jeudi 21 septembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2104310 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | DESMARS BELONCLE CABIOCH BARZ "DBCB" |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 30 novembre 2021 et le 24 mai 2022, Mme A E, représentée par Me Cabioch, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision implicite refusant de l'admettre au séjour, ainsi que l'arrêté du 21 avril 2022 de la préfète d'Indre-et-Loire portant refus de titre de séjour ;
2°) d'enjoindre au préfet d'Indre-et-Loire, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir et, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande de titre de séjour dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui remettre une autorisation provisoire de séjour, dans un délai de sept jours suivant cette notification ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- la décision implicite de refus de titre de séjour est entachée de défaut de motivation et d'un défaut d'examen réel et sérieux ;
- la décision attaquée a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière dès lors que la preuve n'est pas rapportée de l'émission d'un avis par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et qu'il n'est pas établi que le médecin qui a rédigé le rapport médical préalable n'a pas siégé au sein du collège ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que l'état de santé de son enfant mineur nécessite une prise en charge médicale dont le défaut est susceptible d'avoir des conséquences d'une extrême gravité et que les traitements médicamenteux et l'accompagnement médical dont il bénéficie sont indisponibles en Centrafrique, son pays d'origine ;
- la décision contestée méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle méconnaît les articles 2-2, 3-1, 3-2, 23, 24 et 28 de la convention de New York relative aux droits de l'enfant et est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle méconnaît le principe à valeur constitutionnelle de sauvegarde de la dignité de la personne humaine contre toute forme d'asservissement ou de dégradation, l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, les articles 1, 3, 4, 7, 21 et 26 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ainsi que les articles 3, 7, 11 et 24 de la convention internationale relative aux droits des personnes handicapées ;
- la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- l'ensemble des moyens soulevés est également dirigé contre l'arrêté du 21 avril 2022 qui est entaché des mêmes illégalités.
Par un mémoire en défense, enregistré le 24 mai 2022, la préfète d'Indre-et-Loire conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les demandes présentées par la requérante sont irrecevables en raison de leur tardiveté et que les moyens invoqués ne sont, en tout état de cause, pas fondés.
Mme E a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 19 novembre 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention relative au droit des personnes handicapées ;
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapporteur public, autorisé par Mme Rouault-Chalier, présidente de la formation de jugement, a été dispensé, sur sa proposition, d'avoir à prononcer des conclusions.
Le rapport de Mme Rouault-Chalier a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A C épouse B, ressortissante de la République centrafricaine née le 16 février 1975, est entrée en France le 24 juillet 2019 sous couvert d'un visa de court séjour accompagnée de son mari et de ses deux enfants, alors mineurs. Elle a sollicité le 21 août 2019 son admission au séjour dans le cadre des dispositions de l'article L. 421-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile afin d'accompagner la prise en charge médicale de son fils atteint de troubles de neurodéveloppement et a bénéficié, à ce titre, de trois autorisations provisoires de séjour successives délivrées, pour la période du 4 février 2020 au 5 décembre 2020, par la préfète d'Indre-et-Loire. Sa demande de renouvellement de cette autorisation présentée le 21 juillet 2020 étant, selon elle, restée sans réponse, une décision implicite de rejet est née à l'expiration du délai de quatre mois, dont elle demande l'annulation dans sa requête introductive d'instance. Le 11 mars 2021, Mme B C a sollicité un changement de statut afin de se voir délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié " sur le fondement des dispositions de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Après que la direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi du Centre-Val de Loire a émis le 31 mars 2021 un avis défavorable à cette demande, la préfète d'Indre-et-Loire a pris, le 6 août 2021, un arrêté par lequel elle a refusé à Mme E la délivrance d'un titre de séjour tant en qualité de salariée qu'au regard de l'état de santé de son fils et a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours à destination de son pays d'origine. Le 22 novembre 2021, l'intéressée a sollicité son admission exceptionnelle au séjour dans le cadre de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 21 avril 2022, la préfète d'Indre-et-Loire a refusé de faire droit à sa demande. Dans son mémoire enregistré le 24 mai 2022, Mme E a demandé l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision implicite de rejet née du silence gardé sur la demande présentée le 21 juillet 2020 :
En ce qui concerne l'étendue du litige :
2. Lorsque le silence gardé par l'administration sur une demande dont elle a été saisie a fait naître une décision implicite de rejet, une décision explicite de rejet intervenue postérieurement se substitue à la première décision. Dans ce cas, des conclusions aux fins d'annulation de cette première décision doivent être regardées comme dirigées contre la seconde.
