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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2502203

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2502203

vendredi 14 mars 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2502203
TypeOrdonnance
Avocat requérantERNST & YOUNG NANTES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 6 février 2025 et 4 mars 2025, la société Ana Ingénierie, représenté par son directeur général, M. A, demande au juge des référés statuant en application de l'article L. 551-1 du code de justice administrative :

1°) de condamner le département de la Vendée à engager une nouvelle analyse des offres dans le cadre de la procédure de mise en concurrence lancée pour la passation d'un accord-cadre de maîtrise d'œuvre pour la rénovation énergétique de l'hôtel du département et projets de réaménagements intérieurs ;

2°) de mettre à la charge du département de la Vendée une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- s'agissant du marché subséquent 2, son offre a été dénaturée sur le sous-critère" compréhension du programme et intentions proposées " ;

- s'agissant du marché subséquent 2, son offre a été dénaturée sur le sous-critère" organisation et méthodologie du groupement " ;

- s'agissant du marché subséquent 1, son offre a été dénaturée sur le sous-critère " compréhension du programme et intentions proposées " ;

- s'agissant du marché subséquent 1, son offre a été dénaturée sur le sous-critère " organisation et méthodologie du groupement " ;

- elle n'a pas été informée des motifs de rejet de son offre ni des caractéristiques et avantages de l'offre retenue et n'a pas reçu communication du rapport d'analyse des offres, en méconnaissance des dispositions de l'article 83 du code des marchés publics ;

- son offre a été notée au regard de critères qui n'apparaissaient pas dans le règlement de la consultation ;

- le département a méconnu le principe d'égalité au cours de la phase de négociation.

Par des mémoires en défense enregistrés les 12 février 2025 et 5 mars 2025, le département de la Vendée, représenté par Me Briec, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 5 000 euros soit mise à la charge de la société Ana Ingénierie en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- la requête est irrecevable, dès lors qu'il n'est pas démontré de la qualité pour agir de son représentant ;

- les conclusions tendant au réexamen de son offre et à la communication du rapport d'analyse des offres sont irrecevables ;

- les moyens invoqués par la société requérante ne sont pas fondés.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- le code de la commande publique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Simon, en application de l'article L. 551-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue le 5 mars 2025 à 15h00 en présence de Mme Labourel, greffière d'audience, M. Simon a lu son rapport et entendu :

- les observations de M. A, représentant de la société Ana Ingénierie ;

- et les observations de Me Guihard, substituant Me Briec, avocat du département de la Vendée .

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Le département de la Vendée a lancé une procédure de mise en concurrence en vue de la passation d'un accord-cadre de maîtrise d'œuvre pour la rénovation énergétique de l'hôtel départemental et des projets de réaménagements intérieurs selon une procédure avec négociation. Par courrier du 21 janvier 2025, la société Ana Ingénierie a été informée du rejet de son offre et de l'attribution du marché à la société Area Etudes. Par sa requête, la société Ana Ingénierie doit être regardée comme demandant au juge des référés, statuant en application de l'article L. 551-1 du code de justice administrative, d'annuler cette procédure.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 551-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes des dispositions de l'article L. 551-1 du code de justice administrative : " Le président du tribunal administratif, ou le magistrat qu'il délègue, peut être saisi en cas de manquement aux obligations de publicité et de mise en concurrence auxquelles est soumise la passation par les pouvoirs adjudicateurs de contrats administratifs ayant pour objet l'exécution de travaux, la livraison de fournitures ou la prestation de services, avec une contrepartie économique constituée par un prix ou un droit d'exploitation, la délégation d'un service public ou la sélection d'un actionnaire opérateur économique d'une société d'économie mixte à opération unique. / Il peut également être saisi en cas de manquement aux mêmes obligations auxquelles sont soumises, en application de l'article L. 521-20 du code de l'énergie, la sélection de l'actionnaire opérateur d'une société d'économie mixte hydroélectrique et la désignation de l'attributaire de la concession. / Le juge est saisi avant la conclusion du contrat. ".

