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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2201487

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2201487

mardi 19 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2201487
TypeDécision
Avocat requérantSELARL FABRE ET ASSOCIEES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 2 mai 2022, Mme D K et M. B I, représentés par la Scp Wedrychowski et Associés, demandent au juge des référés, sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, de prescrire une expertise médicale en vue de déterminer si elle a bénéficié ainsi que sa fille A d'une prise en charge et de soins attentifs par les services du centre hospitalier régional d'Orléans lors de l'hospitalisation de la requérante le 7 novembre 2021, de donner tous éléments permettant d'apprécier leurs préjudices et ceux de leur fille A et de dire que l'expert remettra un pré-rapport aux parties afin de recueillir leurs observations préalablement au dépôt de son rapport définitif.

Ils soutiennent que :

- la requérante a débuté sa première grossesse le 3 février 2021 avec un terme prévu le

3 novembre 2021 ;

- suivie par une sage-femme libérale et la grossesse évoluant normalement, elle a consulté le service maternité du centre hospitalier régional d'Orléans le 12 octobre 2021 puis le jour du terme, soit le 3 novembre 2021 ;

- l'enregistrement du rythme cardiaque fœtal et des contractions utérines réalisé le 3 novembre 2021 était normal ;

- lors d'une nouvelle consultation le 5 novembre 2021, il a été fixé un rendez-vous pour le 7 novembre 2021 si elle n'avait pas accouché ;

- elle est revenue le 7 novembre 2021 au centre hospitalier et à 16 heures 30, la surveillance du travail a été débutée en salle d'accouchement ;

- à partir de 21 heures 13, il est constaté de nombreux décrochages du RCF et les contractions utérines ne sont plus enregistrées ;

- à 22 heures 30, il est constaté une dilatation complète avec une présentation engagée au détroit supérieur avec un RCF très fluctuant et un liquide amniotique clair ;

- à 23 heures 10, la présentation est engagée au détroit supérieur avec un liquide amniotique teinté et à 23 heures 50, il est noté un RCF mal capté ;

- le 8 novembre 2021 à 0 heure 40, la sage-femme a noté une présentation au détroit moyen avec un rythme cardiaque fœtal mal enregistré de 120 à 160 bpm ;

- selon le requérant, présent au côté de sa femme, la tête de l'enfant est apparue à une heure du matin mais la sage-femme l'a renvoyée sous la douche durant trente minutes ;

- les efforts expulsifs sont notés à 1 heure 35 avec un liquide purée de pois, suivis de la naissance de A à 2 heures 30 avec un poids de 2 840 grammes et un score Apgar 2 à 1 minute, 3 à 3 minutes et 5 à 10 minutes ;

- le pédiatre n'a pas été appelé et la sage-femme n'a pas appelé l'obstétricien de garde durant la surveillance du travail de la requérante ;

- à la naissance, A présentait une fréquence cardiaque inférieure à 100, était très pâle, n'a pas crié et était hypotonique et le pH était très bas, inférieur à 6,80 ;

- le pédiatre, appelé en post-natal, est arrivé à 13 minutes de vie ;

- l'enfant était très hypotonique, quasi-aréactive ;

- l'enfant a été transférée en réanimation néo-natale ;

- en réanimation, il a été posé un KTVO sous hépatique et une perfusion par Pediaven NN2 ainsi qu'une ventilation en CPAP ;

- l'enfant a été intubée à cinq heures de vie pour mettre en place une hypothermie thérapeutique puis une ventilation assistée et contrôlée ;

- les bilans ne révélaient pas de facteur inflammatoire et l'échographie cardiaque n'a pas révélé d'anomalie ;

- malgré une hypothermie thérapeutique de 72 heures, de nombreuses crises convulsives centrales occipitales gauches se sont poursuivies et ont été traitées par Gardenal puis Keppra avec majoration progressive de l'Hypnovel ;

- l'IRM cérébrale du 12 novembre 2021 visualisait d'importantes lésions ischémiques diffuses ;

- malgré la levée progressive des sédations par Hypnovel et Morphine, la jeune A est restée non réactive, sans mouvement spontané ou provoqué, avec des pupilles semi-inter-réactives ;

- après une réunion collégiale le 15 novembre 2021, il a été proposé, devant la gravité des lésions cérébrales, d'interrompre les traitements de réanimation ;

- A a été extubée dans les bras de la requérante le 17 novembre 2021 et elle est décédée le jour-même à 16 heures 15 ;

- le compte-rendu d'hospitalisation conclut à une anoxie périnatale sévère ;

- ils estiment qu'il est utile d'ordonner une expertise pour apprécier la qualité de la prise en charge médicale de la requérante et de sa fille A et de déterminer leurs préjudices.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 mai 2022, le centre hospitalier régional d'Orléans, représenté par la Selarl Fabre et Associés, demande de lui donner acte de ses protestations et réserves, de désigner un collège d'experts et de dire que les experts adresseront un pré-rapport aux parties en leur laissant un délai de quatre semaines afin de leur permettre de formuler leurs éventuelles observations auxquelles ils devront répondre dans leur rapport définitif.

