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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2503940

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2503940

vendredi 7 mars 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2503940
TypeOrdonnance
Avocat requérantGRISOLLE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 3 mars 2025, Mme E A, agissant en son nom propre et en qualité de représentante légale des jeunes G B et D B, représentée par Me Grisolle, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision implicite de rejet de la commission de recours contre les refus de visa d'entrée en France du 4 janvier 2025 rejetant le recours du 28 octobre 2024 contre les refus de visa notifiés le 30 septembre 2024 par l'ambassade de France à Lomé aux enfants G B et D B ;

2°) d'enjoindre à l'Etat et aux autorités consulaires compétentes de réexaminer la situation des demandeurs de visas dans un délai de cinq jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 2 000 euros à verser à leur conseil au titre des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve pour celle-ci de renoncer à la part contributive de l'Etat.

Elle soutient que :

- la condition tenant à l'urgence est satisfaite : la décision place la famille dans l'impossibilité de mener une vie familiale normale alors que ses membres sont séparés depuis cinq ans; les enfants vivent au Burkina Faso avec leur grand-mère maternelle, désormais âgée et souffrante, et n'ont aucun autre soutien familial, leurs pères biologiques respectifs s'étant désintéressés de leur sort et ayant délégué l'autorité parentale à Mme A ; Mme A a été diligente dans ses démarches de réunification familiale depuis l'obtention du statut de protection subsidiaire en France ; Mme A ne peut retourner au Burkina Faso au risque de perdre le bénéfice de la protection internationale qui lui a été accordé ; les enfants sont particulièrement vulnérables du fait de leur jeune âge et de la séparation géographique ;

- il existe un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée :

* la décision contestée est insuffisamment motivée ;

* elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de la situation de la famille ;

* elle méconnaît les dispositions des articles L. 561-2 et L. 434-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

* elle méconnaît les dispositions de l'article L. 561-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

* elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant;

Vu

- la requête en annulation de la décision attaquée ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. C pour statuer sur les demandes de référé en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ". Aux termes de l'article L. 522-1 du même code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ". Aux termes de l''article L. 522-3 de ce code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ".

2. La condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

3. Pour justifier l'urgence d'une suspension de l'exécution de la décision implicite de rejet de la commission de recours contre les refus de visa d'entrée en France (CRRV) du 4 janvier 2025 rejetant le recours du 28 octobre 2024 contre les refus de visa notifiés le 30 septembre 2024 par l'ambassade de France à Lomé aux enfants G B et D B, Mme A, ressortissante burkinabè, se prévaut de ce que la décision attaquée prolongerait la séparation de la famille. Or, il résulte de l'instruction que les mineurs concernés résident au Burkina Faso auprès de leur grand-mère maternelle depuis cinq ans. La requérante n'établit pas que cette dernière ne serait plus en mesure d'accueillir les enfants jusqu'au jugement de son recours en annulation ni une situation de particulière vulnérabilité des jeunes. Par ailleurs, alors que la décision de refus de visa date du 30 septembre 2024 et que la décision de la CRRV date du 4 janvier 2025, Mme A n'a saisi le juge des référés que le 3 mars suivant. Au regard de ces éléments, la décision de la commission ne porte pas une atteinte suffisamment grave aux intérêts des requérants nécessitant l'intervention du juge des référés avant qu'il ne soit statué sur le recours en annulation déposé par les intéressés.

4. Dans ces conditions, la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative ne peut être regardée comme remplie en l'espèce. Par conséquent, il y a lieu de rejeter la présente requête, en toutes ses conclusions, selon la procédure prévue à l'article L. 522-3 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme E A et à Me Grisolle.

Copie en sera adressée au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur.

Fait à Nantes, le 7 mars 2025.

Le juge des référés,

Y. C

La République mande et ordonne au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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