Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2506184

jeudi 10 avril 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2506184
TypeOrdonnance

Résumé IA

Refus de visa de long séjour pour un ressortissant tunisien recruté comme cuisinier. Le Tribunal administratif de Nantes, statuant en référé, rejette la demande de suspension de la décision consulaire. La condition d’urgence n’est pas établie, car la commission de recours contre les refus de visa était encore saisie et aucun préjudice grave et immédiat n’était démontré. La requête est rejetée sur le fondement de l’article L. 522-3 du code de justice administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 8 avril 2025 M. B A C et la société MBS Food, représentés par Me Thiam, demandent au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 12 mars 2025 de l'autorité consulaire française à Tunis refusant de lui délivrer un visa de long séjour en qualité de travailleur salarié ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de réexaminer la situation du demandeur de visa dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761- 1 du code de justice administrative à verser à son conseil.

Ils soutiennent que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors qu'un recours a bien été introduit devant la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France, que M. A C dispose d'une autorisation de travail et qu'ainsi la décision de refus de visa procède au retrait d'une décision créatrice de droit, que le refus de visa menace les perspectives économiques de l'entreprise MBS Food confrontée à des difficultés de recrutement et remet en cause l'avenir professionnel de M. A C ;

- il existe un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée dès lors que :

* la décision consulaire n'a pas été signée par le consul général de France à Tunis mais par une personne n'ayant pas la compétence pour prendre la décision ;

* la décision n'est pas suffisamment motivée ;

* la décision a été prise en méconnaissance du principe du contradictoire ;

* la décision porte atteinte à la liberté d'aller et venir ;

* la décision est entachée d'erreur d'appréciation.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Le président du tribunal, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, a désigné Mme Chatal, conseillère, pour statuer en matière de référés.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ". En application de l'article L. 522-3 du même code, lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans instruction ni audience.

2. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif en application des dispositions précitées de l'article L. 521-1 du code de justice administrative lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi de conclusions tendant à la suspension d'un acte administratif, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire.

3. Il ressort des pièces du dossier que la société MBS Food s'est vu délivrer une autorisation de travail le 17 janvier 2025 en vue de recruter M. B A C, ressortissant tunisien né en 1995, en qualité de cuisinier, en contrat à durée indéterminée. M. A C, qui a seul intérêt à agir contre la décision lui refusant l'octroi d'un visa de long séjour, fait valoir que la décision consulaire l'empêche d'occuper l'emploi en question et porte atteinte à ses perspectives professionnelles. Il est constant que la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a été saisie le 31 mars 2025 d'un recours contre cette décision de refus de visa et ne s'est pas encore prononcée. Dans ces conditions, il ne résulte pas des pièces du dossier que la décision de refus de visa porterait une atteinte suffisamment grave et immédiate à la situation personnelle du demandeur ou à ses intérêts. M. A C ne peut dès lors être regardé comme justifiant d'une situation d'urgence au sens de l'article L. 521-1 du code de justice administrative. Il s'ensuit qu'il y a lieu de faire application de l'article L. 522-3 du code de justice administrative et de rejeter la requête, en toutes ses conclusions.

O R D O N N E :

Article 1er :La requête de M. A C est rejetée.

Article 2 :La présente ordonnance sera notifiée à M. B A C et à la société MBS Food.

Fait à Nantes, le 10 avril 2025.

La juge des référés,

A. Chatal

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,