vendredi 18 juillet 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2511142 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Plein contentieux |
| Avocat requérant | BARDOUL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés les 27 juin 2025, 15, 16 et 17 juillet 2025, la société Sofuldec, représentée par Me Tertrais, demande au juge des référés statuant en application de l'article L. 551-1 du code de justice administrative :
1°) d'enjoindre à la commune de Dompierre-sur-Yon de lui communiquer toutes les informations prévues à l'article R. 2181-2 du code de la commande publique ;
2°) d'annuler, à tout le moins au stade de l'analyse des offres, la procédure de mise en concurrence lancée par la commune de Dompierre-sur-Yon en vue de l'attribution d'un marché public ayant pour objet le désamiantage et la déconstruction de bâtiments situées 54 et 56 rue du vieux bourg ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Dompierre-sur-Yon une somme de
3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la commune a méconnu les dispositions de l'article R. 2181-2 du code de la commande publique ;
- son offre a été dénaturée en ce qui concerne les sous-critères " délais/plannings et moyens associés ", " méthodologie de déconstruction avant abattage et travaux annexes " et méthodologie de désamiantage ;
- les critères de sélection des offres sont entachés d'inintelligibilité en méconnaissance du principe de transparence et ont été neutralisés.
Par un mémoire en défense enregistré le 15 juillet 2025 et deux mémoires enregistrés le 16 juillet 2025, la commune de Dompierre-sur-Yon, représentée par Me Bardoul conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la société Sofuldec en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
Elle fait valoir qu'aucun des moyens invoqués par la société requérante n'est fondé.
Vu les pièces du dossier.
Vu :
- le code de la commande publique ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Simon, en application de l'article L. 551-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue le 16 juillet 2025 à 10h45 en présence de Mme Labourel, greffière d'audience, M. Simon a lu son rapport et entendu :
- les observations de Me Tertrais, avocat de la société Sofuldec ;
- et les observations de Me Bardoul, avocate de la commune de Dompierre-sur-Yon.
La clôture de l'instruction a été différée au 17 juillet 2025 à midi.
Considérant ce qui suit :
1. Par un avis d'appel public à la concurrence publié le 11 avril 2025, la commune de Dompierre-sur-Yon a lancé une procédure de mise en concurrence en vue de la passation d'un marché public relatif au désamiantage et la déconstruction de bâtiments situés 54 et 56 rue du vieux bourg. Par un courrier du 18 juin 2025, la société Sofuldec a été informée du rejet de son offre et de ce que le contrat avait été attribué à la société Paprec. Par sa requête, la société Sofuldec demande au juge des référés, statuant en application de l'article L. 551-1 du code de justice administrative, avant dire droit, d'enjoindre à la commune de Dompierre-sur-Yon de lui communiquer les informations prévues par l'article R. 2181-2 du code de la commande publique, et d'annuler, à tout le moins au stade de l'analyse des offres, la procédure litigieuse.
Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 551-1 du code de justice administrative :
2. Aux termes des dispositions de l'article L. 551-1 du code de justice administrative : " Le président du tribunal administratif, ou le magistrat qu'il délègue, peut être saisi en cas de manquement aux obligations de publicité et de mise en concurrence auxquelles est soumise la passation par les pouvoirs adjudicateurs de contrats administratifs ayant pour objet l'exécution de travaux, la livraison de fournitures ou la prestation de services, avec une contrepartie économique constituée par un prix ou un droit d'exploitation, la délégation d'un service public ou la sélection d'un actionnaire opérateur économique d'une société d'économie mixte à opération unique. / Il peut également être saisi en cas de manquement aux mêmes obligations auxquelles sont soumises, en application de l'article L. 521-20 du code de l'énergie, la sélection de l'actionnaire opérateur d'une société d'économie mixte hydroélectrique et la désignation de l'attributaire de la concession. / Le juge est saisi avant la conclusion du contrat. ".
3. Il appartient au juge administratif, saisi en application de l'article L. 551-1 du code de justice administrative, de se prononcer sur le respect des obligations de publicité et de mise en concurrence incombant à l'administration. En vertu de cet article, les personnes habilitées à agir pour mettre fin aux manquements du pouvoir adjudicateur à ses obligations de publicité et de mise en concurrence sont celles qui sont susceptibles d'être lésées par de tels manquements. Il appartient, dès lors, au juge des référés précontractuels de rechercher si l'opérateur économique qui le saisit se prévaut de manquements qui, eu égard à leur portée et au stade de la procédure auquel ils se rapportent, sont susceptibles de l'avoir lésé ou risquent de le léser, fût-ce de façon indirecte en avantageant un opérateur économique concurrent.
4. En premier lieu, aux termes de l'article R. 2181-1 du code de la commande publique :
" Dès qu'il a fait son choix, l'acheteur le communique aux candidats et aux soumissionnaires dont la candidature ou l'offre n'a pas été retenue, dans les conditions prévues par décret en Conseil d'Etat ". Aux termes de l'article R. 2181-3 du code de la commande publique, " La notification prévue à l'article R. 2181-1 mentionne les motifs du rejet de la candidature ou de l'offre. / Lorsque la notification de rejet intervient après l'attribution du marché, l'acheteur communique en outre : / 1° Le nom de l'attributaire ainsi que les motifs qui ont conduit au choix de son offre ; / 2° La date à compter de laquelle il est susceptible de signer le marché dans le respect des dispositions de l'article R. 2182-1 ".
