vendredi 18 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2200173 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | CABINET STRATEM AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 17 janvier 2022 et le 27 septembre 2022, Mme A B, représentée par la SELARL Stratem avocats, demande au tribunal :
1°) d'annuler le courrier du 4 novembre 2021 par lequel le directeur départemental des finances publiques d'Indre-et-Loire lui a notifié les conclusions du contrôle réalisé à son encontre, constatant l'absence d'éligibilité pour bénéficier de l'aide d'Etat et impliquant la récupération des sommes indûment perçues s'élevant à 10 704 euros ;
2°) d'annuler les titres de perception émis le 20 décembre 2021 pour le recouvrement de sommes de 445 euros pour la période de juin 2020, 1 454 euros pour la période de janvier 2021 et 777 euros pour la période de février 2021 et de ramener l'indu à 9 755 euros ;
3°) de moduler les sommes dues et les ramener à plus juste proportion, soit 5 000 euros ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision du 4 novembre 2021 et les titres de perception émis le 20 décembre 2021 ne sont pas signés ;
- l'indu doit être ramené à 9 755 euros : elle reconnaît s'être trompée dans ses déclarations, ayant cru qu'il fallait faire une moyenne de son chiffre d'affaires alors que, en réalité, l'administration attendait que l'on sollicite une aide à hauteur du chiffre d'affaires réalisé sur l'année N-1 et surtout sur le chiffre d'affaires encaissé au fil des mois et non pas celui réellement facturé ; en reprenant le chiffre d'affaires encaissé sur la période de mars 2019 à février 2020 et en faisant la compensation avec le montant de l'aide obtenue, elle obtient un indu de 9 755 euros et non de 10 704 euros ;
- elle a été durement frappée par la période de l'épidémie de covid et l'est toujours à ce jour puisque certaines prestations n'ont pas encore repris, comme ses interventions à domicile pour la ligue contre le cancer et ses interventions pour l'APAJ ; elle est financièrement exsangue et incapable de rembourser une telle somme ; c'est pourquoi elle demande une modulation des sommes dues afin qu'elles soient ramenées à 5 000 euros.
Par un mémoire enregistré le 10 juin 2022, le directeur régional des finances publiques du Centre-Val de Loire et du département du Loiret conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- le quantum du litige est limité à 2 676 euros,
- les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible d'être fondé sur trois moyens relevés d'office, tirés de :
- l'irrecevabilité des conclusions à fin d'annulation du courrier du 4 novembre 2021, par lequel la direction départementale des finances publiques d'Indre-et-Loire a notifié à Mme B les conclusions du contrôle réalisé à son encontre, constatant l'absence d'éligibilité pour bénéficier de l'aide de l'Etat, cette décision constituant une mesure préparatoire qui n'est pas susceptible de recours,
- l'irrecevabilité des conclusions dirigées contre les titres de perception émis le 20 décembre 2021 en raison de l'absence de recours administratif préalable obligatoire, en méconnaissance des dispositions de l'article 118 du décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique,
- l'irrecevabilité des conclusions à fin de modulation des sommes dues dès lors qu'il n'appartient pas au juge administratif d'accorder une remise gracieuse de tout ou partie d'une créance publique.
Par une ordonnance du 21 mars 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 12 avril 2024.
Un mémoire présenté pour Mme B a été enregistré le 1er octobre 2024, postérieurement à la clôture de l'instruction.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- l'ordonnance n° 2020-317 du 25 mars 2020 ;
- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 ;
- le décret n° 2020-371 du 30 mars 2020 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Le Toullec,
- et les conclusions de Mme Doisneau-Herry, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. L'ordonnance du 25 mars 2020 susvisée a institué un fonds de solidarité ayant pour objet le versement d'aides financières aux personnes physiques et morales de droit privé exerçant une activité économique particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation de l'épidémie de covid-19 et des mesures prises pour en limiter la propagation. Son article 3-1 prévoit que les agents de la direction générale des finances publiques peuvent demander à tout bénéficiaire du fonds communication de tout document relatif à son activité, notamment administratif ou comptable, permettant de justifier de son éligibilité et du correct montant de l'aide reçue pendant cinq années à compter de la date de son versement. Le paragraphe II de cet article prévoit notamment qu'" En cas d'irrégularités constatées, d'absence de réponse ou de réponse incomplète à la demande prévue au premier alinéa, les sommes indûment perçues font l'objet d'une récupération selon les règles et procédures applicables en matière de créances étrangères à l'impôt et au domaine () ".
2. Mme B, qui exerce une activité de socio-esthéticienne en tant qu'auto-entrepreneure, a perçu, pour la période de mars 2020 à avril 2021, un montant total de 19 213 euros au titre de l'aide versée par le fonds de solidarité à destination des entreprises particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation de l'épidémie de covid-19 et des mesures prises pour limiter cette propagation. Par courriers du 2 août 2021 puis du 4 novembre 2021, le directeur départemental des finances publiques d'Indre-et-Loire lui a notifié les conclusions du contrôle réalisé à son encontre, constatant l'absence d'éligibilité pour bénéficier de l'aide d'Etat et indiquant le montant des sommes indûment perçues, devant donnant lieu à récupération, s'élevant, dans un premier temps, à 8 028 euros et couvrant la période de mars 2020 à décembre 2020 et, dans un second temps, à 10 704 euros et couvrant la période de mars 2020 à février 2021. Par ces courriers, elle l'a également informée que des titres de perception seraient émis à son encontre pour récupérer le trop-versé. Un premier titre de perception a été émis le 21 octobre 2021 pour un montant de 8 028 euros et trois autres le 20 décembre 2021 pour un montant de 445 euros concernant la période de juin 2020, 1 454 euros concernant la période de janvier 2021 et 777 euros concernant la période de février 2021. Par la présente requête, Mme B demande l'annulation du courrier du 4 novembre 2021 et l'annulation des titres de perception émis le 20 décembre 2021. Elle demande également au tribunal de " moduler les sommes dues et les ramener à plus juste proportion, en l'espèce 5 000 euros ".