La requête a été communiquée à la caisse de mutualité sociale agricole Beauce Cœur de Loire qui n'a pas produit de mémoire.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. G en application de l'article L. 222-2-1 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande d'expertise :

1. Aux termes du premier alinéa de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction. ". La prescription d'une mesure d'expertise en application de ces dispositions est subordonnée à son utilité pour le règlement d'un litige principal qui doit être appréciée en tenant compte, notamment, de l'existence d'une perspective contentieuse recevable, des possibilités ouvertes au demandeur pour arriver au même résultat par d'autres moyens et de l'intérêt de la mesure pour le contentieux né ou à venir en prenant en compte, à cet effet, les expertises judiciaire ou amiable qui ont pu être prescrites ou réalisées au titre du même litige et au regard des motifs de droit et de fait qui justifient, selon la demande, la mesure sollicitée.

2. Il résulte de l'instruction que le litige susceptible d'opposer les requérants au centre hospitalier régional d'Orléans relève de la compétence de la juridiction administrative. Le centre hospitalier régional d'Orléans ne s'oppose pas à la mesure d'expertise sollicitée par les requérants. La mesure d'expertise apparaît utile et entre dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article R. 532-1 du code de justice administrative. Il y a lieu, dès lors, d'y faire droit, de désigner un collège d'experts et de fixer la mission des experts comme il est précisé à l'article 1er de la présente ordonnance.

Sur les conclusions du centre hospitalier régional d'Orléans tendant à lui donner acte de ses protestations et réserves :

3. Le centre hospitalier régional d'Orléans demande de lui donner acte de ses protestations et réserves. Il n'appartient pas au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, de donner acte de telles protestations et réserves.

Sur la demande des requérants et du centre hospitalier régional d'Orléans tendant à ce que l'expert établisse un pré-rapport avant le dépôt de son rapport :

4. Aucune disposition du code de justice administrative, ni aucun principe général du droit ne fait obligation à l'expert d'établir un pré-rapport ou une note de synthèse. L'expert, dans la conduite des opérations de l'expertise qui lui est confiée et dont il définit librement les modalités pratiques, de concert avec les parties, ne saurait se voir soumis à d'autres obligations que celles issues du principe du contradictoire. L'établissement d'un pré-rapport ou d'une note de synthèse adressé aux parties en vue de recueillir leurs éventuelles observations ne constitue donc qu'une modalité opérationnelle de l'expertise dont il appartient à l'expert d'apprécier la nécessité d'y recourir. Il suit de là que les conclusions susvisées des requérants et du centre hospitalier régional d'Orléans ne peuvent qu'être rejetées.

O R D O N N E :

Article 1er : Un collège d'experts, composé du professeur J H, chirurgien obstétricien, demeurant Hôpital Trousseau, 26 avenue du docteur C E à Paris (75012), et du docteur L F, pédiatre néonataliste, demeurant Centre hospitalier, 4 place du Général Leclerc à Orsay (91400), est désigné avec pour mission de :

1°) se faire communiquer tous documents relatifs à l'état de santé de Mme D K et, notamment, tous documents relatifs au suivi médical, aux actes de soins et aux diagnostics pratiqués sur elle par les services du centre hospitalier régional d'Orléans lors de sa prise en charge le 7 novembre 2021 ; convoquer et entendre les parties et tous sachants ; procéder à l'examen sur pièces du dossier médical de Mme K et de sa fille A ainsi qu'éventuellement à l'examen clinique de Mme K ;

2°) décrire l'état de santé de Mme K et les conditions dans lesquelles elle a été prise en charge et soignée par les services du centre hospitalier régional d'Orléans ; décrire l'état pathologique de l'intéressée ayant conduit aux soins, aux interventions et aux traitements pratiqués ;

3°) donner son avis sur le point de savoir si les diagnostics établis et les traitements, interventions et soins prodigués et leur suivi ont été consciencieux, attentifs, diligents et conformes aux données acquises de la science, et s'ils étaient adaptés à l'état de Mme K et à celui de A et aux symptômes qu'elles présentaient ; donner notamment son avis sur la pertinence des diagnostics des équipes médicales du centre hospitalier et l'utilité, le cas échéant, des gestes opératoires pratiqués ;

