vendredi 30 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2201991 |
| Type | Décision |
| Avocat requérant | MAURY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 11 juin 2022, M. B A, représenté par Me Watremez, demande à la juge des référés :
1°) de condamner le centre hospitalier universitaire d'Orléans à lui verser, sur le fondement de l'article L. 541-1 du code de justice administrative, une somme provisionnelle de 498 875,52 euros à valoir sur l'ensemble des préjudices subis en lien avec la prise en charge de ses gonalgies au sein de cet établissement ;
2°) de condamner le centre hospitalier universitaire d'Orléans, au regard de la proposition formulée par son assureur, à lui verser une provision d'un montant minimal de 200 000 euros ;
3°) de mettre à la charge du centre hospitalier universitaire d'Orléans le versement de la somme de 7 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- sa demande provisionnelle ne se heurte à aucune contestation sérieuse dès lors que des manquements imputables au centre hospitalier universitaire d'Orléans ont été mis en évidence par l'expert, de même que l'existence d'un lien direct et certain entre ces manquements et les conditions de sa prise en charge par l'établissement ;
- la responsabilité du centre hospitalier est engagée à raison de l'indication opératoire non justifiée et non conforme aux règles de l'art ainsi que du fait de manquements dans la surveillance post-opératoire et la prise en charge de la nécrose n'ayant pas permis d'éviter son amputation ;
- il sollicite le versement des sommes provisionnelles de 1 230,04 euros au titre des frais de transport pour se rendre à la première réunion d'expertise ; 32 580 euros au titre des frais d'assistance par tierce personne, dont le besoin a été évalué à 10h30 par semaine, en ce qui concerne la période comprise entre le 19 février 2019 et le 10 juin 2022 ; 13 957,50 euros au titre de son déficit fonctionnel temporaire ; 35 000 euros au titre des souffrances endurées, évaluées à 5,5/7 par l'expert ; 10 000 euros au titre du préjudice esthétique temporaire ; 13 436,49 euros au titre des frais de renouvellement de son fauteuil roulant manuel et de son fauteuil électrique ; 170 321,13 euros au titre de l'assistance par tierce personne permanente ; 48 111,49 euros au titre de l'aménagement de son lieu de vie ; 31 401,36 euros au titre de l'acquisition d'un véhicule adapté ; 137940 euros au titre de son déficit fonctionnel permanent fixé à 57 % ; 20 000 euros au titre du préjudice d'agrément ; 25 000 euros au titre du préjudice esthétique permanent évalué à 3/7 par l'expert mais qui devra être fixé à 5,5/7 au regard des taux retenus dans des situations similaires où le port d'une prothèse est impossible ; 8 000 euros au titre de son préjudice sexuel.
Par des mémoires, enregistrés les 3 novembre 2022 et 28 décembre 2023, la caisse primaire d'assurance maladie de Loir-et-Cher, agissant au nom et pour le compte de la caisse primaire d'assurance maladie du Loiret, représentée par Me Maury, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner le centre hospitalier universitaire d'Orléans à lui verser une somme provisionnelle de 319 850, 49 euros au titre des débours supportés au profit de son assuré ;
2°) de mettre à charge du centre hospitalier universitaire d'Orléans le versement de la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'indication opératoire n'était pas justifiée de sorte que les complications qui en ont résulté, et qui ont conduit à l'amputation de la jambe de M. A, engagent la responsabilité du centre hospitalier d'Orléans, ce qui a d'ailleurs été admis par l'assureur de l'établissement ;
- l'obligation dont elle se prévaut ne se heurte dès lors à aucune contestation sérieuse ;
- elle a supporté des frais hospitaliers, des frais médicaux, pharmaceutiques, d'appareillage ainsi que des frais de transport jusqu'à la date de la consolidation de M. A ;
