à l’expert d’établir un projet de rapport. L’expert, dans la conduite des opérations de l’expertise qui lui est confiée et dont il définit librement les modalités pratiques, de concert avec les parties, ne saurait se voir soumis à d’autres obligations que celles issues du principe du contradictoire. L’établissement de pré-conclusions ne constitue donc qu’une modalité opérationnelle de l’expertise dont il appartient à l’expert d’apprécier la nécessité d’y recourir. Il en résulte que les conclusions de l’Office national d’indemnisation des accidents médicaux, des infections nosocomiales et des affections iatrogènes et du centre hospitalier de Saint-Nazaire tendant à ce que le juge des référés demande à l’expert de dresser un pré-rapport et de l’adresser à chacune des parties ne peuvent qu’être rejetées.
Sur les dépens :
En application des dispositions de l’article R. 621-13 du code de justice administrative, il appartiendra au président de la juridiction, et non au juge des référés, de fixer par ordonnance les frais et honoraires d’expertise définitifs, et de désigner la partie qui en assumera la charge. Il s’ensuit que les conclusions présentées par l’Office national d’indemnisation des accidents médicaux, des infections nosocomiales et des affections iatrogènes (ONIAM) et par le centre hospitalier de Saint-Nazaire, tendant à réserver les dépens, ne peuvent être accueillies.
O R D O N N E :
Article 1er : M. B... C..., médecin spécialisé inscrit au tableau 2025 des experts agréés auprès de la cour d’appel de Versailles à la rubrique « F-01.19 - Néphrologie », demeurant 3 avenue de Villacoublay à Meudon (92360), est désigné en qualité d’expert.
Il aura pour mission de :
Se faire communiquer tous documents relatifs à l’état de santé de Mme A... et notamment tous documents relatifs aux examens, soins et interventions pratiqués sur l’intéressée à compter de sa prise en charge par le centre hospitalier universitaire de Saint-Nazaire à compter du mois de juillet 2023 ;
Procéder à l’examen de Mme A... et rappeler son état de santé antérieur ;
Décrire les conditions dans lesquelles Mme A... a été admise et soignée dans l’établissement hospitalier mis en cause à compter du mois de juillet 2023 ;
Préciser les examens et soins prodigués et les complications survenues ;
Prendre connaissance de son entier dossier médical se rapportant notamment au diagnostic posé en 2023 ;
Décrire la ou les complications survenues lors de ce diagnostic et postérieurement à celui-ci et dire si les soins et actes médicaux ont été attentifs, diligents et conformes aux données acquises de la science médicale ;
Réunir tous éléments devant permettre de déterminer si des erreurs, manquements ou négligences ont été commis dans l’établissement du diagnostic, l’accomplissement des soins, ainsi, éventuellement, que dans le fonctionnement ou l’organisation du service pour Mme A... au centre hospitalier de Saint Nazaire à partir du mois de juillet 2023 et notamment si une erreur de diagnostic a été commise ;
Se prononcer sur l’origine des complications présentées par Mme A... dans le cas d’une éventuelle erreur de diagnostic ou d’un manquement dans l’accomplissement des soins en distinguant, le cas échéant, celles dont la cause ne serait pas imputable à la prise en charge hospitalière par le centre hospitalier de Saint-Nazaire ;
Indiquer si l’état de santé de la patiente a pu favoriser ou contribuer à la survenue de la ou des complications(s) et/ou à la gravité des conséquences dommageables subies par l’intéressée ;
Dire si l’on est en présence de conséquences anormales et, le cas échéant, si celles-ci étaient, au regard de l’état de la patiente comme de l’évolution de cet état, probables, attendues ou encore redoutées ; dans l’affirmative, indiquer la fréquence d’un tel accident en général et la fréquence attendue chez la patiente ; déterminer les conséquences probables de la pathologie présentée en l’absence de traitement ;
Déterminer le contenu et l’étendue de l’information délivrée à la patiente sur les risques des actes médicaux subis de telle sorte que, pour le cas où un défaut d’information serait relevé, ce manquement puisse être apprécié au regard de l’obligation qui pesait sur les praticiens hospitaliers au moment des faits litigieux ;