3. Il appartient au juge administratif, saisi en application de l'article L. 551-1 du code de justice administrative, de se prononcer sur le respect des obligations de publicité et de mise en concurrence incombant à l'administration. En vertu de cet article, les personnes habilitées à agir pour mettre fin aux manquements du pouvoir adjudicateur à ses obligations de publicité et de mise en concurrence sont celles qui sont susceptibles d'être lésées par de tels manquements. Il appartient, dès lors, au juge des référés précontractuels de rechercher si l'opérateur économique qui le saisit se prévaut de manquements qui, eu égard à leur portée et au stade de la procédure auquel ils se rapportent, sont susceptibles de l'avoir lésé ou risquent de le léser, fût-ce de façon indirecte en avantageant un opérateur économique concurrent.

4. En premier lieu, aux termes de l'article R. 2181-1 du code de la commande publique : " Dès qu'il a fait son choix, l'acheteur le communique aux candidats et aux soumissionnaires dont la candidature ou l'offre n'a pas été retenue, dans les conditions prévues par décret en Conseil d'Etat ". Aux termes de l'article R. 2181-3 du code de la commande publique, " La notification prévue à l'article R. 2181-1 mentionne les motifs du rejet de la candidature ou de l'offre. / Lorsque la notification de rejet intervient après l'attribution du marché, l'acheteur communique en outre : / 1° Le nom de l'attributaire ainsi que les motifs qui ont conduit au choix de son offre ; / 2° La date à compter de laquelle il est susceptible de signer le marché dans le respect des dispositions de l'article R. 2182-1 ".

5. L'information sur les motifs du rejet de son offre dont est destinataire l'entreprise en application des dispositions précitées a, notamment, pour objet de permettre à la société non retenue de contester utilement le rejet qui lui est opposé devant le juge du référé précontractuel saisi en application de l'article L. 551-1 du code de justice administrative. Par suite, l'absence de respect de ces dispositions constitue un manquement aux obligations de transparence et de mise en concurrence. Cependant, un tel manquement n'est plus constitué si l'ensemble des informations, mentionnées aux articles du code de la commande publique précités, a été communiqué au candidat évincé à la date à laquelle le juge des référés statue sur le fondement de l'article L. 551-1 du code de justice administrative, et si le délai qui s'est écoulé entre cette communication et la date à laquelle le juge des référés statue a été suffisant pour permettre à ce candidat de contester utilement son éviction.

6. Il résulte de l'instruction que, par courrier du 21 janvier 2025, le département de la Vendée a informé la société Ana Ingénierie du rejet de son offre, de ce que le marché était attribué à la société Area Etudes et des notes obtenues par elle et l'attributaire sur chacun des deux critères de sélection des offres. A la demande de la société requérante, par courrier du 30 janvier 2025, le département de la Vendée a détaillé les motifs du rejet de l'offre de la société Ana Ingénierie ainsi que les notes attribuées à la société attributaire sur chacun des critères et sous-critères mis en œuvre dans la notation des offres. Par suite, le rapport d'analyse des offres ne constituant pas un document qui doive être communiqué avant la conclusion du contrat, le moyen tiré de ce que la société requérante a insuffisamment été informée des motifs du rejet de son offre doit être écarté comme manquant en fait.

7. En deuxième lieu, il n'appartient pas au juge du référé précontractuel, qui doit seulement se prononcer sur le respect, par le pouvoir adjudicateur, des obligations de publicité et de mise en concurrence auxquelles est soumise la passation d'un contrat, de se prononcer sur l'appréciation portée sur la valeur d'une offre ou les mérites respectifs des différentes offres. Il lui appartient, en revanche, lorsqu'il est saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que le pouvoir adjudicateur n'a pas dénaturé le contenu d'une offre en en méconnaissant ou en en altérant manifestement les termes et procédé ainsi à la sélection de l'attributaire du contrat en méconnaissance du principe fondamental d'égalité de traitement des candidats.

