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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2505460

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2505460

vendredi 11 avril 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2505460
TypeDécision
Formation- Etrangers - 15 jours
Avocat requérantNERAUDAU

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nantes a rejeté la requête de M. C, un ressortissant azerbaïdjanais, qui contestait le refus de l'OFII de lui octroyer les conditions matérielles d'accueil pour demandeurs d'asile. Le tribunal a écarté les moyens d'incompétence du signataire, d'insuffisance de motivation et d'irrégularité de la procédure, estimant que l'OFII avait procédé à un examen de la vulnérabilité et que la décision était suffisamment motivée. Il a également jugé que le refus n'était pas entaché d'erreur de droit ou d'appréciation, ni ne méconnaissait le principe de dignité humaine. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions de M. C, y compris celles relatives aux frais de justice.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 27 mars 2025, M. B C, représenté par Me Neraudau, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 21 mars 2025 par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil offertes aux demandeurs d'asile ;

2°) d'enjoindre à l'OFII de lui octroyer le bénéfice des conditions matérielles d'accueil de manière rétroactive à compter de la date à laquelle il aurait dû en bénéficier ;

3°) de mettre à la charge de l'OFII le versement à son conseil, sous réserve pour celle-ci de se désister du bénéfice de l'aide juridictionnelle, de la somme de 2 000 euros hors taxes sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- il n'est pas établi que le signataire de la décision disposait d'une délégation de signature régulière ;

- la décision est insuffisamment motivée en droit et en fait ;

- elle est intervenue au terme d'une procédure irrégulière dès lors que, d'une part, il n'a pas bénéficié de l'information préalable prévue par les dispositions de l'article L. 551-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et d'autre part, il n'est pas établi que l'OFII a procédé à un examen effectif de sa vulnérabilité avant la notification de la décision contestée, en méconnaissance des dispositions des articles L. 522-1 et L. 522-3 du même code ;

- la décision est entachée d'erreurs de droit, d'une part en raison de l'absence d'examen préalable de sa vulnérabilité, d'autre part en ce qu'elle méconnaît le principe de dignité humaine dont le respect est garanti par l'article 1er de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, faute de lui assurer a minima la possibilité de couvrir ses besoins fondamentaux essentiels ;

- elle procède d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 avril 2025, le directeur général de l'OFII conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par M. C n'est fondé.

Par une décision du 28 mars 2025 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Nantes (section administrative), M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la directive (UE) 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

.

Le président du tribunal a désigné M. Besse, vice-président, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 921-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 10 avril 2025 :

- le rapport de M. Besse, magistrat désigné,

- les observations de Me Neraudau, représentant M. C,

- et les observations de M. C, assisté d'un interprète.

En l'absence du directeur général de l'OFII ou de son représentant, l'instruction a été close après ces observations.

Considérant ce qui suit :

1. M. B C, ressortissant azerbaïjanais né le 19 juin 1994, entré en France, selon ses déclarations, au mois d'octobre 2021, a vu sa demande d'asile rejetée par une décision du 29 juin 2022 de l'office français de protection des réfugiés et apatrides, confirmée par une décision de la cour nationale du droit d'asile du 9 décembre 2022. Le 21 mars 2025, il a sollicité un réexamen de sa demande d'asile. Par une décision du même jour, dont il demande l'annulation, la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, la décision attaquée a été signée par Mme A, directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) à Nantes, à laquelle, par une décision du 3 février 2025 publiée sur le site internet de l'OFII, le directeur général de l'OFII a donné délégation à l'effet de signer toutes les décisions se rapportant aux missions de l'OFII dans la région Pays de la Loire. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision contestée doit être écarté.

3. En deuxième lieu, et d'une part, aux termes de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. / () ". Aux termes de l'article L. 522-3 du même code : " L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines ".

4. D'autre part, aux termes de l'article L. 551-15 du ce même code : " Les conditions matérielles d'accueil sont refusées, totalement ou partiellement, au demandeur, dans le respect de l'article 20 de la directive 2013/33/ UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, dans les cas suivants : () 3° Il présente une demande de réexamen de sa demande d'asile () / La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. ".