5. L'information sur les motifs du rejet de son offre dont est destinataire l'entreprise en application des dispositions précitées a, notamment, pour objet de permettre à la société non retenue de contester utilement le rejet qui lui est opposé devant le juge du référé précontractuel. Par suite, l'absence de respect de ces dispositions constitue un manquement aux obligations de transparence et de mise en concurrence. Cependant, un tel manquement n'est plus constitué si l'ensemble des informations, mentionnées aux articles du code de la commande publique précités, a été communiqué au candidat évincé à la date à laquelle le juge des référés statue, et si le délai qui s'est écoulé entre cette communication et la date à laquelle le juge des référés statue a été suffisant pour permettre à ce candidat de contester utilement son éviction.
6. Il résulte de l'instruction que, par courrier du 18 juin 2025, la commune de Dompierre-sur-Yon a informé la société requérante de ce que le contrat avait été attribué à la société Paprec pour un montant de 232 035,56 euros HT en indiquant les notes obtenues par les deux candidats sur le critère de la valeur technique et le critère du prix. Dans son premier mémoire en défense, la commune a également indiqué les notes obtenues par chacun de ces deux candidats sur chacun des sous-critères ainsi que des éléments d'appréciation comparatifs. Dans ces conditions, la société requérante n'est pas fondée à soutenir qu'elle a été insuffisamment informée au regard des exigences de l'article R. 2181-1 du code de la commande publique, la clôture de l'instruction ayant par ailleurs été différée afin qu'elle puisse utilement présenter ses observations avant l'intervention de la présente ordonnance.
7. En deuxième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 2152-8 du code de la commande publique : " Les critères d'attribution n'ont pas pour effet de conférer une liberté de choix illimitée à l'acheteur et garantissent la possibilité d'une véritable concurrence. Ils sont rendus publics dans les conditions prévues par décret en Conseil d'Etat. "
8. D'autre part, l'acheteur définit librement la méthode de notation pour la mise en œuvre de chacun des critères de sélection des offres qu'il a définis et rendus publics. Il peut ainsi déterminer tant les éléments d'appréciation pris en compte pour l'élaboration de la note des critères que les modalités de détermination de cette note par combinaison de ces éléments d'appréciation. Une méthode de notation est toutefois entachée d'irrégularité si, en méconnaissance des principes fondamentaux d'égalité de traitement des candidats et de transparence des procédures, les éléments d'appréciation pris en compte pour noter les critères de sélection des offres sont dépourvus de tout lien avec les critères dont ils permettent l'évaluation ou si les modalités de détermination de la note des critères de sélection par combinaison de ces éléments sont, par elles-mêmes, de nature à priver de leur portée ces critères ou à neutraliser leur pondération et sont, de ce fait, susceptibles de conduire, pour la mise en œuvre de chaque critère, à ce que la meilleure note ne soit pas attribuée à la meilleure offre, ou, au regard de l'ensemble des critères pondérés, à ce que l'offre économiquement la plus avantageuse ne soit pas choisie. Il en va ainsi alors même que le pouvoir adjudicateur, qui n'y est pas tenu, aurait rendu publique, dans l'avis d'appel à concurrence ou les documents de la consultation, une telle méthode de notation.
9. Il résulte de l'instruction que le règlement de la consultation définit de manière précise les critères et sous-critères. En l'absence de démonstration d'une quelconque dénaturation de l'offre de la société requérante, celle-ci n'établit pas, en se bornant à contester l'appréciation portée par le pouvoir adjudicateur sur les mérites de son offre, que les critères et sous-critères auraient été neutralisés de sorte à ce que la meilleure note ne soit pas attribuée à la meilleure offre et à ce que l'offre économiquement la plus avantageuse ne soit pas choisie.
10. En dernier lieu, il n'appartient pas au juge du référé précontractuel, qui doit seulement se prononcer sur le respect, par le pouvoir adjudicateur, des obligations de publicité et de mise en concurrence auxquelles est soumise la passation d'un contrat, de se prononcer sur l'appréciation portée sur la valeur d'une offre ou les mérites respectifs des différentes offres. Il lui appartient, en revanche, lorsqu'il est saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que le pouvoir adjudicateur n'a pas dénaturé le contenu d'une offre en en méconnaissant ou en en altérant manifestement les termes et procédé ainsi à la sélection de l'attributaire du contrat en méconnaissance du principe fondamental d'égalité de traitement des candidats.