- elle sollicite également une provision au titre des frais futurs, notamment pour la fourniture d'un fauteuil roulant à propulsion électrique et son entretien.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 12 juillet 2023 et le 28 mars 2024, le centre hospitalier universitaire d'Orléans, représenté par Me Chiffert, conclut à la limitation de la provision pouvant être allouée à M. A à la somme globale de 270 290,67 euros, à la limitation de l'indemnité provisionnelle accordée à la caisse primaire d'assurance maladie à la somme de 319 850,49 euros et à la limitation des sommes mises à sa charge au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- il s'en remet à l'appréciation du juge des référés en ce qui concerne le principe de sa responsabilité mais conteste le quantum de la provision demandée par le requérant ;
- en particulier, s'agissant des frais de transport, le recours à une ambulance pour se rendre à l'expertise présente un caractère somptuaire ; l'assistance par tierce personne devra être calculée sur la base du taux horaire pour une personne non spécialisée ; il ne pourra pas être fait droit à sa demande au titre de la prise en charge viagère d'un fauteuil dès lors que cette dépense sera supportée par la caisse et qu'il ressort du rapport d'expertise qu'il n'existe aucune dépense de santé future imputable ; la somme allouée au titre de l'adaptation du logement devra être limitée à 541,89 euros en tenant compte des conclusions du rapport de l'ergothérapeute et de celles de l'expert ; aucune somme ne pourra être attribuée au titre des frais de véhicule adapté dès lors que l'expert a clairement indiqué que l'état de santé de M. A est incompatible avec la conduite automobile ; la demande de l'intéressé au titre du préjudice d'agrément se heurte également à une contestation sérieuse dès lors qu'il ressort du rapport d'expertise qu'en raison de son état antérieur, le requérant ne pratiquait plus d'activité sportive ou de loisirs spécifique avant l'intervention chirurgicale litigieuse ;
- la demande de la caisse primaire d'assurance maladie apparaît sérieusement contestable en tant qu'elle porte sur les dépenses de santé futures, lesquelles ont été expressément exclues par l'expert.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de santé publique ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme C pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, alors âgé de soixante-six ans, a été reçu le 29 mai 2018 en consultation par un praticien du service de chirurgie orthopédique et traumatologie du centre hospitalier universitaire d'Orléans, sur les conseils de son médecin traitant, pour des gonalgies. Une intervention chirurgicale consistant en la mise en place d'une prothèse totale du genou droit a été programmée et réalisée le 17 septembre 2018. Les suites opératoires ont été marquées par une importante douleur ainsi que par la présence d'un hématome compressif et d'une compression du nerf sciatique poplité externe, conduisant à la réalisation, le 24 septembre 2018, d'un lavage arthroscopique. M. A a ensuite été transféré en rééducation au SSR La Sologne, où il a séjourné du 27 septembre au 12 octobre 2018. A la suite de l'apparition et de l'aggravation d'une nécrose cutanée, empêchant la rééducation, une nécrosectomie avec pose d'un VAC a été réalisée le 13 octobre 2018 au sein du centre hospitalier universitaire d'Orléans. Les prélèvements réalisés en peropératoire ayant mis en évidence la présence d'un staphylocoque capitis dans le liquide articulaire, M. A a été hospitalisé dans le service des maladies infectieuses jusqu'au 21 décembre 2018. Durant cette période, plusieurs interventions ont été pratiquées en chirurgie esthétique, les 25 octobre, 6 novembre, 15 et 21 décembre 2018, afin de réaliser une couverture de la face antérieure du genou par lambeaux. Le 6 janvier 2019, il a été procédé à l'ablation de la prothèse de M. A, remplacée par un spacer. Les prélèvements bactériologiques effectués à l'occasion de cette intervention ont mis en évidence une infection à staphylocoque epidermis, corynebacterium multi résistant et candida tropicalis. Le 5 août 2019, M. A a consulté un praticien du pôle ostéo-articulaire du service de chirurgie orthopédique, oncologique et traumatologique de l'hôpital Cochin à Paris qui a préconisé trois options thérapeutiques, dont l'amputation transfémorale haute, qui est celle qui a finalement été retenue lors de la consultation du 9 septembre 2019 et réalisée le 28 novembre suivant.