8. D'une part, sous couvert de la dénaturation de son offre, la société Ana Ingénierie invoque des arguments relatifs à l'appréciation portée par le département de la Vendée sur les mérites respectifs de son offre et de celle de la société attributaire qui ne relèvent pas de l'office du juge du référé précontractuel et qui sont ainsi insusceptibles de prospérer dans le cadre de la présente instance.

9. D'autre part, il ne résulte pas de l'instruction que le département aurait méconnu le principe d'égalité de traitement au cours de la phase de négociation en interrogeant la société requérante sur un point non spécifié au programme relatif à une perte provisoire du hors d'eau/hors d'air et en faisant profiter les offres concurrentes d'une plus-value technique de son offre.

10. En dernier lieu, le pouvoir adjudicateur définit librement la méthode de notation pour la mise en œuvre de chacun des critères de sélection des offres qu'il a définis et rendus publics. Il peut ainsi déterminer tant les éléments d'appréciation pris en compte pour l'élaboration de la note des critères que les modalités de détermination de cette note par combinaison de ces éléments d'appréciation. Une méthode de notation est toutefois entachée d'irrégularité si, en méconnaissance des principes fondamentaux d'égalité de traitement des candidats et de transparence des procédures, les éléments d'appréciation pris en compte pour noter les critères de sélection des offres sont dépourvus de tout lien avec les critères dont ils permettent l'évaluation ou si les modalités de détermination de la note des critères de sélection par combinaison de ces éléments sont, par elles-mêmes, de nature à priver de leur portée ces critères ou à neutraliser leur pondération et sont, de ce fait, susceptibles de conduire, pour la mise en œuvre de chaque critère, à ce que la meilleure note ne soit pas attribuée à la meilleure offre, ou, au regard de l'ensemble des critères pondérés, à ce que l'offre économiquement la plus avantageuse ne soit pas choisie. Il en va ainsi alors même que le pouvoir adjudicateur, qui n'y est pas tenu, aurait rendu publique, dans l'avis d'appel à concurrence ou les documents de la consultation, une telle méthode de notation.

11. En prenant en compte la compréhension des objectifs fonctionnels et architecturaux dans le cadre de l'appréciation du sous-critères de la " compréhension du programme et intentions proposées ", le département de la Vendée, qui n'était pas tenu de communiquer aux candidats tous les éléments d'appréciation mis en œuvre pour apprécier la valeur technique des offres au regard de ce sous-critère, n'a pas mis en œuvre un critère non prévu par les documents de la consultation, un tel élément d'appréciation n'étant pas dépourvu de lien avec ce sous-critère. De même, la société requérante n'est pas fondée à soutenir qu'aucune intention n'était attendue du département de la Vendée alors que cette attente découlait de la formulation même de ce sous-critère. Il s'ensuit que le moyen tiré de ce que le département de la Vendée aurait mis en œuvre des critères non prévus par les documents de la consultation doit être écarté comme non fondé dans toutes ses branches.

12. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner les fins de non-recevoir opposées en défense, les conclusions présentées par la société Ana Ingénierie doivent être rejetées.

Sur les conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

13. Ces dispositions font obstacle à ce que soit mise à la charge du département de la Vendée, la somme que demande la société Ana Ingénierie au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

14. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la société Ana Ingénierie une somme de 800 euros au titre des frais exposés par le département de la Vendée et non compris dans les dépens.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de la société Ana Ingénierie est rejetée.

Article 2 : La société Ana Ingénierie versera au département de la Vendée une somme de 800 (huit cents) euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à la société Ana Ingénierie, au département de la Vendée et à la société Area Etudes.

Fait à Nantes, le 14 mars 2025.

Le juge des référés,

P-E. SIMON

La greffière,

P. LABOUREL

La République mande et ordonne au préfet de la Vendée en ce qui le concerne, ou à tous huissiers de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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