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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2002277

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2002277

jeudi 13 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2002277
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantPASTOR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 10 juillet 2020 et 20 mai 2022, Mme C A, représentée par Me Pastor, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 17 janvier 2020 par lesquelles le directeur du centre hospitalier de Montrichard a prononcé son licenciement pour fautes graves et a mis fin à son contrat de travail à compter du 20 janvier 2020 ;

2°) d'enjoindre au centre hospitalier de Montrichard de la réintégrer à son poste d'agent d'entretien qualifié avec effet au 20 janvier 2020 et de lui payer les rémunérations qui lui sont dues du 20 janvier 2020 jusqu'à la date de sa réintégration ;

3°) subsidiairement, de condamner le centre hospitalier de Montrichard à lui verser la somme totale de 15 722 euros en réparation de ses préjudices consécutifs à son licenciement ;

4°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Montrichard la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la commission administrative paritaire locale n'a pas été consultée avant le licenciement ;

- elle n'a jamais eu communication de son dossier individuel mais uniquement d'un rapport rédigé par sa hiérarchie la veille de l'entretien préalable à son licenciement ;

- le délai minimal de cinq jours entre la convocation et la date de l'entretien préalable à son licenciement n'a pas été respecté ;

- elle n'a pas été informée de l'objet de l'entretien ni de la possibilité de se faire assister par une personne de son choix ;

- la décision de la licencier a été, en réalité, prise la veille de l'entretien préalable dans le rapport en date du 16 janvier 2020 ;

- aucune instruction ni confrontation n'ont été diligentées par le centre hospitalier avant de prononcer le licenciement, en méconnaissance des droits de la défense ;

- son licenciement est infondé dès lors que les fautes qui lui ont été reprochées présentent un caractère imaginaire, reposent sur de simples allégations et ne sont pas démontrées ;

- le centre hospitalier de Montrichard devra être condamné à lui verser la somme de 3 384 euros au titre de l'indemnité compensatrice de préavis, 338 euros au titre de l'indemnité de congés payés sur préavis et 12 000 euros pour licenciement sans cause réelle et sérieuse.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 juin 2021, le centre hospitalier de Montrichard, représenté par Me Benoît, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de Mme A la somme de 1 500 euros au titre des frais liés au litige.

Il fait valoir que :

- les conclusions indemnitaires de la requête sont irrecevables dès lors que Mme A n'a pas formé de demande préalable et qu'il n'appartient pas au juge administratif de requalifier le licenciement d'un agent contractuel de droit public en licenciement sans cause réelle et sérieuse ;

- les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;

- le décret n° 91-155 du 6 février 1991 ;

- le décret n° 2015-1434 du 5 novembre 2015 ;

- le décret n° 2017-1201 du 27 juillet 2017 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- les conclusions de Mme Palis De Koninck, rapporteure publique,

- et les observations de Me Benoît, représentant le centre hospitalier de Montrichard.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C A exerçait les fonctions d'agent d'entretien au sein du service de bio nettoyage du centre hospitalier de Montrichard en qualité d'agent contractuel depuis le 13 novembre 2013. Par courrier du 14 janvier 2020, elle a été convoquée par sa hiérarchie à un entretien, qui s'est déroulé le 17 janvier 2020. Par décisions du même jour, le centre hospitalier de Montrichard a décidé de prononcer son licenciement pour faute et de mettre fin à son contrat à durée déterminée à compter du 20 janvier 2020. Par courrier reçu le 13 mars 2020, Mme A a formé un recours gracieux contre ces deux décisions. Du silence de l'administration est née une décision implicite de rejet le 13 mai 2020. Par la requête ci-dessus analysée, Mme A demande au tribunal d'annuler les décisions du 17 janvier 2020 par lesquelles le centre hospitalier de Montrichard a prononcé son licenciement pour faute et a mis fin à son contrat de travail à compter du 20 janvier 2020 et de condamner le centre hospitalier à lui verser la somme totale de 15 722 euros en réparation des préjudices consécutifs à son licenciement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 40 du décret n° 91-155 du 6 février 1991 relatif aux dispositions générales applicables aux agents contractuels de la fonction publique hospitalière : " L'agent contractuel à l'encontre duquel une sanction disciplinaire est envisagée a droit à la communication de l'intégralité de son dossier individuel et de tous les documents annexes. Il a également le droit de se faire assister par les défenseurs de son choix. L'intéressé doit être informé par écrit de la procédure engagée et des droits qui lui sont reconnus. ". Ces dispositions imposent à l'administration d'informer l'agent qu'il fait l'objet d'une procédure disciplinaire ainsi que de ses droits à prendre connaissance de son dossier individuel et de se faire assister par les défenseurs de son choix lors de l'entretien.

3. Si les actes administratifs doivent être pris selon les formes et conformément aux procédures prévues par les lois et règlements, un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable, suivie à titre obligatoire ou facultatif, n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il ressort des pièces du dossier qu'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision prise ou qu'il a privé les intéressés d'une garantie.

