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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2200290

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2200290

mardi 6 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2200290
TypeDécision
Avocat requérantBOULLAY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 24 janvier 2022, M. F C, représenté par

Me Johann Boullay, demande au juge des référés :

1) sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, de prescrire une expertise médicale en vue de déterminer l'ensemble de ses préjudices personnels subis du fait de son accident du 17 mai 2019 reconnu imputable au service par décision du 1er juillet 2021 du directeur de l'établissement public de santé mentale Georges Daumezon à Fleury-lès-Aubrais ;

2) de mettre à la charge de l'établissement public de santé mentale Georges Daumezon la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il occupe l'emploi d'aide-soignant titulaire dans le centre hospitalier ;

- le 17 mai 2019, il a été victime d'un choc psychologique à la suite d'un incident d'une particulière intensité avec un patient schizophrène ;

- le 20 mai 2019, il a fait une déclaration d'accident du travail ;

- l'arrêt de travail a été prolongé par périodes successives compte tenu de la persistance des angoisses et d'une nécessité d'un suivi post-traumatique ;

- il est encore en arrêt de travail à ce jour ;

- par ailleurs, il a commencé à développer des troubles fonctionnels en novembre 2019 qui se sont transformés en troubles de la marche qui a nécessité une hospitalisation au centre de rééducation fonctionnelle et d'appareillage " Le Côteau " à la Chapelle-Saint-Mesmin du 20 au 31 juillet 2020 ;

- il a consulté un neurologue du centre hospitalier régional d'Orléans le 7 août 2020 qui a écarté une pathologie neurologique ou neuromusculaire dégénérative ;

- il a consulté un psychiatre le 10 décembre 2020 qui a diagnostiqué un syndrome d'étio-pathologie psychique ;

- en janvier 2021, un expert psychiatre concluait à l'imputabilité de son état à ses conditions de travail ;

- par décision du 1er juillet 2021, le directeur du centre hospitalier a reconnu imputable au services ses troubles neurologiques et psychologiques et, par décision du 13 août 2021, l'a placé en congé pour accident de service du 2 septembre 2019 au 31 décembre 2021.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 avril 2022, l'Etablissement public de santé mentale du Loiret Georges Daumezon, représenté par la Selarl Casadei-Jung, demande au juge des référés de lui donner acte de ses protestations et réserves à la mesure d'expertise sollicitée et de rejeter les surplus des demandes de M. C.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. E en application de l'article L. 222-2-1 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande d'expertise :

1. Aux termes du premier alinéa de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction. ".

2. L'utilité d'une mesure d'instruction ou d'expertise qu'il est demandé au juge des référés d'ordonner sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative doit être appréciée, bien que ce juge ne soit pas saisi du principal, au regard de l'intérêt que la mesure présente dans la perspective d'un litige principal, actuel ou éventuel, auquel elle est susceptible de se rattacher. A ce dernier titre, il ne peut faire droit à une demande d'expertise lorsque, en particulier, elle est formulée à l'appui de prétentions qui ne relèvent manifestement pas de la compétence de la juridiction administrative, qui sont irrecevables ou qui se heurtent à la prescription.

3. La demande de M. C est motivée par l'action indemnitaire qu'il envisage d'engager contre l'établissement public de santé mentale du Loiret Georges Daumezon en vue d'obtenir la réparation de l'ensemble de ses préjudices personnels consécutifs à son accident du 17 mai 2019 reconnu imputable au service par décision du 1er juillet 2021 du directeur de l'établissement public. D'une part, en l'absence même de toute faute de l'administration, l'intéressé peut prétendre, au titre de l'obligation des collectivités publiques de garantir leurs agents contre les risques qu'ils peuvent courir dans l'exercice de leurs fonctions, à une indemnisation couvrant les préjudices résultant de troubles de santé imputables au service et ne donnant pas lieu à une réparation forfaitaire par les prestations prévues par les dispositions statutaires applicables. D'autre part, la demande d'expertise de l'intéressé a pour objet de déterminer l'étendue et l'évaluation de ses différents préjudices personnels en lien avec son accident du 17 mai 2019 ainsi que sur l'éventuelle consolidation de son état de santé.

4. Le litige susceptible d'opposer le requérant à l'établissement public de santé mentale du Loiret Georges Daumezon relève de la compétence de la juridiction administrative. Par ailleurs, la mesure d'expertise demandée par l'intéressé apparaît utile et entre dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article R. 532-1 du code de justice administrative. Il y a lieu, dès lors, d'y faire droit, de désigner un collège d'experts et de fixer la mission des experts comme il est précisé à l'article 1er de la présente ordonnance.

Sur les conclusions de l'établissement public de santé mentale du Loiret Georges Daumezon tendant à lui donner acte de ses protestations et réserves :

5. L'établissement public de santé mentale du Loiret Georges Daumezon demande de lui donner acte de ses protestations et réserves. Il n'appartient pas au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, de donner acte de telles protestations et réserves.

