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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2416170

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2416170

mardi 22 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2416170
TypeOrdonnance
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantLSBC AVOCAT

Résumé IA

Cette ordonnance du Tribunal Administratif de Nantes, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, rejette la requête de Mme B qui demandait l'accueil immédiat de son fils handicapé au centre de loisirs de la Blancheraie pendant les vacances de la Toussaint 2024. Le juge estime que la condition d'urgence n'est pas remplie, faute pour la requérante de démontrer l'absence de solution alternative de garde et le risque réel pour son emploi. Il écarte également l'existence d'une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale, considérant que le refus d'accueil, motivé par l'indisponibilité de l'accompagnant éducatif nécessaire aux besoins spécifiques de l'enfant, ne constitue pas une discrimination prohibée par les textes invoqués (Constitution, conventions internationales, code pénal). La solution retenue est le rejet de la requête et des conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 17 et 21 octobre 2024, Mme C B, agissant pour son propre compte et en qualité de représentante légale de son fils mineur A B, représentée par Me Canonville, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) d'enjoindre à la commune d'Angers d'accueillir effectivement et immédiatement l'enfant A B, pendant les vacances scolaires allant du 21 au 31 octobre 2024, au centre de loisirs de la Blancheraie ou, le cas échéant, dès le lendemain de la notification de l'ordonnance à intervenir, à 8 h du matin, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;

2°) de mettre à la charge de la commune d'Angers le versement à son profit d'une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est satisfaite ; en effet, son fils risque de ne pas être accueilli le 21 octobre 2024 au centre de loisirs de La Blancheraie, en violation du principe d'égalité de traitement, alors que son inscription a été effectuée dans les délais requis ; A peut être accueilli sans accompagnant comme il l'a été durant les vacances de l'été 2024 ; la décision discriminatoire de la commune d'Angers risque de mettre son nouvel emploi en péril ; l'absence d'un encadrement qualifié n'est pas fondé et ne peut justifier le refus d'accueillir un enfant handicapé ;

- la condition tenant à l'existence d'une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale est remplie ; le fait de refuser la fourniture d'un bien ou d'un service à une personne à raison de son handicap est constitutif d'un délit au sens des articles 225-1 et 225-2 du code pénal ; en vertu de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, l'intérêt supérieur de l'enfant prime sur toute autre considération ; l'article 31 de cette convention, de même que l'article 11 du préambule de la Constitution de 1946 reconnaissent à l'enfant un droit au repos et aux loisirs ; l'article 30.5 d) de la convention internationale relative aux droits des personnes handicapées stipule que les Etats parties doivent prendre les mesures appropriées pour faire en sorte que les enfants handicapés puissent participer, sur la base de l'égalité avec les autres enfants, aux activités ludiques, récréatives, de loisirs et sportives, y compris dans le système scolaire ; selon l'article 2 de cette convention, la discrimination fondée sur le handicap comprend toutes les formes de discrimination, y compris le refus d'aménagement raisonnable ; en vertu de la loi du 27 mai 2008 modifiée, il pèse sur les responsables d'accueil de loisirs une obligation de non-discrimination fondée sur le handicap et de mise en place, le cas échéant, des aménagements raisonnables permettant d'accueillir les enfants en situation de handicap ; en cas de refus, il revient aux responsables de démontrer qu'il leur était impossible d'accueillir l'enfant, nonobstant la mise en place d'aménagements raisonnables ; le principe de la dignité humaine est une liberté fondamentale reconnue au sens des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative ;

- en l'espèce, si le plan personnalisé d'accueil de son fils A établi avec la commune d'Angers évoque la présence d'un accompagnant d'éducation, cet accompagnement ne constitue pas une condition préalable obligatoire à l'accueil A en centre de loisirs et sur les temps périscolaires ; la commune ne démontre pas que l'accueil A au centre aéré pendant les vacances de la Toussaint mettrait en danger l'enfant lui-même ou les autres enfants accueillis en même temps que lui ; la commune viole le droit de son fils aux loisirs ; cette exclusion renforce le sentiment de dévalorisation de son fils et sa perte de confiance en lui ; cela constitue une atteinte au droit à la protection de sa santé et de sa vie.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 octobre 2024, la commune d'Angers, représentée par Me Boucher, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge de Mme B le versement d'une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- l'accueil de loisirs extrascolaire constitue un service public facultatif ; il n'existe donc, à la différence des activités scolaires, aucun droit aux activités extrascolaires pour les enfants en âge d'être accueillis ;

- elle a toujours accueilli le jeune A B en centre de loisirs durant l'année scolaire 2023-2024 ; l'accompagnant éducatif qui devait s'occuper de lui ayant démissionné, les conditions d'accueil de l'enfant durant les vacances d'automne n'étaient plus réunies compte tenu de ses besoins spécifiques ; aucune atteinte grave et manifestement illégale et aucune volonté de discriminer l'enfant de la requérante ne peuvent lui être imputées, le principe d'égal accès au service public en charge des activités extrascolaires ne relevant pas d'une liberté fondamentale au sens de l'article L. 521-2 du code de justice administrative ;

- Mme B ne justifiant pas de la réalité de ses allégations selon lesquelles elle n'a pas de solution alternative pour la garde de son fils pendant les vacances et son nouvel emploi va être mis en péril, la condition d'urgence ne peut être regardée comme satisfaite.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- la Constitution et notamment son préambule ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention internationale relative aux droits des personnes handicapées ;

