jeudi 20 mars 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2101374 |
| Type | Décision |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | SILVESTRE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 15 avril 2021 et le 23 octobre 2023, M. et Mme A, représentés par Me Bouillaguet, demandent au tribunal de condamner la commune de Préveranges à leur verser la somme de 40 000 euros en réparation du préjudice qu'ils estiment avoir subi du fait de l'information erronée délivrée par cette commune quant à l'implantation d'éoliennes à proximité de leur propriété.
Ils soutiennent que :
- la responsabilité pour faute de la commune de Préveranges est engagée dès lors que celle-ci leur a délivré une information erronée quant à l'implantation d'éoliennes à proximité de leur propriété ;
- ils subissent un préjudice tiré de la dépréciation de leur propriété en raison des troubles visuels et sonores induits par les deux éoliennes implantées à proximité de leur propriété et en raison de l'impossibilité d'exploiter une activité de gîtes ;
- ce préjudice présente un lien de causalité avec la faute commise par la commune.
Par deux mémoires en défense, enregistré le 30 juin 2022 et le 3 janvier 2025, la commune de Préveranges, représentée par Me Silvestre, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge des requérants sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- elle n'a commis aucune faute de nature à engager sa responsabilité ;
- les requérants ont commis une négligence fautive de nature à l'exonérer totalement de sa responsabilité ;
- sa responsabilité ne peut pas être engagée à défaut de lien de causalité entre la faute alléguée et le dommage prétendument subi par les requérants ;
- le préjudice allégué n'est pas certain dans son principe en l'absence de construction des éoliennes ;
- le préjudice allégué n'est pas certain dans son montant dès lors que les requérants ont déjà obtenu une indemnisation de 30 000 euros par les vendeurs et que le prix d'achat qu'ils ont versé est hors de proportion avec les données du marché de l'immobilier local.
Par une ordonnance du 19 février 2021, le président de la Cour administrative d'appel de Versailles a annulé la décision du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire d'Orléans en date du 15 janvier 2021 et a accordé aux requérants l'aide juridictionnelle totale.
Par ordonnance du 24 janvier 2025, la clôture d'instruction a été fixée au 24 février 2025.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Ploteau,
- les conclusions de Mme Best-De Gand, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. Par un courrier du 10 décembre 2020 reçu le 15 décembre suivant par la commune de Préveranges (Cher), M. et Mme A ont demandé l'indemnisation du préjudice qu'ils estiment avoir subi du fait de l'information erronée délivrée par la commune quant à l'absence de projet d'implantation éolienne sur le territoire de cette commune. Une décision implicite de rejet est née du silence gardé par l'administration.
Sur l'engagement de la responsabilité de la commune de Préveranges :
2. Il résulte de l'instruction que M. et Mme A, intéressés par l'achat d'un bien immobilier situé sur les parcelles cadastrées section AE nos 91 à 105 au lieudit des Moulières sur le territoire de la commune de Préveranges, ont, par l'intermédiaire d'un notaire, saisi le maire de cette commune afin qu'il renseigne diverses informations quant à la situation de ces parcelles. L'administration ainsi saisie a rempli le formulaire qui lui était soumis en indiquant notamment que le bien en cause " n'est pas situé dans une commune concernée par un projet d'implantation éolienne " et n'a dès lors pas communiqué une copie du plan de projet d'implantation des zones concernées demandée par M. et Mme A en cas de réponse positive. La commune de Préveranges, qui indique elle-même dans ses écritures qu'un projet éolien était en cours depuis plusieurs années à cette date, a ainsi délivré une information erronée à M. et Mme A. La communication de ces renseignements erronés constitue une faute.
3. Les requérants, qui ont acquis ledit bien le 3 janvier 2018, postérieurement à l'obtention de renseignements erronés, font valoir qu'ils auraient pu renoncer à leur projet d'achat ou demander une diminution du prix d'achat s'ils avaient été informés de l'implantation future d'éoliennes à proximité dudit bien. Ainsi, la faute commise par la commune de Préveranges a causé aux requérants un dommage de nature à engager la responsabilité de cette dernière. Si la commune de Préveranges fait valoir que les requérants ont fait preuve de négligence et ne pouvaient ignorer l'existence de ce projet eu égard à la parution d'articles dans la presse et au déroulement d'une enquête publique en 2013, il résulte de l'instruction et en particulier des articles de presse produits en défense que ce projet n'a eu un écho que dans la presse locale, alors que M. et Mme A résidaient antérieurement en-dehors de la région. En tout état de cause, la commune de Préveranges n'est pas fondée à soutenir que ces derniers ont fait preuve de négligence alors que, préalablement à l'achat du bien, ils ont interrogé les services municipaux spécifiquement sur la question de l'implantation d'éoliennes, et ont pu légitimement croire la réponse négative délivrée par la commune elle-même. Dans ces conditions, la responsabilité de la commune de Préveranges est engagée à l'égard de M. et Mme A.
Sur l'indemnisation du préjudice :
4. M. et Mme A demandent l'indemnisation du préjudice tiré de la dépréciation de leur propriété en raison des troubles visuels et sonores induits par les deux éoliennes implantées à proximité de leur propriété et en raison de l'impossibilité d'exploiter une activité de gîtes. Toutefois, les requérants peuvent seulement prétendre à l'indemnisation de la perte de chance de ne pas avoir renoncé à la vente ou négocié un prix d'achat inférieur. S'ils établissent avoir acquis leur bien pour la somme de 242 200 euros et produisent une estimation immobilière indiquant que la valeur moyenne du bien s'élève désormais à 151 032 euros, il résulte de l'instruction, et en particulier de l'étude concurrentielle contenue dans l'estimation immobilière produite par les requérants eux-mêmes, que des biens similaires du secteur ont été vendus en moyenne à 172 000 euros. Les requérants, qui n'ont pas répliqué à la suite de la contestation par la commune de Préveranges de la valeur initiale de leur bien, n'établissent pas que la valeur de leur bien était nettement supérieure à la valeur moyenne des biens similaires du secteur. Par suite, la commune de Préveranges justifie que le prix d'achat du bien a été surévalué par rapport au prix de vente moyen des biens similaires du secteur et que la perte de valeur vénale s'établit à environ 21 000 euros.
5. Par ailleurs, il résulte de l'instruction que les requérants ont déjà perçu une indemnisation des vendeurs d'un montant de 30 000 euros au titre de la perte de chance de ne pas contracter en raison du défaut d'information dont ils ont été victimes. Eu égard à l'ensemble de ces éléments, il résulte de l'instruction que leur préjudice a déjà été intégralement indemnisé. Par suite, les conclusions indemnitaires présentées par M. et Mme A dans la présente instance doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
6. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge des requérants la somme demandée par la commune de Préveranges au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. et Mme A est rejetée.
Article 2 : Les conclusions de la commune de Préveranges présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme C et B A et à la commune de Préveranges.
Délibéré après l'audience du 6 mars 2025, à laquelle siégeaient :
M. Lacassagne, président,
M. Gasnier, conseiller,
Mme Ploteau, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 mars 2025.
La rapporteure,
Coralie PLOTEAU
Le président,
Denis LACASSAGNE La greffière,
Marie-Josée PRECOPE
La République mande et ordonne au préfet du Cher en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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