jeudi 29 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2000447 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | PANNETIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 31 janvier 2020 et des mémoires complémentaires, enregistrés le 7 août 2020 et le 6 juillet 2021, la société des courses hippiques de Tours-Chambray, représentée par Me Pannetier, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler l'avis des sommes à payer et le titre de recettes afférent du 12 décembre 2019 ;
2°) de dire et juger que la créance revendiquée est prescrite ;
3°) de dire et juger qu'elle n'est pas redevable des sommes mises en
recouvrement par la mairie de Chambray-lès-Tours ; à titre subsidiaire, de dire et juger qu'elle n'est redevable que d'une somme de 12 795,59 euros ;
4°) en tout état de cause, de mettre à la charge de la commune le versement de la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La société soutient que :
- le titre exécutoire et l'avis des sommes à payer ne sont pas signés de l'autorité émettrice ;
- les sommes réclamées sont prescrites en application de l'article 2224 du code civil ;
- l'offre de concours n'a jamais été acceptée et elle ne doit aucune somme, ayant d'ores et déjà participé directement et ayant vu sa participation minorée ; l'offre de concours aléatoire s'établit en réalité à la somme de 8 575,13 euros ;
- le titre exécutoire procède d'un détournement de pouvoir.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 27 mai 2020, le 19 mars 2021 et le 22 avril 2022, la commune de Chambray-les-Tours, représentée par Me Destarac, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de l'association requérante une somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La commune fait valoir que les moyens ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 29 avril 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 20 mai 2022.
Un mémoire présenté pour la société des courses hippiques de Tours-Chambray a été enregistré le 20 mai 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. B,
- les conclusions de Mme Palis De Koninck, rapporteure publique,
- et les observations de Me Barreau pour la commune de Chambray-lès-Tours.
Considérant ce qui suit :
1. La commune de Chambray-lès-Tours est propriétaire d'un terrain à usage
de champ de courses, dont elle a fait l'acquisition par un acte notarié du 23 octobre 1984.
La société des courses hippiques de Tours-Chambray a été autorisée, par contrat de bail du
4 février 1985, à exploiter l'activité de champ de courses sur ces parcelles communales.
Des travaux de modernisation consistant en la démolition des locaux vétustes existants et la construction d'un bâtiment polyvalent de 300 m² ont été décidés.
2. Par lettre du 31 août 2014, la société des courses hippiques de Tours-Chambray s'est engagée à contribuer financièrement à la réalisation de ces travaux à hauteur de 50 000 euros. Par délibération du 21 mai 2015, la commune a arrêté un plan de financement prévisionnel mentionnant une participation de la société des courses hippiques de Tours-Chambray à hauteur de 47 264 euros et un coût total de l'opération de 580 000 euros. Le bâtiment a été réalisé et achevé en 2015.
3. Après différents échanges concernant le montant de la participation de la société des courses hippiques et la prise en compte de certaines dépenses directement financées par cette dernière, un premier titre de recettes n° 632 a été émis par la commune le 12 août 2019 pour un montant de 42 274,09 euros. Ce titre a été annulé par la collectivité le 12 décembre 2019. Un second titre exécutoire du même montant a été émis le jour même et a été précédé d'un courrier du 11 décembre 2019, explicitant une nouvelle fois le détail du calcul du montant de la créance. Un avis des sommes à payer portant ampliation de titre de recettes a été adressé à la société des courses hippiques le 8 janvier 2020.
4. Par sa requête, la société des courses hippiques de Chambray-Tours demande au tribunal d'annuler l'avis des sommes à payer qui lui a été adressé le 12 décembre 2019 ainsi que le titre de recettes afférent daté du même jour et, à titre subsidiaire, de dire et juger qu'elle n'est redevable que d'une somme de 12 795,59 euros.
Sur la légalité du titre de recettes du 12 décembre 2019 :
5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales, applicable au litige : " () 4° Une ampliation du titre de recettes individuel ou de l'extrait du titre de recettes collectif est adressée au redevable sous pli simple. () / En application de l'article 4 de la loi n° 2000-321 du 12 avril 2000 relative aux droits des citoyens dans leurs relations avec les administrations, le titre de recettes individuel ou l'extrait du titre de recettes collectif mentionne les nom, prénoms et qualité de la personne qui l'a émis ainsi que les voies et délai de recours. / Seul le bordereau de titres de recettes est signé pour être produit en cas de contestation ". Il résulte de ces dispositions, d'une part, que le titre de recettes individuel ou l'extrait du titre de recettes collectif doivent mentionner les nom, prénoms et qualité de l'auteur de cette décision de même, par voie de conséquence, que l'ampliation adressée au redevable, et d'autre part, qu'il appartient à l'autorité administrative de justifier en cas de contestation que le bordereau de titre de recettes comporte la signature de cet auteur.