3. Il ressort des pièces du dossier que, postérieurement à la décision implicite de rejet attaquée, la préfète d'Indre-et-Loire a, par un arrêté du 6 août 2021, expressément rejeté la demande de Mme E du 21 juillet 2020, en assortissant le refus de titre de séjour d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Cette décision s'étant substituée à la décision implicite de rejet initialement intervenue sur sa demande, les conclusions à fin d'annulation de Mme E dirigées à l'encontre de la décision implicite de rejet doivent être regardées comme dirigées contre l'arrêté de la préfète d'Indre-et-Loire du 6 août 2021 en tant qu'il refuse de lui délivrer un titre de séjour.
En ce qui concerne la légalité de la décision portant refus de titre de séjour :
4. En premier lieu, l'arrêté du 6 août 2021 vise les articles L. 121-1 et suivants du code des relations entre le public et l'administration ainsi que les articles L. 425-9 et L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il indique que le fils de la requérante ne remplit pas les conditions fixées par ces dispositions, le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ayant estimé dans son avis du 31 mars 2021 que l'état de santé de l'enfant nécessite une prise en charge médicale dont le défaut ne devrait pas entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qu'au vu des éléments du dossier il peut voyager sans risque vers son pays d'origine. De même, la préfète précise qu'aucun élément du dossier ni aucune circonstance particulière ne justifie de s'écarter de cet avis. L'arrêté attaqué comporte également des éléments concernant la situation familiale et personnelle de la requérante et constate que le refus de titre de séjour ne porte pas une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Enfin, la préfète a également relevé que la requérante n'allègue pas être exposée à des risques de traitements contraires à l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, en cas de retour en République centrafricaine. La décision litigieuse comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Le moyen tiré de l'insuffisance de la motivation doit donc être écarté.
5. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'avant de refuser de délivrer un titre de séjour à Mme D, la préfète d'Indre-et-Loire n'aurait pas procédé à un examen complet et sérieux de sa situation. Le moyen tiré d'un tel défaut d'examen doit donc être écarté.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. () ". Aux termes de l'article R. 425-12 de ce code : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre, dans les conditions prévues par l'arrêté mentionné au deuxième alinéa du même article. () ". Aux termes de l'article R. 425-13 du même code : " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. () ".
7. La requérante se prévaut de ce que l'avis médical concernant son fils n'est pas produit, ce qui ne permet pas de s'assurer de la régularité de la procédure suivie en amont du refus de délivrance du titre de séjour, au regard des dispositions des articles R. 425-11 à R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, l'avis médical du 31 mars 2021 communiqué en cours d'instance comporte la date, le nom, la qualité et la signature des trois médecins l'ayant émis. Il ressort de cet avis que le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration s'est prononcé sur l'intégralité de la situation médicale du fils de la requérante, en apportant les précisions sur son état de santé exigées par l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016. En outre, il ressort du même document, qui mentionne l'identité des trois médecins l'ayant émis ainsi que celle du médecin rapporteur, que ce dernier n'a pas siégé au sein du collège ayant rendu l'avis. Cet avis étant de nature à permettre à la préfète de prendre une décision de façon éclairée quant à la nécessité de délivrer un titre de séjour à la requérante, cette dernière n'est, par suite, pas fondée à soutenir que la consultation du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration serait entachée de vices de procédure.
8. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les parents étrangers de l'étranger mineur qui remplit les conditions prévues à l'article L. 425-9, (), se voient délivrer, sous réserve qu'ils justifient résider habituellement en France avec lui et subvenir à son entretien et à son éducation, une autorisation provisoire de séjour d'une durée maximale de six mois. () / Elle est délivrée par l'autorité administrative, après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans les conditions prévues à l'article L. 425-9 ". Aux termes de l'article L. 425-9 du même code : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. () ".
9. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.
