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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2501697

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2501697

mercredi 5 mars 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2501697
TypeDécision
Avocat requérantPRELAUD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 29 janvier 2025, le préfet de la Loire-Atlantique demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, à Mme H, M. A B, et tous occupants de leur chef, de libérer sans délai le logement dédié aux demandeurs d'asile qu'ils occupent situé 39 rue Léonard de Vinci, étage n°4, porte 9, à Saint-Nazaire (44600), et géré par le CADA France-Horizon ;

2°) de l'autoriser à procéder à leur expulsion avec le concours de la force publique ;

3°) de l'autoriser à donner toutes instructions utiles au gestionnaire du logement afin de débarrasser les lieux des biens meubles s'y trouvant, aux frais et risques de Mme H et de M. A B, à défaut pour ceux-ci de les avoir emportés.

Il soutient que :

- le juge administratif est compétent en application de l'article L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- sa requête est recevable en application des mêmes dispositions et de celles des articles R. 431-9 et R. 431-10 du code de justice administrative ;

- les conditions d'urgence et d'utilité sont satisfaites, dès lors que le maintien dans un logement pour demandeurs d'asile de Mme H et de M. A B, déboutés de l'asile, tout comme leurs enfants, compromet le bon fonctionnement du service public de l'hébergement des demandeurs d'asile, alors qu'au 30 décembre 2024, 802 demandeurs d'asile ayant droit aux conditions matérielles d'accueil sont en attente d'un hébergement dans le département, et que 99,6% des 2524 places d'hébergement effectives sont occupées, dont 243 de manière indue par des bénéficiaires de la protection internationale et 374 par des déboutés de l'asile ; le maintien indu dans les lieux de Mme H et de M. A B fait obstacle à l'accueil de nouveaux arrivants et la mesure sollicitée a pour objectif d'assurer le principe constitutionnel du respect du droit d'asile et le bon fonctionnement du dispositif d'hébergement des demandeurs d'asile ; le laps de temps qui a précédé la saisine du juge des référés a nécessairement été favorable aux intéressés, qui ne sauraient le contester ; Mme H et M. A B ne font état d'aucune circonstance exceptionnelle de nature à faire obstacle à la mesure sollicitée, dès lors que la présence d'enfants mineurs au sein de leur cellule familiale ne remet pas en cause à elle seule l'urgence et l'utilité, qu'ils n'ont communiqué aucun élément médical et n'ont déposé aucune demande de titre de séjour pour raison de santé, et que rien n'indique qu'ils soient placés en situation de détresse caractérisée ; étant présents sur le territoire depuis le mois de juillet 2023, le couple a pu nouer des liens solides voire amicaux avec des personnes susceptibles de les héberger à titre temporaire ; l'urgence justifie que l'expulsion soit ordonnée sans délai, l'octroi d'un délai supplémentaire est contraire à l'esprit du texte et n'est pas utile, dès lors que Mme H et M. A B se sont maintenus indument dans les lieux plusieurs mois, qu'ils ne disposent plus de droit au séjour et qu'ils n'établissent pas avoir effectué des démarches en vue de leur relogement, ce qui démontre un manque de diligences de leur part, et à supposer qu'ils en aient effectué, cela établirait qu'ils avaient connaissance du caractère indu de leur maintien dans le logement ; la seule présence d'enfants mineurs au sein du foyer ne suffit pas à justifier l'octroi d'un délai supplémentaire, alors que leur maintien dans le logement fait obstacle à l'accueil de famille de demandeurs d'asile pareillement composées ; les intéressés ont perdu tout droit de se maintenir sur le territoire, et la circonstance qu'ils aient l'intention de déposer une demande de titre de séjour serait sans incidence ;

- il ne lui incombe pas de trouver une solution d'hébergement d'urgence de droit commun à Mme H et M. A B, qui ne justifient d'aucune circonstance exceptionnelle de nature à justifier que soit mis à leur disposition une solution d'hébergement d'urgence ;