6. Par ailleurs, aux termes de l'article D. 1617-23 du code général des collectivités territoriales : " () La signature manuscrite, ou électronique conformément aux modalités fixées par arrêté du ministre en charge du budget, du bordereau récapitulant les titres de recettes emporte attestation du caractère exécutoire des pièces justifiant les recettes concernées et rend exécutoires les titres de recettes qui y sont joints conformément aux dispositions des articles L. 252 A du livre des procédures fiscales et des articles R. 2342-4, R. 3342-8-1 et R. 4341-4 du présent code. ".
7. La commune a produit le bordereau n° 232 du titre de recettes n° 932 et le justificatif de signature électronique du maire de la commune. Par ailleurs, le comptable public a attesté de ce que le bordereau de ce titre a été signé par le maire de la commune, M. C A, le 13 décembre 2019. L'avis des sommes à payer notifié à la société requérante comporte l'indication de la qualité ainsi que du nom et du prénom de M. A. Le moyen tiré de ce que le titre exécutoire et l'avis des sommes à payer ne sont pas signés de l'autorité émettrice doit dès lors être écarté.
8. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 2331-8 du code général des collectivités territoriales : " Les recettes non fiscales de la section d'investissement peuvent comprendre notamment : () 4° Le produit des fonds de concours ;() ". L'article R. 2342-4 du même code dispose : " Les produits des communes, des établissements publics communaux et intercommunaux et de tout organisme public résultant d'une entente entre communes ou entre communes et toute autre collectivité publique ou établissement public, qui ne sont pas assis et liquidés par les services fiscaux de l'Etat en exécution des lois et règlements en vigueur, sont recouvrés : () / - soit en vertu de titres de recettes ou de rôles émis et rendus exécutoires par le maire en ce qui concerne la commune et par l'ordonnateur en ce qui concerne les établissements publics. () ". Aux termes de l'article 2224 du code civil : " Les actions personnelles ou mobilières se prescrivent par cinq ans à compter du jour où le titulaire d'un droit a connu ou aurait dû connaître les faits lui permettant de l'exercer ".
9. La société requérante soutient que la créance de la commune à son égard est prescrite dès lors que le courrier d'engagement de la société date du 31 août 2014 et que le titre contesté a été émis au-delà du délai de cinq années suivant cette date. Cependant, par ce courrier du 31 août 2014, la société requérante a présenté librement une offre de participation aux travaux publics envisagés pour un montant de 50 000 euros. Cet engagement de la société requérante n'était pas assorti de conditions particulières, hormis celle tenant à la réalisation des travaux. Par sa délibération du 21 mai 2015 arrêtant le plan de financement des travaux, le conseil municipal de la commune a fixé la participation de la société des courses hippiques à la somme de 47 264 euros. Ce faisant, la commune doit être regardée comme ayant manifesté expressément son acceptation de l'offre de participation à cette date, entrainant la naissance du contrat de concours entre la collectivité et la société requérante, le concours promis devenant alors exigible à compter de la formation de ce contrat. Il résulte d'ailleurs de l'instruction, et notamment du courriel adressé par la présidente de la société requérante le 22 mai 2016, que la société des courses hippiques reconnait s'être engagée à contribuer au financement des travaux à hauteur maximum de 47 264 euros. Il s'ensuit qu'à la date d'émission du titre contesté, le 12 décembre 2019, le délai de cinq ans mentionné dans les dispositions de l'article 2224 du code civil, qui n'a commencé à courir que le 21 mai 2015, n'était pas écoulé. L'exception de prescription doit, dès lors, être écartée.
10. En troisième lieu, la société requérante soutenait dans ses écritures initiales que le titre contesté faisait double emploi avec un précédent titre émis le 12 août 2019, ce qui avait pour conséquence de l'obliger deux fois au paiement d'une seule et unique prétendue créance et qu'il avait, de surcroît, été émis en violation des dispositions du 1° de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales. Cependant, dans ses dernières écritures, la société requérante a abandonné ce moyen.
11. En quatrième lieu, la société requérante soutient que son offre de concours n'a pas été acceptée purement et simplement par la commune de Chambray-lès-Tours de sorte qu'elle ne peut créer aucun droit à son égard. Cependant, et ainsi qu'il a été dit précédemment, en arrêtant le plan de financement des travaux projetés et en fixant le montant de la part financière devant être supportée par la société requérante, la commune de Chambray-lès-Tours doit être regardée comme ayant manifesté son accord à l'offre de concours faite par la société des courses hippiques de Tours-Chambray et ce alors même que l'objet de la délibération en cause était d'arrêter le principe d'une demande de subvention au département.