2. Estimant que la responsabilité du centre hospitalier universitaire d'Orléans était engagée du fait des complications ayant suivi l'intervention du 17 septembre 2018, M. A a saisi la commission de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux (CCI) le 25 juillet 2019 en vue de la désignation d'un expert. Les docteurs Chaplain et Bazeli ont été désignés le 4 septembre suivant et ont rendu un premier rapport le 2 janvier 2020, suivi d'un second établi post-consolidation le 14 octobre 2020. Un recours préalable a été présenté par M. A auprès du centre hospitalier universitaire d'Orléans le 21 mars 2022. Par la requête ci-dessus analysée, il demande au tribunal de condamner cet établissement au versement d'une provision d'un montant total de 498 875,52 euros en réparation de l'ensemble des préjudices subis à la suite de l'intervention de pose d'une prothèse du genou. La caisse primaire d'assurance maladie de Loir-et-Cher, agissant au nom et pour le compte de la caisse primaire d'assurance maladie du Loiret, sollicite quant à elle la condamnation du centre hospitalier à lui verser, à titre de provision, la somme de 319 850,49 euros.
Sur les conclusions tendant au versement d'une provision :
3. Aux termes de l'article R. 541-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, même en l'absence d'une demande au fond, accorder une provision au créancier qui l'a saisi lorsque l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable. Il peut, même d'office, subordonner le versement de la provision à la constitution d'une garantie ". Il résulte de ces dispositions que, pour regarder une obligation comme non sérieusement contestable, il appartient au juge des référés de s'assurer que les éléments qui lui sont soumis par les parties sont de nature à établir l'existence d'une créance avec un degré suffisant de certitude. Le montant de la provision que peut allouer le juge des référés n'a d'autre limite que celle résultant du caractère non sérieusement contestable de l'obligation dont les parties font état. Dans l'hypothèse où l'évaluation du montant de la provision résultant de cette obligation est incertaine, le juge des référés ne doit allouer de provision, le cas échéant assortie d'une garantie, que pour la fraction de ce montant qui lui paraît revêtir un caractère de certitude suffisant.
En ce qui concerne le caractère non sérieusement contestable de l'obligation :
4. Aux termes de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " I. - Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. () ".
5. Il résulte de l'instruction, et en particulier des conclusions des experts, que le dommage final subi par M. A, constitué par une amputation transfémorale, a pour origine la mise en place d'une prothèse totale du genou droit, dont l'indication initiale n'était pas conforme aux règles de l'art et aux données acquises de la science. Les experts relèvent à cet égard que si le requérant présentait une réelle gonalgie séquellaire de méniscectomie ancienne, les lésions arthrosiques étaient cependant peu avancées et en rapport avec les importants antécédents médicaux de l'intéressé, atteint de BPCO (bronchopneumopathie chronique obstructive) avec oxygénothérapie permanente et opéré de lésions vasculaires avec des stents au niveau des artères iliaques du membre inférieur droit. Ils précisent que dans un tel contexte, l'indication chirurgicale qui a été posée était inappropriée, voire contre-indiquée, et n'aurait pas dû être retenue, le traitement médical et rhumatologique de cette gonalgie, qui constituait le traitement adapté à l'état de M. A, devant être poursuivi. Il résulte par ailleurs du rapport d'expertise que de nombreuses complications sont survenues à la suite de l'intervention litigieuse dont, successivement, un hématome compressif, qui a entraîné une paralysie nerveuse, et une nécrose cutanée, qui a provoqué une infection polymicrobienne du site opératoire et que, dans ce contexte, l'amputation transfémorale était la seule solution envisageable. Par suite, le comportement non conforme de l'équipe médicale du centre hospitalier universitaire d'Orléans ayant consisté à pratiquer une intervention chirurgicale qui n'était pas justifiée et qui, compte tenu de ses lourds antécédents médicaux, exposait M. A à la survenue de complications graves, est constitutif d'une faute. Cette faute est à l'origine directe, certaine et exclusive du dommage dont a été victime l'intéressé.
6. Il résulte de ce qui précède que le principe de responsabilité du centre hospitalier universitaire d'Orléans n'apparaît pas, dans ces conditions, sérieusement contestable.
En ce qui concerne le montant de la provision :
7. Il résulte de l'instruction, et en particulier du rapport d'expertise, que la date de consolidation de l'état de santé de M. A a été fixée au 12 juin 2020. L'intéressé est décédé le 21 février 2024.