- elle ne fait l'objet d'aucune contestation sérieuse, dès lors que Mme H, M. A B et leurs enfants se maintiennent dans les lieux alors que leurs demandes d'asile ont été définitivement rejetées par décisions de la cour nationale du droit d'asile du 28 juin 2024, notifiées le 16 octobre 2024 ; ils ont été informés de la fin de leur prise en charge à compter du 28 juillet 2024 par un courrier de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 3 juillet 2024 qui leur a été notifié le même jour ; s'étant maintenus dans le logement, ils ont été mis en demeure de quitter les lieux par un courrier du 30 septembre 2024 qui leur a été avisé mais qu'ils n'ont pas été réclamé et qui a donc été envoyé par courriel au gestionnaire du logement qui leur a notifié la décision le 1er octobre 2024 ; cette mise en demeure est restée infructueuse au terme du délai prescrit et ils occupent irrégulièrement le logement depuis plusieurs mois ; il n'est pas porté atteinte au droit d'accès à l'hébergement d'urgence de droit commun ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 février 2025, Mme H et M. A B, représentés par Me Prélaud, concluent, à titre principal, au rejet de la requête, et, à titre subsidiaire, à ce qu'il leur soit laissé un délai de six mois pour libérer le logement et, en tout état de cause, à ce que soit mise à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros hors taxes sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administratif et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Ils font valoir que :

- la condition d'urgence n'est pas satisfaite dès lors que le préfet ne communique pas les sources qui permettent d'établir la saturation des hébergements pour demandeurs d'asile, laquelle ne se présume pas et eu égard à la carence du préfet qui a mis cinq mois à engager la présente procédure depuis la mise en demeure de quitter les lieux ;

- elle fait l'objet d'une contestation sérieuse dès lors qu'ils ont déposé une demande de réexamen de leur situation et de leur droit aux conditions matérielles d'accueil, que leur mise à la rue serait constitutive de traitements inhumains et dégradants et cette demande méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Echasserieau, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique du 24 février 2025 à 9 heures 30 :

- le rapport de M. Echasserieau, juge des référés,

- et les observations de Me Prélaud, avocate de Mme H et de M. A B, en leur présence, qui fait valoir notamment qu'ils ont déposé le 14 février 2025 une demande de réexamen, soit dès qu'ils ont reçu les documents leur permettant de former cette demande et que la légalité de la décision leur refusant le bénéfice des conditions matérielles d'accueil est contestée par un recours en cours d'instruction auprès du tribunal. Si cette décision est jugée illégale, le préfet devra les reloger, ce qui prive d'effet utile la mesure sollicitée qui est en outre disproportionnée compte tenu de leur état de vulnérabilité.

La clôture de l'instruction a été différée au 26 février 2025 à 15h00.

Un mémoire, enregistré le 24 février 2025, présenté par le préfet de la Loire-Atlantique a été communiqué dans lequel il précise que les chiffres d'occupation des hébergements pour demandeurs d'asile sont des documents de travail qui ne peuvent être communiqués et que le fait d'avoir engagé un recours pour contester le refus de conditions matérielles d'accueil ne constitue pas une contestation sérieuse de sa demande, laquelle n'a pas pour effet de mettre un terme à un suivi médical ou médicamenteux.

Considérant ce qui suit :

1. Le préfet de la Loire-Atlantique demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et L. 521-3 du code de justice administrative, d'ordonner l'expulsion de Mme H, de M. A B et de tous occupant de leur chef, du logement dédié aux demandeurs d'asile qu'ils occupent situé 39 rue Léonard de Vinci, étage n°4, porte 9, à Saint-Nazaire (44600), et géré par le CADA France-Horizon.

Sur les conclusions présentées sur le fondement des articles L. 521-3 du code de justice administrative :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 552-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les lieux d'hébergement mentionnés à l'article L. 552-1 accueillent les demandeurs d'asile pendant la durée d'instruction de leur demande d'asile ou jusqu'à leur transfert effectif vers un autre Etat européen ". Selon l'article L. 551-11 du même code : " L'hébergement des demandeurs d'asile prévu au chapitre II prend fin au terme du mois au cours duquel le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français a pris fin, dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 et L. 542-2 ". L'article L. 552-15 dispose : " Lorsqu'il est mis fin à l'hébergement dans les conditions prévues aux articles L. 551-11 à L. 551-14, l'autorité administrative compétente ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut demander en justice, après mise en demeure restée infructueuse, qu'il soit enjoint à cet occupant sans titre d'évacuer ce lieu. / Le premier alinéa n'est pas applicable aux personnes qui se sont vues reconnaître la qualité de réfugié ou qui ont obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire. Il est en revanche applicable aux personnes qui ont un comportement violent ou commettent des manquements graves au règlement du lieu d'hébergement. / La demande est portée devant le président du tribunal administratif, qui statue sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative et dont l'ordonnance est immédiatement exécutoire ".

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".

4. Il résulte de la combinaison des dispositions précitées que, saisi par le préfet d'une demande tendant à ce que soit ordonnée l'expulsion d'un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile d'une personne dont la demande a été définitivement rejetée, le juge des référés y fait droit dès lors que la demande d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse et que la libération des lieux présente un caractère d'urgence et d'utilité.