4°) réunir, de manière générale, tous les éléments devant permettre de déterminer si des fautes médicales, des fautes de soins ou des fautes dans l'organisation des services du centre hospitalier régional d'Orléans ont été commises ; rechercher si les diligences nécessaires pour l'établissement d'un diagnostic exact ont été mises en œuvre ; rechercher si les interventions et actes médicaux pratiqués ont été exécutés conformément aux règles de l'art ; déterminer si Mme K et sa fille A ont été victimes d'un accident médical ou d'un aléa thérapeutique ou d'une infection nosocomiale et, le cas échéant, dire si l'on est en présence de conséquences anormales, non pas au regard du résultat attendu des interventions, mais au regard de l'état de santé des intéressées, de l'évolution prévisible de cet état et de la fréquence de réalisation du risque constaté et si ces conséquences étaient, au regard de l'état des intéressées comme de son évolution probable, attendues ou redoutées ;

5°) donner son avis sur le point de savoir si le dommage corporel constaté a un rapport avec l'état de Mme K et celui de A, ou l'évolution prévisible de cet état ; le cas échéant, déterminer la part du préjudice présentant un lien de causalité direct, certain et exclusif avec un manquement reproché à l'établissement hospitalier, en excluant la part des séquelles à mettre en relation avec la pathologie initiale, son évolution ou toute autre cause extérieure ; en cas de causes multiples, d'indiquer la part imputable (pourcentage) à chacune des causes ;

6°) donner son avis sur le point de savoir si le ou les manquements du centre hospitalier éventuellement constatés ont fait perdre à Mme K et à la petite A une chance sérieuse de guérison des lésions dont elles étaient ou seraient atteintes ; donner son avis sur l'ampleur (pourcentage) de la chance perdue par Mme K et la petite A de voir leur état de santé s'améliorer ou d'éviter de le voir se dégrader en raison de ces manquements ; en cas de manquements multiples, indiquer la part imputable à chacun de ces manquements ;

7°) dire si l'état de Mme K a entraîné une incapacité permanente partielle résultant de troubles physiologiques ou psychologiques et en préciser les dates de début et de fin, ainsi que le ou les taux ;

8°) indiquer à quelle date l'état de Mme K peut être considéré comme consolidé ; préciser s'il subsiste une incapacité permanente partielle et, dans l'affirmative, en fixer le taux, en distinguant la part imputable aux manquements éventuellement constatés de celle ayant pour origine toute autre cause ou pathologie, eu égard notamment aux antécédents médicaux de l'intéressée ; dans le cas où cet état ne serait pas encore consolidé, indiquer, si dès à présent, une incapacité permanente partielle est prévisible et en évaluer l'importance ;

9°) dire si l'état de Mme K est susceptible de modification en amélioration ou en aggravation ; dans l'affirmative, fournir toutes précisions utiles sur cette évolution, sur son degré de probabilité et dans le cas où un nouvel examen serait nécessaire, mentionner dans quel délai ;

10°) donner son avis sur l'existence éventuelle de préjudices annexes (souffrances endurées, préjudice esthétique, préjudice d'agrément spécifique, préjudice psychologique, préjudice sexuel) et le cas échéant, en évaluer l'importance, en distinguant la part imputable aux manquements éventuellement constatés de celle ayant pour origine toute autre cause ou pathologie, eu égard, notamment aux antécédents médicaux de Mme K ainsi que sur les préjudices de la petite A ;

11°) donner son avis sur la répercussion de l'incapacité médicalement constatée sur la vie professionnelle et personnelle de Mme K ;

12°) apporter, d'une manière générale, tous éléments qui seraient utiles à la solution du litige par la juridiction éventuellement saisie.

Article 2 : Les opérations d'expertise auront lieu contradictoirement entre, d'une part,

Mme K, M. I et la caisse de mutualité sociale agricole Beauce Cœur de Loire et, d'autre part, le centre hospitalier régional d'Orléans.

Article 3 : Les experts accompliront leur mission dans les conditions prévues aux articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Ils ne pourront recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable du président du tribunal administratif.

Article 4 : Préalablement à toute opération, les experts prêteront serment dans les formes prévues à l'article R. 621-3 du code de justice administrative.

Article 5 : Les experts avertiront les parties conformément aux dispositions de l'article R. 621-7 du code de justice administrative.

Article 6 : Les experts déposeront leur rapport définitif au greffe en deux exemplaires avant le 31 décembre 2022. Des copies seront notifiées par l'expert aux parties intéressées. Avec leur accord, cette notification pourra s'opérer sous forme électronique. Les experts justifieront auprès du tribunal de la date de réception de leur rapport par les parties.

Article 7 : Les frais et honoraires de l'expertise seront mis à la charge de la ou des parties désignées dans l'ordonnance par laquelle le président du tribunal liquidera et taxera ces frais et honoraires.

Article 8 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme K et de M. I et les conclusions du centre hospitalier régional d'Orléans sont rejetés.

Article 9 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme D K et M. B I, à la caisse de mutualité sociale agricole Beauce Cœur de Loire, au centre hospitalier régional d'Orléans et aux experts.

Fait à Orléans, le 19 juillet 2022.

Le juge des référés,

Jean-Michel G

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

ABo

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