S'agissant des préjudices de M. A :
Quant aux préjudices temporaires jusqu'à la date de consolidation :
8. En premier lieu, M. A sollicite le remboursement des dépenses de transport engagées pour se rendre à la première réunion d'expertise qui s'est déroulée le 17 octobre 2019 et produit une copie de la facture établie par la société AetM ambulances pour un montant de 1 230,40 euros, dont le remboursement lui a été refusé par l'assurance maladie. En défense, le centre hospitalier universitaire d'Orléans ne conteste pas la nécessité pour l'intéressé de se rendre à cette réunion, mais indique que le recours à une ambulance ne s'imposait pas et propose en conséquence d'accorder une somme de 186,79 euros calculée sur la base du barème kilométrique. Toutefois, et alors qu'il résulte de l'instruction que la conduite automobile présente, selon l'expert, un caractère déraisonnable, et que le requérant a cédé, quatre jours après la réunion d'expertise, le véhicule dont il était propriétaire et qui ne disposait pas de systèmes d'aide à la conduite, la somme de 1 230,40 euros dont il demande le versement présente un caractère non sérieusement contestable.
9. En deuxième lieu, lorsque le juge administratif indemnise, dans le chef de la victime d'un dommage corporel, la nécessité de recourir à l'aide d'une tierce personne, il détermine le montant de l'indemnité réparant ce préjudice en fonction des besoins de la victime et des dépenses nécessaires pour y pourvoir. Il doit, à cette fin, se fonder sur un taux horaire permettant, dans les circonstances de l'espèce, le recours à l'aide professionnelle d'une tierce personne d'un niveau de qualification adéquat, sans être lié par les débours effectifs dont la victime peut justifier.
10. Il résulte de l'instruction, en particulier du rapport des experts désignés par la CCI, que le besoin en assistance par une tierce personne de M. A a été évalué à dix heures et demi par semaine à compter de son retour à domicile, le 19 février 2019, et jusqu'à la consolidation de son état, le 12 juin 2020. Il s'en suit qu'en l'espèce, et au regard du caractère non spécialisé de cette assistance, le taux horaire retenu doit être égal au salaire minimum interprofessionnel de croissance pour les années 2019 et 2020 augmenté des cotisations sociales. En outre, pour tenir compte des congés payés et des jours fériés prévus par l'article L. 3133-1 du code du travail, il y a lieu de calculer l'indemnisation de ce besoin sur la base d'une année de 412 jours. Dès lors, la créance de M. A au titre de son besoin d'assistance par tierce personne temporaire n'est pas sérieusement contestable, dans le cadre de la présente action en référé, à hauteur de la somme provisionnelle de 11 387 euros.
11. En troisième lieu, il résulte de l'instruction que M. A a subi, en lien avec la faute médicale commise par le centre hospitalier universitaire d'Orléans, un déficit fonctionnel temporaire total du 16 septembre 2018 au 18 février 2019 puis du 22 novembre 2019 au 5 février 2020, ainsi qu'un déficit fonctionnel temporaire de 75 % du 19 février 2019 au 3 mars 2019 puis du 6 février 2020 au 12 juin 2020 et, enfin, un déficit fonctionnel temporaire de 50 % du 4 mars 2019 au 17 octobre 2019. Par suite, il sera fait une juste appréciation du préjudice subi par le requérant au titre du déficit fonctionnel temporaire total en l'évaluant à la somme non contestée par le centre hospitalier universitaire d'Orléans de 9 290 euros.
12. En quatrième lieu, il résulte de l'instruction, et notamment de l'expertise diligentée par la CCI, que M. A a enduré des souffrances évaluées à 5,5 sur une échelle allant de 0 à 7. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en allouant à l'intéressé la somme non contestée par le centre hospitalier de 18 000 euros.
13. En cinquième lieu, le requérant a subi durant la période précédant la consolidation de son état de santé un préjudice esthétique temporaire que les experts ont mesuré à 2,5 sur une échelle de 0 à 7 en lien avec la déambulation en fauteuil roulant chez une personne jeune. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice non sérieusement contestable en l'évaluant à la somme de 3 000 euros non contestée par le centre hospitalier universitaire d'Orléans.