5. En premier lieu, Mme H et M. A B, ressortissants congolais nés respectivement le 4 août 1985 et le 24 avril 1983, déclarent être entrés en France le 7 juillet 2023. Ils sont hébergés dans un logement dédié aux demandeurs d'asile, situé 39 rue Léonard de Vinci, étage n°4, porte 9, à Saint-Nazaire (44600), et géré par le CADA France-Horizon. Leurs demandes d'asile ont été définitivement rejetées par décisions de la Cour nationale du droit d'asile en date du 28 juin 2024, qui leur ont été notifiées le 16 octobre 2024. Les demandes d'asile effectuées au nom de leurs enfants, D B, E B, C B, F B et G B, ont été rejetées par décisions de l'office français de protection des réfugiés et apatrides du 28 février 2024, notifiées le 7 mars 2024. Ils ont été informés de la fin de leur prise en charge par un courrier de l'office français de l'immigration et de l'intégration en date du 3 juillet 2024, qui leur a été remis en main propre le même jour et qu'ils ont refusé de signer. S'étant maintenus dans les lieux, Une mise en demeure de quitter ce lieu, dans un délai d'un mois a été adressée aux intéressés par courrier du préfet de la Loire-Atlantique du 30 septembre 2024, qui a été notifié à l'association gestionnaire du logement par la voie d'un courriel du 2 octobre 2024. Mme H et M. A B se maintiennent ainsi dans un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile, alors que leurs demandes d'asile ont été définitivement rejetées et qu'ils ne bénéficient pas des conditions matérielles d'accueil dans le cadre de leurs demandes de réexamen. Par ailleurs, les demandes d'asile de leurs enfants ont été rejetées et ne font pas l'objet d'un recours. La mesure sollicitée ne se heurte ainsi à aucune contestation sérieuse.

6. En second lieu, la libération des lieux par Mme H et M. A B, définitivement débouté de l'asile, présente, eu égard aux exigences de bon fonctionnement et de continuité du service public d'accueil et d'hébergement des demandeurs d'asile, ainsi qu'à la situation de tension de ce dispositif, laquelle est suffisamment justifiée par les données chiffrées actualisées fournies par le préfet alors que l'état de saturation du dispositif d'hébergement est de notoriété publique, un caractère d'urgence et d'utilité et apparaît comme la seule mesure susceptible de préserver la continuité du service public de l'accueil des demandeurs d'asile.

7. Toutefois, il résulte de l'instruction que le foyer familial est composé de cinq enfants âgés de quatre, sept, onze, treize et seize ans et scolarisés au titre de l'année 2024-2025 en moyenne section, CP, CM2, 5ème et 1ère STI2D. Eu égard à ces circonstances particulières, il y a lieu de leur accorder, pour libérer le logement pour demandeurs d'asile qu'ils occupent indûment, un délai de quatre mois à compter de la notification de la présente ordonnance afin de laisser les enfants terminer leur année scolaire et permettre à la famille de trouver plus facilement une solution de relogement et, en l'absence de départ volontaire des intéressés à l'issue de ce délai, d'autoriser le préfet de la Loire-Atlantique à procéder à l'évacuation forcée des lieux avec le concours de la force publique et à prendre les mesures nécessaires pour faire enlever, aux frais et risques de Mme H et M. A B, les biens meubles qui s'y trouveraient.

8. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions de Mme H et M. A B présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

O R D O N N E :

Article 1er : Il est enjoint à Mme H, à M. A B et à tous occupants de leur chef de libérer, dans un délai de quatre mois à compter de la notification de la présente ordonnance, le logement qu'ils occupent au sein du centre d'accueil pour demandeurs d'asile, situé 39 rue Léonard de Vinci, étage n°4, porte 9, à Saint-Nazaire (44600), et géré par le CADA France-Horizon.

Article 2 : En l'absence de départ volontaire de Mme H et de M. A B dans le délai imparti, le préfet de la Loire-Atlantique pourra faire procéder à leur expulsion et à l'évacuation de leurs biens, par les moyens légaux de son choix, aux frais, risques et périls des intéressés, au besoin avec le concours de la force publique.

Article 3 : Les conclusions de Mme H et de M. A B présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sont rejetées.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur, à Mme H, à M. A B et à Me Prelaud.

Copie sera en outre adressée au préfet de la Loire-Atlantique.

Fait à Nantes, le 5 mars 2025.

Le juge des référés,

B. ECHASSERIEAU

La greffière,

M-C. MINARD

La République mande et ordonne au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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