Indiquer si le ou les manquement(s) éventuellement constaté(s) commis par le centre hospitalier de Saint-Nazaire mis en cause a fait perdre à l’intéressée une chance de voir son état de santé s’améliorer ou d’éviter de le voir se dégrader ; chiffrer la perte de chance éventuelle (pourcentage ou coefficient) ;
Dire si l’état de santé de Mme A... est consolidé et, le cas échéant, fixer la date de consolidation ;
Dans l’hypothèse où l’état de santé de Mme A... ne serait pas consolidé, fixer l’échéance à l’issue de laquelle l’intéressée devra à nouveau être examinée ;
Décrire la nature et l’étendue des éventuelles séquelles gardées par Mme A... et évaluer le déficit fonctionnel temporaire et permanent en résultant en distinguant la part due à la pathologie initiale, de celle imputable, le cas échéant, à un manquement du centre hospitalier de Saint-Nazaire mis en cause ;
Dégager, en les spécifiant, les éléments propres à justifier une indemnisation au titre de la douleur et du préjudice esthétique (temporaire et/ou permanent), en les qualifiant selon l’échelle : très léger, léger, modéré, moyen, assez important, important ou très important ;
Se prononcer sur l’existence d’un préjudice sexuel, d’un préjudice professionnel et d’agrément ; le cas échéant, évaluer leur importance ;
Se prononcer, le cas échéant, sur la nécessité d’avoir recours à une tierce personne, en précisant la qualification requise et la durée de l’intervention, ainsi que la nécessité de bénéficier d’un logement et d’un véhicule adaptés, et/ou de matériels spécialisés avec les complications survenues ;
Se prononcer sur la nécessité de soins médicaux, paramédicaux, d’appareillage ou de prothèse, après consolidation, pour éviter une aggravation de l’état séquellaire ; justifier l’imputabilité des soins aux complications en cause en précisant s’il s’agit de frais occasionnels, c'est-à-dire limités dans le temps, ou de frais viagers, c'est-à-dire engagés la vie durant ;
Dire si l’état de santé de Mme A... est susceptible de modifications en aggravation ou en amélioration et, dans l’affirmative, fournir toutes précisions utiles sur cette évolution et son degré de probabilité ;
De manière générale de donner tous éléments susceptibles d’être utiles au tribunal.
Article 2 : L’expert, pour l’accomplissement de sa mission, pourra entendre tout responsable et membre du personnel du service hospitalier ayant prescrit ou donné des soins à Mme A....
Article 3 : Après avoir prêté serment, l’expert accomplira la mission définie à l’article 1er dans les conditions prévues par les articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il pourra, au besoin, se faire assister par un sapiteur préalablement désigné par le juge des référés.
Article 4 : L’expert avertira les parties conformément aux dispositions de l’article R. 621-4 du code de justice administrative.
Article 5 : L’expert déposera au greffe un exemplaire papier et un exemplaire par voie dématérialisée de son rapport d’expertise avant le 31 décembre 2026, accompagné de l’état de ses vacations, frais et débours. Il en notifiera copie aux personnes intéressées, notification qui pourra s’opérer sous forme électronique avec l’accord desdites parties.
Article 6 : Les frais et honoraires de l’expertise seront taxés ultérieurement par le président du tribunal conformément aux dispositions de l’article R. 621-13 du code de justice administrative.
Article 7 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 8 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme D... A..., au centre hospitalier de Saint-Nazaire, à l’Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales, à la caisse primaire d'assurance maladie de Loire-Atlantique et à M. C..., expert.
Fait à Nantes, le 1er avril 2026.
La juge des référés,
M. Béria-Guillaumie
La République mande et ordonne à la ministre de la santé, des familles, de l’autonomie et des personnes handicapées en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,