Quant aux préjudices permanents :
14. En premier lieu, M. A sollicite le versement d'une provision de 13 436,49 euros au titre de la prise en charge viagère des frais de renouvellement du fauteuil roulant manuel et du fauteuil roulant électrique dont l'acquisition initiale a été financée par l'assurance maladie. Toutefois, alors qu'il résulte de l'instruction, et notamment de l'évaluation de ses dépenses futures produite par la caisse primaire d'assurance maladie de Loir-et-Cher, faisant état de la prise en charge par cette dernière des frais de renouvellement et d'entretien annuel d'un fauteuil électrique au profit de son assuré, M. A ne peut être regardé comme établissant le caractère non sérieusement contestable de l'indemnité provisionnelle qu'il sollicite à ce titre.
15. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction, et notamment du rapport de l'expertise diligentée par la CCI, que M. A, qui habitait seul dans son appartement, bénéficiait d'une aide de trois heures par jour, dont une heure et demi imputable selon les experts à l'amputation, l'autre partie étant en rapport avec son état de santé antérieur et général. Le besoin de l'intéressé d'assistance par une tierce personne non spécialisée a ainsi été maintenu, pour la période postérieure à la consolidation, à dix heures trente par semaine. Cette évaluation n'est pas contestée par les parties. Dès lors, en tenant compte, comme il a été dit au point 10 de la présente ordonnance, du salaire minimum interprofessionnel de croissance moyen sur l'ensemble de la période, augmenté des charges sociales, pour une année évaluée à 412 jours pour tenir compte des dimanches et jours fériés ainsi que des congés payés, d'évaluer le besoin en assistance d'une tierce personne à la somme de 33 363 euros pour la période courant à compter de la consolidation de l'état de santé du requérant et jusqu'à la date de son décès, le 21 février 2024. Dès lors, la créance de l'intéressé au titre de l'assistance par tierce personne après consolidation n'est pas sérieusement contestable à hauteur de cette somme.
16. En troisième lieu, M. A sollicite le versement d'une somme de 48 111,49 euros au titre des frais d'adaptation de son logement. Il résulte de l'instruction, en particulier du rapport qu'il produit établi par un ergothérapeute, que les aménagements préconisés sont limités à la cuisine, la salle de bain et au remplacement de certains meubles déterminés. Toutefois, dès lors qu'il ressort du rapport d'expertise que la mairie, propriétaire du logement, a financé l'aménagement nécessaire de la salle de bain et que, selon l'ergothérapeute, seuls certains meubles de la cuisine et du séjour nécessitent une adaptation, l'indemnité provisionnelle pouvant être considérée comme non sérieusement contestable doit être fixée à la somme de 541,89 euros.
17. En quatrième lieu, le requérant sollicite le remboursement du coût d'achat et d'adaptation d'un véhicule automobile lui permettant de se déplacer de façon autonome. Toutefois, ainsi qu'il a été dit précédemment, il résulte de l'instruction que l'expert désigné par la CCI a estimé non raisonnable pour M. A d'entreprendre la conduite automobile, relevant que son handicap ne permettait pas une conduite sécurisée. Dans ces conditions, l'intéressé ne peut être regardé comme établissant le caractère non sérieusement contestable du préjudice dont il se prévaut.
18. En cinquième lieu, il résulte de l'instruction que M. A a subi en raison de la faute commise par le centre hospitalier universitaire d'Orléans ayant conduit à son amputation, un déficit fonctionnel permanent qui a été évalué par l'expert à 57 %. Dans la mesure où le requérant était âgé de soixante-huit ans à la date de consolidation, son préjudice non sérieusement contestable peut être fixé à hauteur de 94 000 euros, ainsi que l'admet d'ailleurs le centre hospitalier universitaire d'Orléans dans ses écritures en défense.