5. La décision attaquée, qui vise notamment l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, indique qu'après examen des besoins et de la situation personnelle et familiale de M. C, le bénéfice des conditions matérielles d'accueil lui est totalement refusé au motif qu'il présente une demande de réexamen de sa demande d'asile. Cette décision comporte ainsi un énoncé suffisant des considérations de droit et de fait propres à la situation de l'intéressé, sur lesquels elle est fondée, et satisfait aux exigences légales de motivation. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision doit être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 551-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile sont proposées à chaque demandeur d'asile par l'Office français de l'immigration et de l'intégration après l'enregistrement de sa demande par l'autorité administrative compétente. ". Aux termes de l'article L. 551-10 du même code : " Le demandeur est informé, dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend, que le bénéfice des conditions matérielles d'accueil peut lui être refusé ou qu'il peut y être mis fin dans les conditions et selon les modalités prévues aux articles L. 551-15 et L. 551-16 ". Aux termes des dispositions de l'article D. 551-16 de ce code : " L'offre de prise en charge faite au demandeur d'asile en application de l'article L. 551-9 fait mention de la possibilité pour le demandeur d'asile de se voir refuser le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ou qu'il y soit mis fin dans les conditions prévues par les articles L. 551-15, L. 551-16 et D. 551-17 à R. 551-23 ". Aux termes de l'article R. 551-23 du même code : " Les modalités de refus ou de réouverture des conditions matérielles d'accueil sont précisées par l'Office français de l'immigration et de l'intégration lors de l'offre de prise en charge dans une langue que le demandeur d'asile comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend ".

7. D'une part, il ressort des pièces du dossier que M. C a attesté, le 21 mars 2025, à l'issue de l'entretien réalisé le même jour visant notamment à évaluer sa vulnérabilité, par sa signature de l'offre de prise en charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, avoir été informé, en langue turque, qu'il a déclaré comprendre, des conditions et modalités de refus et de cessation des conditions matérielles d'accueil. Par suite, le moyen tiré de ce qu'il n'aurait pas bénéficié de l'information préalable prévue par les dispositions précitées de l'article L. 551-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

8. D'autre part, il ressort des mêmes pièces du dossier qu'ainsi qu'il vient d'être dit, M. C a été reçu en entretien, le 21 mars 2025, réalisé dans une langue qu'il a déclaré comprendre, au cours duquel sa situation et sa vulnérabilité ont été évaluées. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen de sa vulnérabilité, préalablement à la notification de la décision en litige, doit être écarté.

9. En quatrième lieu, ainsi qu'il a été dit au point précédent, la décision contestée a été précédée d'un examen effectif, par l'OFII, de la vulnérabilité du requérant, conformément aux exigences des dispositions précitées des articles L. 522-1 et L. 522-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

10. En cinquième lieu, si M. C soutient qu'il se trouve en situation de vulnérabilité, d'une part en raison même de sa qualité de demandeur d'asile et au regard de son parcours migratoire et des persécutions qu'il a subies dans son pays d'origine, et d'autre part du fait que son épouse, atteinte de plusieurs symptômes, est médicalement suivie à ce titre, et que cette dernière et leurs fils souffrent de maux importants, tant physiques que psychologiques, les seuls documents, notamment de nature médicale, produits à l'appui de ses allégations, ne permettent pas d'établir la réalité de l'état de vulnérabilité, au sens des dispositions précitées des articles L. 522-1 et L. 522-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de l'intéressé, qui est par ailleurs hébergé, avec sa femme et ses enfants, depuis son retour très récent en France, par sa nièce. Par suite, les moyens tirés de ce qu'en lui refusant le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, la directrice territoriale de l'OFII aurait fait une inexacte application de ces mêmes dispositions et commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation de l'intéressé, doivent être écartés.

11. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 21 mars 2025 par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Par suite, sa requête doit être rejetée en toutes ses conclusions, y compris celles à fin d'injonction et celles tendant à l'application des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à l'Office français de l'immigration de l'intégration et à Me Neraudau.

Copie sera adressée au préfet de la Loire-Atlantique.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 avril 2025.

Le magistrat désigné,

P. BESSELa greffière,

G. PEIGNE

La République mande et ordonne au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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