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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2505900

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2505900

lundi 7 avril 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2505900
TypeOrdonnance
Avocat requérantGUILBAUD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 3 avril 2025, M. D G, ainsi que M. E C E et Mme F en leur nom et pour le compte de leurs enfants A, B et H E C, représentés par Me Guilbaud, demandent au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision implicite par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours exercé contre les décisions du 11 avril 2024 par lesquelles les autorités consulaires françaises à Addis-Abeba (Ethiopie) ont refusé de délivrer à M. E C E, à Mme F et aux enfants A, B et H E C un visa de long séjour, sollicité au titre de la réunification familiale ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de délivrer les visas demandés dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire procéder à un nouvel examen des demandes de visa dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'État le versement d'une somme de 1 500 euros hors taxes en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la condition d'urgence est satisfaite par principe en cas de refus illégal de délivrer un visa de long séjour sollicité au titre de la réunification familiale de famille de réfugiés ; la condition d'urgence est également caractérisée au regard de la durée de séparation de la famille dans son ensemble alors que l'état de santé de M. E C E nécessite sa prise en charge rapide en France ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

Vu le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Echasserieau, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. G, de nationalité somalienne, né le 13 juillet 2005 est entré en France en mars 2021 et s'est vu accorder le bénéfice de la protection subsidiaire par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) le 17 janvier 2023. Ont été déposées le 19 septembre 2023 des demandes tendant à la délivrance de visas de long séjour en qualité de membres de famille de réfugié au bénéfice de ses parents, M. E C E, à Mme F et de ses frères et soeurs A, B et H E C. Les autorités consulaires françaises à Addis-Abeba ont rejeté ces demandes le 11 avril 2024. Par la présente requête, les requérants demandent la suspension de l'exécution de la décision implicite par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours exercé contre les décisions consulaires précitées.

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ". En vertu de l'article L. 522-3 de ce code, le juge des référés peut, par une ordonnance motivée, rejeter sans instruction ni audience les demandes qui ne présentent pas un caractère d'urgence.

3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le demandeur, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence s'apprécie objectivement compte tenu de l'ensemble des circonstances de chaque espèce.

4. Pour établir la condition d'urgence, les requérants font valoir la durée de la séparation de la famille et de l'état de santé de M. E C E. Toutefois, d'une part, il ressort des pièces du dossier que M. G a fui la Somalie au cours le 20 mai 2019, a transité plus d'un an par la Grèce puis a rejoint la France en mars 2021 pour y obtenir la protection subsidiaire le 17 janvier 2023. Pour justifier des liens allégués avec les demandeurs d'asile M. G produit des copies de conversations téléphoniques du mois de février 2025, une dizaine de transferts de fonds dont le plus ancien est daté du mois d'avril 2024, tous adressés à sa sœur qui n'a pas demandé de visa et réside en Somalie, ainsi que des photos récentes d'un déplacement du requérant auprès des intéressés à Addis-Abeba depuis le 15 mars 2025. Si d'autre part, un certificat médical daté du 5 mars 2025, fait état de ce que M. E C E est atteint d'une paresthésie en raison d'une hernie discale, il bénéficie sur place d'un traitement anti-douleur et rien n'est indiqué quant à l'urgence pour l'intéressé de subir l'intervention chirurgicale suggérée " dans un meilleur centre neurologique ". Par suite, eu égard au parcours migratoire du requérant, à la quasi absence de preuve des liens qu'il entretient avec ses parents, en dehors de la période contemporaine aux demandes de visas, à l'absence d'indication quant aux conditions de vie des intéressés en Ethiopie, et à l'absence d'éléments suffisants établissant pour M. E C E de s'y faire soigner, au regard des motifs du rejet des demandes de visa, fondés sur l'absence de volonté du requérant de faire jouer son droit à la réunification familiale, les circonstances évoquées ne sont donc pas de nature à justifier de l'urgence qui s'attacherait à la suspension des effets de la décision implicite de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France dans l'attente de l'examen de leur recours en annulation. Dans ces conditions, la condition d'urgence, exigée par les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, ne peut, en l'état de l'instruction, nonobstant l'attention qui doit être portée aux demandes de réunification familiales des personnes réfugiées en France, être regardée comme satisfaite. Il suit de là que la requête doit être rejetée en toutes ses conclusions en application des dispositions de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. D G, à M. E C E et à Mme F est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. D G, à M. E C E et à Mme F.

Copie en sera adressée au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur.

Fait à Nantes, le 7 avril 2025.

Le juge des référés,

B. Echasserieau

La République mande et ordonne au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2505900

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