11. La seule circonstance que la société requérante n'a obtenu que la note de 1 sur 5 sur le sous-critère " délais/plannings et moyens associés " alors qu'elle s'est engagée à respecter les délais contractuellement prévus ne suffit pas à regarder la commune de Dompierre-sur-Yon comme ayant dénaturé son offre sur ce point, alors que la société requérante ne conteste pas sérieusement ne pas avoir joint de plannings en annexe de son offre. Par ailleurs, la circonstance qu'elle n'ait obtenu qu'une note de 3 sur 5 sur le sous critère " méthodologie de déconstruction avant abattage et travaux annexe " alors qu'elle a obtenu une note de 8 sur le sous-critère " organisation de chantier, installation, l'hygiène et la sécurité du chantier, démarche environnementale (démarche globale, réduction des nuisances, préservations des ressources) " ne permet pas davantage de regarder la commune comme ayant également dénaturé son offre sur ce point, ces deux sous-critères n'ayant pas le même objet.
12. Toutefois, il résulte des écritures en défense de la commune, que pour attribuer à la société Sofuldec la note de 4 sur 10 sur le sous-critère de " méthodologie de désamiantage ", celle-ci s'est fondée sur une insuffisante description de la méthodologie de dépose des éléments amiantés et par le fait que le repérage de l'amiante n'a pas été précisé par la société Sofuldec. Sur ce dernier point, il résulte toutefois de l'instruction que la société Sofuldec a intégré à son mémoire technique le mémoire technique de son co-traitant Di Environnement aux termes duquel il est indiqué qu'a été établi un plan de localisation des matériaux amiantés sur la base duquel ont été établis les plans d'installation de ses zones d'intervention. Ainsi, la commune s'est fondée sur des faits inexacts et a ainsi dénaturé l'offre de la société requérante sur ce point. Compte tenu de la différence de l'écart de 1,3 points entre la note globale obtenue par la société attributaire et celle obtenue par la société Sofuldec, un tel manquement est susceptible d'avoir lésé cette dernière. Eu égard au stade de la procédure à laquelle il se rapporte, le manquement ainsi retenu est seulement de nature à justifier l'annulation de la procédure litigieuse au stade de l'analyse des offres.
Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
13. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la commune de Dompierre-sur-Yon une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la société Sofuldec et non compris dans les dépens ;
14. Ces dispositions font obstacle à ce que soit mise à la charge de la société Sofuldec, qui n'est pas la partie perdante à la présente instance, la somme que demande la commune de Dompierre-sur-Yon, au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
ORDONNE :
Article 1er : La procédure de mise en concurrence lancée par la commune de Dompierre-sur-Yon en vue de la passation d'un marché public relatif au désamiantage et la déconstruction de bâtiments situés 54 et 56 rue du vieux bourg est annulée au stade de l'analyse des offres.
Article 2 : La commune de Dompierre-sur-Yon versera à la société Sofuldec une somme de 1 500 (mille cinq cents) euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à la société Sofuldec, à la commune de Dompierre-sur-Yon et à la société Paprec.
Fait à Nantes, le 18 juillet 2025.
Le juge des référés,
P-E. SIMON
La greffière,
P. LABOUREL
La République mande et ordonne au préfet de la Vendée en ce qui le concerne, ou à tous huissiers de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2431026
Le Tribunal administratif de Paris a été saisi d’un recours en plein contentieux par M. B... contre une décision du directeur du Conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS) refusant de lui délivrer un agrément dirigeant. Par un mémoire enregistré le 6 mai 2026, M. B... s’est désisté de sa requête. Le tribunal, constatant que rien ne s’opposait à ce désistement, en a donné acte par ordonnance, sur le fondement de l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Strasbourg — N° TA67-2604862
Le Tribunal Administratif de Strasbourg, statuant par ordonnance, a été saisi par Mme D... d’un recours contestant le refus de la commission des droits et de l’autonomie des personnes handicapées du Bas-Rhin de lui accorder l’allocation d’éducation de l’enfant handicapé (AEEH) et la prestation de compensation du handicap (PCH) pour son fils. En application des articles L. 241-6 et L. 241-9 du code de l’action sociale et des familles, le tribunal a constaté que ces décisions relèvent de la compétence de la juridiction judiciaire. Par conséquent, il a ordonné la transmission de la requête au tribunal judiciaire de Mulhouse, compétent pour en connaître.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Strasbourg — N° TA67-2604824
Le Tribunal Administratif de Strasbourg, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-2 du code de justice administrative, a rejeté la requête de M. C... qui demandait l’annulation d’un refus d’admission à l’aide médicale d’État et la suspension d’un titre exécutoire de 11 404 euros. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, faute pour le requérant d’avoir produit le titre exécutoire contesté et d’avoir démontré une situation justifiant une intervention dans un délai de 48 heures. La décision s’appuie sur les articles L. 521-2 et L. 522-3 du code de justice administrative, ainsi que sur l’article L. 252-3 du code de l’action sociale et des familles.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Strasbourg — N° TA67-2604772
Le Tribunal administratif de Strasbourg, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de M. A... qui demandait la suspension de la décision de France Travail réduisant son allocation d'aide au retour à l'emploi (ARE) par application de la dégressivité. Le juge a estimé que le litige, portant sur une prestation du régime d'assurance chômage, ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative mais du juge judiciaire, en application des articles L. 5312-1 et L. 5312-12 du code du travail. Par conséquent, la requête a été rejetée comme portée devant un ordre de juridiction incompétent, sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026