4. Il ressort des pièces du dossier que le directeur du centre hospitalier de Montrichard a, le 14 janvier 2020, adressé à Mme A une convocation à un entretien qui s'est déroulé le 17 janvier suivant. Toutefois, ce document ne comportait aucune mention indiquant à l'intéressée qu'elle faisait l'objet d'une procédure disciplinaire, qu'elle avait la possibilité de prendre connaissance de son dossier individuel et de se faire assister par les défenseurs de son choix lors de l'entretien. Ainsi, Mme A a effectivement été privée de la garantie prévue par l'article 40 du décret du 6 février 1991.

5. En second lieu, aux termes de l'article 2-1 du décret du 6 février 1991 dans sa version issue du décret du 27 juillet 2017 : " I.- Une commission consultative paritaire compétente à l'égard des agents contractuels mentionnés à l'article 1er est instituée, dans chaque département, par arrêté du directeur général de l'agence régionale de santé agissant au nom de l'Etat. Il en confie la gestion à l'un des établissements publics de santé dont le siège se trouve dans le département. () II.- Ces commissions sont obligatoirement consultées dans les cas prévus aux articles 17-1,17-2, 41-5 et 41-6 ainsi que sur les décisions individuelles relatives : / () / 3° Aux sanctions disciplinaires autres que l'avertissement et le blâme. () ".

6. Il résulte des dispositions précitées, combinées avec celles de l'article 52 du décret n° 2017-1201 du 27 juillet 2017 relatif à la représentation des femmes et des hommes au sein des organismes consultatifs de la fonction publique et de l'article 58 du décret n° 2015-1434 du 5 novembre 2015 portant diverses dispositions relatives aux agents non titulaires de la fonction publique hospitalière, que l'obligation de consultation des commissions administratives paritaires sur les licenciements des agents contractuels des établissements hospitaliers ne trouve à s'appliquer qu'à compter de la mise en place de ces commissions et, au plus tard, lors du prochain renouvellement général des commissions administratives paritaires locales et départementales de la fonction publique hospitalière. Ce renouvellement est intervenu le 6 décembre 2018 conformément à l'arrêté du Premier ministre du 4 juin 2018 publié au Journal officiel du 5 juin suivant. Ainsi, les dispositions de l'article 2-1 du décret du 6 février 1991 précité étaient applicables à la date des décisions litigieuses.

7. Il est constant que le centre hospitalier de Montrichard n'a pas saisi la commission consultative paritaire préalablement au licenciement pour motif disciplinaire de Mme A. Ainsi, la requérante a effectivement été privée de la garantie prévue par l'article 2-1 du décret du 6 février 1991.

8. Il résulte de ce qui précède que les décisions du 17 janvier 2020 prononçant le licenciement de Mme A pour fautes graves et mettant fin à son contrat sont intervenues selon une procédure irrégulière. Il suit de là, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que les décisions du 17 janvier 2020 par lesquelles le centre hospitalier de Montrichard a prononcé le licenciement pour fautes graves de Mme A et a mis fin à son contrat de travail à durée déterminée à compter du 20 janvier 2020 doivent être annulées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que le contrat de travail à durée déterminée de Mme A avait pour terme prévu la date du 31 décembre 2020. Dès lors, le contrat de travail étant arrivé à terme à la date du présent jugement, son exécution n'implique pas la réintégration de Mme A au poste qu'elle occupait en vertu de ce contrat. Par suite, il n'y a pas lieu d'enjoindre au centre hospitalier de Montrichard de réintégrer l'intéressée au poste qu'elle occupait avant son licenciement.

10. En second lieu, Mme A demande également qu'il soit enjoint au centre hospitalier de Montrichard de lui verser l'ensemble des salaires dont elle a été irrégulièrement privée. Si la décision du 17 janvier 2020 prononçant son licenciement est annulée par le présent jugement, la requérante ne peut toutefois prétendre, en l'absence de service fait, au rappel de son traitement. Par suite, les conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint à l'établissement hospitalier de lui payer les rémunérations qu'elle estime lui être dues ne peuvent, en tout état de cause, qu'être rejetées.

Sur les conclusions indemnitaires :

11. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle ".

12. En l'absence de décision du centre hospitalier de Montrichard rejetant une demande préalable d'indemnisation, le contentieux n'est pas lié. Mme A n'est, dès lors, pas recevable à demander la condamnation de l'établissement hospitalier à lui verser la somme globale de 15 722 euros au titre des préjudices résultant de son licenciement.

Sur les frais liés au litige :

13. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du centre hospitalier de Montrichard une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. En revanche, ces dispositions s'opposent à ce qu'il soit fait droit aux conclusions présentées par le centre hospitalier de Montrichard au titre de frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : Les décisions du 17 janvier 2020 par lesquelles le centre hospitalier de Montrichard a prononcé le licenciement de Mme A et a mis fin à son contrat de travail à compter du 20 janvier 2020 sont annulées.

Article 2 : Le centre hospitalier de Montrichard versera à Mme A une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête et les conclusions présentées par le centre hospitalier de Montrichard en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetés.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A et au centre hospitalier de Montrichard.

Délibéré après l'audience du 29 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Rouault-Chalier, présidente,

M. Viéville, premier conseiller,

M. Nehring, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 octobre 2022.

Le rapporteur,

Virgile B

La présidente,

Patricia ROUAULT-CHALIER

La greffière,

Agnès BRAUD

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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