Sur les frais liés au litige :

6. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ". Ces dispositions ont notamment pour objet de permettre l'indemnisation de la personne qui a dû s'adresser à une juridiction pour faire valoir ses droits, dès lors qu'elle a obtenu que soit prescrite une mesure utile pour y parvenir. Il en est ainsi d'une demande d'expertise formée devant une juridiction, laquelle est à elle seule de nature à ouvrir une instance au sens de ces mêmes dispositions.

7. Pour s'opposer à la demande présentée par le requérant au titre des dispositions citées au point 6, l'établissement public de santé mentale du Loiret Georges Daumezon fait valoir qu'il ne peut être considéré comme la partie perdante à un procès dont le fond n'est pas tranché. Toutefois, dès lors qu'il est fait droit à la demande d'expertise du requérant, ce dernier est fondé à demander le bénéfice des dispositions précitées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. La circonstance que l'établissement public de santé mentale du Loiret Georges Daumezon ne s'oppose pas à la mesure d'expertise demandée ne fait pas obstacle à ce qu'il soit regardé comme ayant la qualité de partie perdante pour l'application des dispositions de l'article L. 761-1. En l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'établissement public de santé mentale du Loiret Georges Daumezon la somme de 1 000 euros que demande M. C au titre des frais exposés par lui au titre de la présente instance et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : Le docteur G D, psychiatre, domicilié Centre hospitalier Georges Sand, 77 rue Louis Mallet à Bourges (18000) et le docteur B A, neurochirurgien, domicilié 17 rue du Chaudron à Tours (37100), sont désignés en qualité d'experts avec pour mission :

1°) de se faire communiquer tous documents relatifs à l'état de santé de M. F C et, notamment, tous documents relatifs au suivi médical, aux actes de soins et aux diagnostics pratiqués sur lui à raison de son accident du 17 mai 2019 reconnu imputable au service par décision du 1er juillet 2021 du directeur de l'établissement public de santé mentale Georges Daumezon à Fleury-lès-Aubrais ; convoquer et entendre les parties et tous sachants ; procéder à l'examen sur pièces du dossier médical de M. C ainsi qu'éventuellement à son examen clinique ;

2°) de dire si les troubles dont M. C est atteint du fait de son accident sont consolidés et de fixer, le cas échéant, la date de consolidation ; dans le cas où cet état ne serait pas encore consolidé, indiquer, si dès à présent, une incapacité permanente partielle est prévisible et en évaluer l'importance ;

3°) de donner son avis sur l'existence de préjudices extra patrimoniaux, avant et après consolidation, qui seraient liés à l'accident de M. C (souffrances endurées, préjudice esthétique, préjudice d'agrément spécifique, préjudice psychologique) et le cas échéant, en évaluer l'importance, en distinguant la part imputable (pourcentage) à l'accident de celle ayant pour origine toute autre cause ou pathologie, eu égard, notamment aux antécédents médicaux de l'intéressé ;

4°) de donner son avis sur la répercussion de la maladie professionnelle constatée sur la vie personnelle de M. C ;

5°) d'une manière générale, d'apporter tous éléments qui seraient utiles à la solution du litige par la juridiction éventuellement saisie et, notamment, ceux permettant d'évaluer l'ensemble des préjudices de M. C.

Article 2 : Les opérations d'expertise auront lieu contradictoirement entre, d'une part,

M. C et, d'autre part, les représentants de l'établissement public de santé mentale du Loiret Geoges Daumezon.

Article 3 : Les experts accompliront leur mission dans les conditions prévues aux articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Ils ne pourront recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable du président du tribunal administratif.

Article 4 : Préalablement à toute opération, les experts prêteront serment dans les formes prévues à l'article R. 621-3 du code de justice administrative.

Article 5 : Les experts avertiront les parties conformément aux dispositions de l'article R. 621-7 du code de justice administrative.

Article 6 : Les experts déposeront leur rapport définitif au greffe du tribunal en deux exemplaires avant le 31 janvier 2023. Des copies seront notifiées par les experts aux parties intéressées. Avec leur accord, cette notification pourra s'opérer sous forme électronique. Les experts justifieront auprès du tribunal de la date de réception de son rapport par les parties.

Article 7 : Les frais et honoraires de l'expertise seront mis à la charge de la ou des parties désignées dans l'ordonnance par laquelle le président du tribunal liquidera et taxera ces frais et honoraires.

Article 8 : L'établissement public de santé mentale du Loiret Georges Daumezon versera la somme de 1 000 euros à M. C au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 9 : Les conclusions de l'établissement public de santé mentale du Loiret Georges Daumezon tendant à lui donner acte de ses protestations et réserves sont rejetées.

Article 10 : La présente ordonnance sera notifiée à M. F C et à l'établissement public de santé mentale du Loiret Georges Daumezon et aux experts.

Fait à Orléans, le 6 septembre 2022.

Le juge des référés,

Jean-Michel E

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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