10. En l'espèce, pour refuser à Mme D le renouvellement de l'autorisation provisoire de séjour dont elle bénéficiait en qualité d'accompagnante de son fils mineur étranger malade, la préfète s'est fondée sur l'avis du collège des médecins qui a considéré que l'intéressé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut ne devrait pas entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Pour contredire cet avis, la requérante fait valoir que son fils souffre de troubles de neurodéveloppement se caractérisant par un trouble du développement cognitif entrainant des conséquences au niveau scolaire, social et familial. A l'appui de ses dires, la requérante produit des justificatifs de consultation au pôle psychiatrie du centre hospitalier régional universitaire de Tours et un bilan d'orthophonie diagnostiquant chez l'enfant un retard de développement du langage ainsi qu'un retard d'acquisition du langage écrit s'inscrivant dans le cadre de difficultés cognitives plus globales et préconisant des soins orthophoniques. La requérante produit également une décision de la Commission des droits et de l'autonomie qui évalue le taux d'incapacité de son fils de 50 % à 80 % et préconise son orientation dans un institut médico éducatif. Toutefois, ces documents, qui se bornent à faire état du besoin de l'enfant de Mme D de bénéficier d'une scolarisation adaptée, ne sont pas de nature à remettre en cause les conclusions des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration quant aux conséquences sur son état de santé d'un éventuel arrêt de sa prise en charge. Dans ces conditions, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la préfète d'Indre-et-Loire aurait entaché sa décision d'erreur d'appréciation en refusant, au vu de l'avis du 31 mars 2021 du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour au titre de l'accompagnement de son enfant mineur.
11. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ". Aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
12. Il ressort des pièces du dossier qu'à la date de la décision attaquée, Mme D n'était présente sur le territoire national que depuis deux ans. La requérante fait valoir qu'elle est très bien intégrée socialement en France, où vivent des membres de sa famille et où elle entretient des relations avec ses collègues et employeurs. Toutefois, la requérante ne conteste pas ne pas être dépourvue d'attaches personnelles et familiales dans son pays d'origine où elle a vécu jusqu'à l'âge de quarante-quatre ans et où résident toujours ses deux autres enfants, ses parents et son époux. Par ailleurs, et alors que, d'une part, la décision attaquée n'a pas pour effet de la séparer de son fils malade et que, d'autre part, son autre fils présent en France y séjourne sous couvert d'un titre de séjour portant la mention " étudiant ", rien ne fait obstacle à ce que la requérante reconstitue sa cellule familiale en République centrafricaine. Enfin, les circonstances qu'elle bénéficie d'un contrat de travail à durée indéterminée en qualité d'agent de service à temps partiel pour une durée hebdomadaire de vingt-et-une heures et qu'elle maîtrise le français, ne suffisent pas à justifier d'une particulière insertion dans la société française. Dans ces conditions, en refusant d'accorder un titre de séjour à Mme D, la préfète d'Indre-et-Loire n'a pas méconnu les dispositions précitées de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle n'a pas, pour les mêmes motifs, entaché sa décision d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de la requérante.
13. En sixième lieu, aux termes de l'article 2-2 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Les Etats parties prennent toutes les mesures appropriées pour que l'enfant soit effectivement protégé contre toutes formes de discrimination ou de sanction motivées par la situation juridique, les activités, les opinions déclarées ou les convictions de ses parents, de ses représentants légaux ou des membres de sa famille. ". Aux termes de l'article 3-1 de cette même convention : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Aux termes de son article 3-2 : " Les Etats parties s'engagent à assurer à l'enfant la protection et les soins nécessaires à son bien-être, compte tenu des droits et des devoirs de ses parents, de ses tuteurs ou des autres personnes légalement responsables de lui, et ils prennent à cette fin toutes les mesures législatives et administratives appropriées. ". L'article 23 de la convention dispose : " 1. Les Etats parties reconnaissent que les enfants mentalement ou physiquement handicapés doivent mener une vie pleine et décente, dans des conditions qui garantissent leur dignité, favorisent leur autonomie et facilitent leur participation active à la vie de la collectivité. 2. Les Etats parties reconnaissent le droit à des enfants handicapés de bénéficier de soins spéciaux et encouragent et assurent, dans la mesure des ressources disponibles, l'octroi, sur demande, aux enfants handicapés remplissant les conditions requises et à ceux qui en ont la charge, d'une aide adaptée à l'état de l'enfant et à la situation de ses parents ou de ceux à qui il est confié. ". Aux termes de l'article 24 de cette convention : " Les Etats parties reconnaissent le droit de l'enfant de jouir du meilleur état de santé possible et de bénéficier de services médicaux et de rééducation. Ils s'efforcent de garantir qu'aucun enfant ne soit privé du droit d'avoir accès à ces services. ". Enfin, son article 28 prévoit que : " Les Etats parties reconnaissent le droit de l'enfant à l'éducation, et en particulier, en vue d'assurer l'exercice de ce droit progressivement et sur la base de l'égalité des chances ".