19. En sixième lieu, M. A sollicite le versement d'une provision de 20 000 euros au titre de son préjudice d'agrément. Toutefois, il résulte de l'instruction, et notamment du premier rapport d'expertise établi avant la consolidation de l'intéressé, que lors de la première consultation du 28 mai 2018, au cours de laquelle la décision de pratiquer l'intervention chirurgicale fautive a été prise, le requérant présentait depuis plusieurs mois des difficultés à la marche avec un périmètre de marche limité à 100 mètres. Par ailleurs, il n'établit pas avoir pratiqué d'activités sportives ou de loisirs autres que l'activité physique régulière à laquelle il était médicalement astreint dans le cadre de la prise en charge de sa pathologie pulmonaire. Par suite, l'obligation dont il se prévaut ne peut être regardée comme non sérieusement contestable et aucune provision ne peut être attribuée à ce titre.
20. En septième lieu, il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise que M. A a subi en lien avec la faute médicale du centre hospitalier universitaire d'Orléans, un préjudice esthétique évalué à 3 sur une échelle de 7. Il sera fait une juste appréciation du montant de ce préjudice en l'évaluant à la somme non contestée par le centre hospitalier universitaire d'Orléans de 4 000 euros.
21. En huitième et dernier lieu, si le rapport d'expertise n'a pas retenu de préjudice sexuel, le centre hospitalier universitaire d'Orléans ne conteste pas l'existence de ce préjudice, dont il estime qu'il peut être indemnisé à hauteur d'une somme évaluée à 1 000 euros. Il y a lieu, dès lors, de fixer à ce montant la provision due à ce titre par l'établissement hospitalier.
22. Il résulte de tout ce qui précède que le centre hospitalier universitaire d'Orléans doit être condamné à verser à M. A une provision de 175 812,29 euros en réparation des préjudices subis consécutivement à sa prise en charge au sein de l'établissement.
S'agissant des droits de la caisse primaire d'assurance maladie de Loir-et-Cher :
23. La caisse primaire d'assurance maladie de Loir-et-Cher, agissant au nom et pour le compte de la caisse primaire d'assurance maladie du Loiret, justifie avoir exposé pour le compte de M. A, à la suite de l'intervention litigieuse du 17 septembre 2018, une dépense totale de 319 850,49 euros au titre de ses hospitalisations successives tant au centre hospitalier universitaire d'Orléans, qu'à l'hôpital Cochin et en centre de rééducation, ainsi qu'au titre des frais médicaux, pharmaceutiques, d'appareillage et de transport. La caisse est en droit d'obtenir le remboursement de ces frais qui se rattachent de manière non sérieusement contestable à la faute commise. Il y a donc lieu de condamner le centre hospitalier universitaire d'Orléans à lui verser la provision qu'elle sollicite d'un montant de 319 850,49 euros.
24. Si la caisse primaire d'assurance maladie a également fait état dans ses écritures de frais futurs, aucune provision ne pourra lui être attribuée à ce titre dès lors qu'ainsi qu'il a été dit précédemment, M. A est décédé le 21 février 2024.
Sur les frais liés au litige :
25. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge du centre hospitalier universitaire d'Orléans le versement d'une somme de 1 500 euros à M. A ainsi qu'à la caisse primaire d'assurance maladie de Loir-et-Cher au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens.
O R D O N N E :
Article 1er : Le centre hospitalier universitaire d'Orléans est condamné à verser à M. A une somme provisionnelle de 175 812,29 euros.
Article 2 : Le centre hospitalier universitaire d'Orléans est condamné à verser à la caisse primaire d'assurance maladie de Loir-et-Cher, agissant au nom et pour le compte de la caisse primaire d'assurance maladie du Loiret, une provision de 319 850,49 euros.
Article 3 : Le centre hospitalier universitaire d'Orléans versera à M. A une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le centre hospitalier universitaire d'Orléans versera à la caisse primaire d'assurance maladie de Loir-et-Cher, agissant au nom et pour le compte de la caisse primaire d'assurance maladie du Loiret une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à la caisse primaire d'assurance maladie de Loir-et-Cher, au centre hospitalier universitaire d'Orléans, à Me Watremez.
Copie en sera adressée, pour information, à Me Didier Lance.
Fait à Orléans, le 30 août 2024.
La juge des référés,
Patricia C
La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités et en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.