Sur les conclusions à fin d'annulation du courrier du 4 novembre 2021 :
3. Par le courrier contesté du 4 novembre 2021, le directeur départemental des finances publiques d'Indre-et-Loire a notifié à la requérante les conclusions du contrôle effectué concernant son éligibilité aux aides exceptionnelles qui lui ont été attribuées au titre du fonds de solidarité, institué à destination des entreprises particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation de l'épidémie de covid-19. Il a ainsi constaté, après avoir rappelé que Mme B avait obtenu le versement d'une somme de 19 213 euros sur la base d'éléments déclaratifs, que l'intéressée ne remplissait pas les conditions relatives à la perte de chiffre d'affaires prévues par le décret du 30 mars 2020 relatif au fonds de solidarité et que les sommes versées à tort s'élevaient à 10 704 euros. Il l'a également informée qu'un titre de perception de 10 704 euros sera émis à son encontre. Ce courrier, qui n'a pas pour effet de retirer une décision créatrice de droits, se borne à annoncer qu'une créance est constatée et donnera lieu ultérieurement à l'émission d'un titre exécutoire, sans, par ailleurs, préciser qu'un remboursement spontané antérieurement à l'émission du titre est possible. Il revêt donc un caractère purement préparatoire et ne fait, par suite, pas grief. La circonstance que ce document comporte des mentions indiquant les voies et délais de recours ne saurait lui conférer la nature d'un acte faisant grief, alors au demeurant qu'une voie de recours spécialement prévue permet de contester le titre de perception. Dès lors, le courrier litigieux du 4 novembre 2021 ne constitue pas un acte susceptible de recours. Par suite, les conclusions à fin d'annulation de ce courrier sont irrecevables et ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les conclusions aux fins d'annulation des titres de perception :
4. Aux termes de l'article 117 du décret du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique : " Les titres de perception émis en application de l'article L. 252 A du livre des procédures fiscales peuvent faire l'objet de la part des redevables. / 1° Soit d'une contestation portant sur l'existence de la créance, son montant ou son exigibilité () ". Aux termes de l'article 118 du même décret : " En cas de contestation d'un titre de perception, avant de saisir la juridiction compétente, le redevable doit adresser cette contestation, appuyée de toutes pièces ou justifications utiles, au comptable chargé du recouvrement de l'ordre de recouvrer. / Le droit de contestation d'un titre de perception se prescrit dans les deux mois suivant la notification du titre ou, à défaut, du premier acte de poursuite qui procède du titre en cause. / Le comptable compétent accuse réception de la contestation en précisant sa date de réception ainsi que les délais et voies de recours. Il la transmet à l'ordonnateur à l'origine du titre qui dispose d'un délai pour statuer de six mois à compter de la date de réception de la contestation par le comptable. A défaut d'une décision notifiée dans ce délai, la contestation est considérée comme rejetée. / La décision rendue par l'administration en application de l'alinéa précédent peut faire l'objet d'un recours devant la juridiction compétente dans un délai de deux mois à compter de la date de notification de cette décision ou, à défaut de cette notification, dans un délai de deux mois à compter de la date d'expiration du délai prévu à l'alinéa précédent ".
5. En vertu des dispositions précitées, le redevable doit, avant de saisir la juridiction compétente, former un recours administratif préalable devant le comptable ayant pris en charge le titre de perception en litige. Une telle obligation s'impose à peine d'irrecevabilité du recours contentieux contre ce titre de perception.
6. Il ne résulte pas de l'instruction que la requérante, qui conteste le bien-fondé des titres de perception émis à son encontre le 20 décembre 2021, a formé un recours préalable auprès du comptable ayant pris en charge ces titres avant de saisir le juge. Il s'en suit que les conclusions à fin d'annulation de ces titres sont irrecevables et ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les conclusions aux fins de modulation :
7. Le requérante demande la modulation des sommes dues au motif qu'elle a été durement frappée par la période du covid et l'est toujours à ce jour puisque certaines prestations n'ont pas encore repris, comme ses interventions à domicile pour la ligue contre le cancer et ses interventions pour l'APAJ et que, financièrement exsangue, elle est incapable de rembourser la totalité de ces sommes.
8. Toutefois, il n'appartient pas au juge administratif d'accorder une remise gracieuse de tout ou partie d'une créance publique. Les conclusions présentées à ce titre sont par suite irrecevables et ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais de l'instance :
9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que Mme B demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête présentée par Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au ministre auprès du Premier ministre, chargé du budget et des comptes publics.
Copie en sera adressée à la directrice régionale des finances publiques du Centre-Val de Loire et du département du Loiret.
Délibéré après l'audience du 4 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Dorlencourt, président,
Mme Le Toullec, première conseillère,
M. Lardennois, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 octobre 2024.
La rapporteure,
Hélène LE TOULLEC
Le président,
Frédéric DORLENCOURTLa greffière,
Isabelle METEAU
La République mande et ordonne au ministre auprès du Premier ministre, chargé du budget et des comptes publics en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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