14. D'une part, Mme D ne saurait utilement invoquer la violation des stipulations des articles 2-2, 3-2, 23, 24 et 28 de la convention internationale des droits de l'enfant, qui ne créent des obligations qu'à l'égard des Etats parties à cette convention et ne produisent pas d'effet direct à l'égard des particuliers.
15. D'autre part, Mme D fait valoir que la scolarisation en France de son fils lui permet de disposer d'un accompagnement adapté à son handicap dont il ne pourrait pas, en revanche, bénéficier en cas de retour dans leur pays d'origine. Si elle produit à l'appui de ses allégations, un article de portée générale invoquant le faible taux de scolarisation et les problèmes économiques en Centrafrique, ce document, qui ne se prononce pas de manière spécifique sur les difficultés de scolarisation dans ce pays pour les enfants atteints de handicap, ne permet pas d'établir que son fils ne pourrait pas y bénéficier d'une scolarité appropriée. Ainsi, et alors que le refus de séjour attaqué n'a pas pour effet de séparer la requérante de son enfant pas plus qu'il n'implique, en lui-même, l'éloignement des intéressés vers leur pays d'origine, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision contestée de la préfète d'Indre-et-Loire méconnaîtrait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ni qu'elle serait entachée d'une erreur de fait et d'une erreur d'appréciation.
16. En septième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou des traitements inhumains ou dégradants ".
17. Le moyen tiré de la violation de ces stipulations est inopérant à l'encontre de la décision attaquée de refus de délivrance d'une autorisation provisoire de séjour, laquelle n'a ni pour objet ni pour effet d'entraîner le retour de la requérante et de son enfant en République centrafricaine. En tout état de cause, en se bornant à se prévaloir d'un article de " Human rights watch " faisant état des dangers auxquels sont exposées les personnes atteintes de handicap en Centrafrique, Mme D n'établit pas que son fils encourrait un risque réel et personnel de subir des traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans leur pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté fixant le pays de destination méconnaîtrait les stipulations précitées de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, les moyens tirés de ce que la décision contestée méconnaît le principe à valeur constitutionnelle de sauvegarde de la dignité de la personne humaine contre toute forme d'asservissement ou de dégradation, la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et les articles 3, 7, 11 et 24 de la convention internationale relative aux droits des personnes handicapées doivent être écartés.
18. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".
19. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la demande de titre de séjour de Mme D reposait sur d'autres motifs que l'état de santé de son fils et sa qualité de salariée sur le fondement de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La requérante ne peut en conséquence utilement se prévaloir de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile au regard desquelles la préfète n'était pas tenue d'examiner sa situation.
Sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 21 avril 2022 :
20. En premier lieu, l'arrêté attaqué vise le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en particulier son article L. 435-1 et la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, notamment ses articles 3 et 8, et précise les circonstances de fait propres à la situation de la requérante, notamment son identité, les conditions de son entrée et de son séjour sur le territoire français. Il mentionne la situation familiale de l'intéressée et indique qu'elle a présenté un contrat de travail et une promesse d'embauche. Dès lors, cet arrêté, qui n'avait pas à faire mention de l'ensemble des éléments relatifs à la situation personnelle de Mme D, comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et permet ainsi à la requérante d'en contester utilement le bien-fondé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de cet arrêté ne peut qu'être écarté.
21. En deuxième lieu, il ne ressort ni des pièces du dossier, ni des termes de l'arrêté contesté que la préfète n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de la requérante.
22. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme D ait sollicité son admission au séjour sur un autre fondement que les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il ressort par ailleurs des termes de l'arrêté attaqué que la préfète n'a pas examiné le droit au séjour de l'intéressée sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 425-9 et L. 425-10 du même code. Dans ces conditions, la requérante ne peut utilement soutenir que la décision attaquée aurait été prise à l'issue d'une procédure irrégulière en l'absence de production de l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et qu'elle serait entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de la situation médicale de son fils.
23. En quatrième lieu, la demande de titre de séjour de Mme D n'ayant été ni présentée ni examinée sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le moyen tiré de la méconnaissance de ce texte doit être écarté comme inopérant.