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Martin, vice-président, pour statuer sur les demandes en référé en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 21 octobre 2024 à 11 heures :

- le rapport de M. Martin, juge des référés,

- les observations de Me Canonville, avocat de Mme B, elle-même présente, et celles de Me Boucher, avocat de la commune d'Angers.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Il résulte de l'instruction que le fils de Mme B, né le 6 décembre 2016, est atteint de troubles de l'attention avec hyperactivité. Scolarisé en classe de CE1, il bénéficie de l'assistance d'un auxiliaire de vie scolaire. Durant les vacances, il fréquente le centre aéré de la Blancheraie, à Angers, structure gérée par la commune d'Angers. Par une lettre du 11 octobre 2024, la directrice de l'éducation de cette commune a informé Mme B de ce que son fils ne pourrait être accueilli durant les vacances d'automne dans ce centre de loisirs, les conditions d'encadrement n'étant pas suffisantes pour répondre à ses besoins spécifiques et garantir la sécurité pour tous. Par la présente requête, Mme B demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, d'enjoindre à la commune d'Angers d'accueillir effectivement et immédiatement son enfant, pendant les vacances scolaires, du 21 au 31 octobre 2024, au centre de loisirs de la Blancheraie.

2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. ()".

3. Aux termes de l'article L. 114-1-1 du code de l'action sociale et des familles : " La personne handicapée a droit à la compensation des conséquences de son handicap quels que soient l'origine et la nature de sa déficience, son âge ou son mode de vie () ". Aux termes de l'article L. 246-1 du même code : " Toute personne atteinte du handicap résultant du syndrome autistique et des troubles qui lui sont apparentés bénéficie, quel que soit son âge, d'une prise en charge pluridisciplinaire qui tient compte de ses besoins et difficultés spécifiques. /Adaptée à l'état et à l'âge de la personne, cette prise en charge peut être d'ordre éducatif, pédagogique, thérapeutique et social () ".

4. Ces dispositions imposent à l'Etat et aux autres personnes publiques chargées de l'action sociale en faveur des personnes handicapées d'assurer, dans le cadre de leurs compétences respectives, une prise en charge effective dans la durée, pluridisciplinaire et adaptée à l'état comme à l'âge des personnes atteintes du syndrome autistique. Si une carence dans l'accomplissement de cette mission est de nature à engager la responsabilité de ces autorités, elle n'est susceptible de constituer une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale, au sens de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, que si elle est caractérisée, au regard notamment des pouvoirs et des moyens dont disposent ces autorités, et si elle entraîne des conséquences graves pour la personne atteinte de ce syndrome, compte tenu notamment de son âge et de son état. En outre, le juge des référés ne peut intervenir, en application de cet article, que pour prendre des mesures justifiées par une urgence particulière et de nature à mettre fin immédiatement ou à très bref délai à l'atteinte constatée.

5. Il résulte de l'instruction que, le 24 juin 2024, un projet personnalisé d'accueil a été établi conjointement entre la commune d'Angers et Mme B, au titre de la période allant du 20 juin 2024 au 31 décembre 2025, portant sur l'accueil périscolaire et en centre de loisirs de l'enfant de la requérante. Il est noté dans ce plan que, sans assistant d'éducation, l'enfant peut présenter des difficultés comportementales (cris, gestes de violence) et que l'assistant d'éducation permet un cadre sécurisant. La commune d'Angers expose que durant l'année scolaire 2023-2024, l'enfant a été accueilli presque tous les jours pendant les vacances scolaires et le temps périscolaire. Il ressort du tableau de présence produit par la commune que cet accueil a été assuré, le plus souvent mais non exclusivement, en présence d'un assistant d'éducation. Le dernier assistant recruté par la commune pour accompagner le fils de Mme B à compter du 23 septembre 2024 déclare que, début octobre, le comportement de l'enfant a changé (plus de cris, absence d'écoute) de sorte qu'eu égard aux importantes difficultés de l'enfant, il n'a pas souhaité continuer à le prendre en charge au-delà du 9 octobre suivant. La commune justifie son refus d'accueillir l'enfant pendant les vacances scolaires de la seconde quinzaine d'octobre par cette défection inattendue de son salarié. Si Mme B soutient que l'accueil de son fils n'avait jamais jusqu'alors été conditionné par la commune à la présence continue d'un accompagnant et fait valoir que les problèmes de comportement de son fils, constatés début octobre, étaient dus à la prise par celui-ci d'un traitement médicamenteux insuffisamment dosé mais que ce problème a depuis été résolu, les témoignages des surveillants du temps périscolaire sur le comportement récent de l'enfant, produits par la commune, établissent que le refus de la commune d'accueillir l'enfant pendant les vacances scolaires, dans l'attente du recrutement d'un nouvel assistant d'éducation, ne révèle pas, à la date de la présente ordonnance, de carence caractérisée de sa part dans la prise en charge de l'enfant constituant une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale, telle que son droit à une prise en charge sociale, éducative ou à bénéficier d'activités ludiques.

6. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme B doit être rejetée en toutes ses conclusions. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par la commune d'Angers au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la commune d'Angers tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C B et à la commune d'Angers.

Fait à Nantes, le 22 octobre 2024.

Le juge des référés,

L. Martin

La greffière,

J. DionisLa République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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