12. En cinquième lieu, la société requérante expose ne plus être redevable d'aucune somme dès lors que le montant des travaux s'est avéré inférieur au montant prévisionnel initialement envisagé et qu'elle a pris directement en charge des dépenses afférentes au projet de construction, lesquelles doivent venir en déduction de son engagement. La société précise que l'offre formulée présentait un caractère aléatoire, ce qu'a d'ailleurs accepté la commune en ramenant la participation initialement fixée par la société requérante à 50 000 euros, à la somme de 47 264 euros dans la délibération du 21 mai 2015. Cependant, il ne résulte aucunement de l'instruction que l'offre qui a été acceptée par la commune dans sa délibération aurait présenté un caractère aléatoire, en étant notamment conditionnée par une évolution à la baisse du budget prévisionnel des travaux. A cet égard, la circonstance que la commune n'ait accepté l'offre de concours qu'à hauteur de 47 264 euros ne saurait établir le caractère aléatoire de cette offre.
13. En sixième lieu, la société requérante soutient avoir supporté directement des dépenses relatives aux travaux de construction. Cependant, alors qu'elle s'est engagée à participer au financement des travaux publics de modernisation consistant en la démolition des locaux vétustes existants et en la construction d'un bâtiment polyvalent de 300 m² à hauteur de 50 000 euros, et que cette offre a été acceptée par la commune à hauteur de 47 264 euros, la société requérante ne saurait remettre en cause ni le principe ni le montant de son engagement en faisant valoir qu'elle aurait réglé directement certains travaux. Au surplus, il ne résulte pas de l'instruction que les factures réglées directement par la société des courses hippiques de Tours-Chambray concerneraient les travaux publics en cause qui portaient sur la construction de vestiaires hommes et femmes, de sanitaires, d'un local rangement, d'une salle de réunion, d'une salle de presse, d'une salle des commissaires, d'un local vidéo et d'une infirmerie, d'un garage et de deux préaux. En effet, ces factures concernent des besoins privés audio et vidéo liés à l'exploitation de l'hippodrome par la société requérante ainsi que la construction d'un mirador, dépenses qui ne faisaient pas partie du projet et pour lesquelles aucun accord de la commune pour une prise en charge directe par la société requérante n'a été donné.
14. En septième et dernier lieu, la société des courses hippiques de Tours-Chambray soutient que le maire de la commune de Chambray-lès-Tours cherche en réalité à faire pression sur elle pour la contraindre à renégocier un bail emphytéotique qui lui a été consenti le 4 février 1985. Cependant, le détournement allégué n'est aucunement établi par les pièces du dossier.
15. Il résulte de tout ce qui précède que la société requérante n'est pas fondée à demander l'annulation du titre de recettes émis le 12 décembre 2019, ni fondée à demander à être déchargée partiellement de la somme mise à sa charge par ce titre.
Sur les frais de justice :
16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la somme que la société requérante réclame au titre des frais de justice soit mise à la charge de la commune de Chambray-lès-Tours, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la société des courses hippiques de Tours-Chambray une somme de 1 500 euros en application des mêmes dispositions.
D E C I D E :
Article 1 : La requête de la société des courses hippiques de Tours-Chambray est rejetée.
Article 2 : La société des courses hippiques de Tours-Chambray versera une somme de 1 500 euros à la commune de Chambray-lès-Tours en application des dispositions de l'article L. 761-1 de code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société des courses hippiques de Tours-Chambray et à la commune de Chambray-lès-Tours.
Délibéré après l'audience du 15 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Rouault-Chalier, présidente,
M. Jaosidy, premier conseiller,
M. Viéville, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 septembre 2022.
Le rapporteur,
Sébastien VIEVILLE
La présidente,
Patricia ROUAULT-CHALIER
La greffière,
Agnès BRAUD
La République mande et ordonne à préfète d'Indre-et-Loire en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Conseil d'État — N° 507200
**Solution rendue** : Le Conseil d'État rejette le pourvoi de la métropole du Grand Nancy. **Motif principal** : Aucun moyen sérieux n'est retenu, la cour administrative d'appel ayant correctement qualifié la voie d'accès d'équipement public et suffisamment motivé sa décision. **Portée** : Confirmation de la condamnation de la métropole à rembourser les frais de voirie et de signalisation imposés au pétitionnaire.
09/04/2026
Conseil d'État — N° 506535
Le Conseil d’État a rejeté la requête de M. B... contre la sanction de l’AFLD. Il a jugé que la procédure était régulière et que la sanction de quatre ans était proportionnée. Cette décision confirme la rigueur de la lutte antidopage en France.
09/04/2026
Conseil d'État — N° 504834
Le Conseil d'État rejette le pourvoi de M. B... contre l'ordonnance de la cour administrative d'appel de Marseille. Aucun des moyens soulevés (insuffisance de motivation, erreur de droit, dénaturation des pièces) n'est de nature à permettre l'admission du pourvoi. La décision confirme que la requête était manifestement dépourvue de fondement sérieux.
09/04/2026
Conseil d'État — N° 508061
08/04/2026