24. En cinquième lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'elle fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ". En présence d'une demande de régularisation présentée par un étranger sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il appartient à l'autorité administrative de vérifier si l'admission exceptionnelle au séjour de l'intéressé par la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels. Un demandeur qui justifierait d'une promesse d'embauche ou d'un contrat de travail ne saurait être regardé, par principe, comme attestant, par là même, des " motifs exceptionnels " exigés par la loi. Il appartient, en effet, à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, d'examiner, notamment, si la qualification, l'expérience et les diplômes de l'étranger ainsi que les caractéristiques de l'emploi auquel il postule, de même que tout élément de sa situation personnelle dont l'étranger ferait état à l'appui de sa demande, tel que l'ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour.
25. Il ne ressort pas des pièces du dossier, compte tenu de la situation de Mme D telle qu'elle a été exposée aux points 10 et 12, que son admission exceptionnelle au séjour répondrait à des considérations humanitaires ou se justifierait au regard de motifs exceptionnels. En particulier, et ainsi qu'il a été dit précédemment, la requérante est entrée en France en 2019. Par ailleurs, si elle se prévaut de la situation médicale de son fils, ce dernier a pu bénéficier d'une prise en charge médicale dont il est désormais établi que le défaut ne devrait pas entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Enfin, le contrat de travail qu'elle produit n'est pas de nature à permettre son admission exceptionnelle au séjour en qualité de salariée. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
26. En sixième lieu, Mme D soutient que la décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les stipulations des articles 2-2, 3-1, 3-2, 23, 24 et 28 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et qu'elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation personnelle. Toutefois, ces moyens doivent être écartés par les mêmes motifs que ceux énoncés, respectivement, au point 12 et aux points 14 et 15 du présent jugement.
27. En dernier lieu, pour les motifs exposés au point 17, les moyens tirés de la méconnaissance du principe à valeur constitutionnelle de sauvegarde de la dignité de la personne humaine contre toute forme d'asservissement ou de dégradation, de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, des articles 1, 3, 4, 7, 21 et 26 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ainsi que des articles 3, 7, 11 et 24 de la convention internationale relative aux droits des personnes handicapées doivent être écartés.
28. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée par la préfète d'Indre-et-Loire en défense, que les conclusions présentées par Mme D tendant à l'annulation des arrêtés du 6 août 2021 et du 21 avril 2022 de la préfète d'Indre-et-Loire doivent être rejetées. Il en est de même, par voie de conséquence, de ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que de celles relatives aux frais du litige.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D et au préfet d'Indre-et-Loire.
Délibéré après l'audience du 7 septembre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Rouault-Chalier, présidente,
Mme Palis De Koninck, première conseillère,
Mme Bernard, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 septembre 2023.
La présidente-rapporteure,
Patricia ROUAULT-CHALIER
L'assesseure la plus ancienne,
Mélanie PALIS DE KONINCK
La greffière,
Agnès BRAUD
La République mande et ordonne au préfet d'Indre-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Conseil d'État — N° 516229
Le juge des référés du Conseil d'État a rejeté la requête de M. B... qui demandait la suspension de l'exécution de la loi du pays n° 2026-4 du 15 mai 2026 portant création du code des douanes de Polynésie française. Le requérant invoquait une atteinte grave à plusieurs libertés fondamentales, mais le juge a estimé qu'il n'apportait aucun élément caractérisant une situation d'urgence justifiant une mesure de sauvegarde à très bref délai. La décision a été prise sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, en application de la procédure simplifiée prévue à l'article L. 522-3 du même code.
01/06/2026
Conseil d'État — N° 515333
Le juge des référés du Conseil d'État a rejeté la requête de Mme A..., magistrate, qui demandait le report et l'encadrement de ses auditions par l'inspection générale de la justice (IGJ) dans le cadre d'une enquête administrative. La requérante invoquait une atteinte grave à ses droits de la défense, à sa dignité et à l'indépendance juridictionnelle. Le juge a estimé que l'audition prévue du 4 au 7 mai 2026, qui ne préjugeait pas de l'issue de l'enquête ni d'éventuelles poursuites disciplinaires, n'était pas susceptible de porter une atteinte manifestement disproportionnée à ses droits. La décision a été prise sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, la condition d'urgence n'étant pas retenue comme caractérisant une illégalité grave.
03/05/2026
Conseil d'État — N° 509298
Le Conseil d'État rejette la requête de M. A... pour défaut d'intérêt à agir, les circonstances invoquées (qualité de citoyen, d'usager ou de professionnel) n'étant pas suffisamment directes et certaines pour contester la nomination du président du conseil d'administration de l'OFII. La portée de cette décision est de rappeler la rigueur du contrôle de l'intérêt à agir en matière de nominations aux emplois publics.
09/04/2026