mercredi 4 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2202524 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | URGENCES -JUGE UNIQUE |
| Avocat requérant | SCP SIMARD VOLLET OUNGRE CLIN BERCOT-TAUVENT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 20 juillet 2022, Mme B D, représentée par Me Vollet, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 21 mars 2022 par laquelle le président du conseil départemental du Loiret a rejeté le recours dirigé contre la décision par laquelle la caisse d'allocations familiales du Loiret l'a informée d'un indu de revenu de solidarité active de 6 509,26 euros ;
2°) d'annuler la décision du 29 avril 2022 par laquelle le président du conseil départemental du Loiret lui a infligé une amende de 300 euros ;
3°) d'enjoindre au département du Loiret de la rétablir rétroactivement dans ses droits au revenu de solidarité active et de prononcer la décharge de l'indu et de l'amende.
Elle soutient que :
- le signataire de ces décisions ne justifie pas être titulaire d'une délégation de signature du président du conseil départemental ;
- les décisions sont insuffisamment motivées ;
- elle n'a pas été informée de la teneur et de l'origine des documents et informations détenues par la caisse d'allocations familiales à l'issue de son droit de communication et n'a pu en demander la communication ;
- des crédits bancaires ne constituent pas nécessairement des ressources et il revient à l'administration d'établir leur nature ; elle a démontré avoir reçu des prêts de personnes de son entourage et non des libéralités ;
- l'intention frauduleuse n'est pas démontrée.
Par un mémoire enregistré le 16 novembre 2022, le département du Loiret conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. E pour statuer sur les litiges relevant de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Le magistrat désigné a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
L'aide juridictionnelle totale a été accordée à Mme D par une décision du 10 juin 2022.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. E,
- et les observations de Me Vollet, représentant Mme D, et les observations de Mme D.
Considérant ce qui suit :
1. Un contrôle de la caisse d'allocations familiales a conclu que Mme D n'avait pas déclaré l'intégralité de ses ressources. Par un courrier du 5 novembre 2021, la caisse d'allocations familiales du Loiret a informé la requérante d'un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 6 509,26 euros pour la période de novembre 2019 à juillet 2021. Par une décision du 21 mars 2022, le département du Loiret a rejeté le recours gracieux de Mme D. Par une décision du 29 avril 2022, le département du Loiret a infligé une amende de 300 euros à la requérante, sur le fondement de l'article L. 262-52 du code de l'action sociale et des familles.
2. Lorsque le recours dont il est saisi est dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu de revenu de solidarité active ou d'aide exceptionnelle de fin d'année, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.
3. En premier lieu, le département du Loiret fourni l'arrêté du président du conseil départemental du 1er juillet 2021, régulièrement publié, déléguant à M. A C, en qualité de directeur chargé de la direction de l'insertion et de l'habitat, la compétence pour signer " l'ensemble des documents relevant de ses attributions et des compétences dévolues à la direction de l'insertion et de l'habitat ", dont relève le service du revenu de solidarité active et du retour à l'emploi. L'article 4.2 de l'arrêté attribue compétence au responsable du service revenu de solidarité active et retour à l'emploi pour signer les réponses aux recours administratifs. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.
4. En deuxième lieu, la décision par laquelle l'autorité administrative procède à la récupération de sommes indûment versées au titre de l'allocation de revenu de solidarité active est au nombre des décisions imposant une sujétion et doit, par suite, être motivée en application de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Il en résulte qu'une telle décision doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. A ce titre, l'autorité administrative doit faire figurer dans la motivation de sa décision la nature de la prestation et le montant des sommes réclamées, ainsi que le motif et la période sur laquelle porte la récupération. En revanche, elle n'est pas tenue d'indiquer dans cette décision les éléments servant au calcul du montant de l'indu.
5. La décision du président du conseil départemental du Loiret du 21 mars 2022, qui s'est substituée à la décision du 5 novembre 2021, vise les articles R. 262-6 et R. 262-37 du code de l'action sociale et des familles, précise que l'indu est fondé sur la déclaration partielle des salaires et l'absence de déclaration de sommes figurant sur le compte bancaire de Mme D, dont elle précise le montant ainsi que le montant de l'indu, mentionne la période en litige et écarte les arguments avancés par la requérante dans son recours préalable. Cette décision est suffisamment motivée en droit et en fait.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 114-21 du code de la sécurité sociale : " L'organisme ayant usé du droit de communication en application de l'article L. 114-19 est tenu d'informer la personne physique ou morale à l'encontre de laquelle est prise la décision de supprimer le service d'une prestation ou de mettre des sommes en recouvrement, de la teneur et de l'origine des informations et documents obtenus auprès de tiers sur lesquels il s'est fondé pour prendre cette décision. Il communique, avant la mise en recouvrement ou la suppression du service de la prestation, une copie des documents susmentionnés à la personne qui en fait la demande ". L'objet des dispositions de l'article L. 114-21 du code de la sécurité sociale est de permettre à la personne contrôlée de prendre connaissance des documents communiqués afin de pouvoir contester utilement les conclusions qui en ont été tirées par l'organisme de sécurité sociale. Par suite, il appartient en principe à la caisse d'allocations familiales ou à la caisse de mutualité sociale agricole de mettre en œuvre cette garantie avant l'intervention de la décision de récupérer un indu de revenu de solidarité active, de prime exceptionnelle de fin d'année, de prime d'activité ou d'aide personnelle au logement, qui permet son recouvrement sur les prestations à échoir, ou de supprimer le service de cette prestation. Toutefois, la méconnaissance de ces dispositions par l'organisme demeure sans conséquence sur le bien-fondé de la décision prise s'il est établi qu'eu égard à la teneur du renseignement, nécessairement connu de l'allocataire, celui-ci n'a pas été privé, du seul fait de l'absence d'information sur l'origine du renseignement, de cette garantie.
7. Il résulte de l'instruction, et notamment des mentions du rapport de contrôle établi par un agent assermenté de la caisse d'allocations familiales, que l'indu en litige est fondé sur l'examen des relevés de compte bancaire de la requérante, depuis août 2019, obtenus par la mise en œuvre du droit de communication auprès de l'établissement bancaire. Le rapport de contrôle mentionne que l'allocataire sera informé par écrit de la mise en œuvre de l'article L. 114-19 du code de la sécurité sociale. Le département du Loiret produit une lettre de la caisse d'allocations familiales du 21 juillet 2021, antérieure à la mise en recouvrement de l'indu, informant l'allocataire des informations obtenues de tiers dans le cadre de la mise en œuvre de l'article L. 114-19 du code de la sécurité sociale. Il suit de là que le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 114-21 du même code doit être écarté.
8. En quatrième lieu, aux termes de l'article aux termes de l'article L. 262-1 du code de l'action sociale et des familles : " Le revenu de solidarité active a pour objet d'assurer à ses bénéficiaires des moyens convenables d'existence, de lutter contre la pauvreté et de favoriser l'insertion sociale et professionnelle ". Aux termes de l'article L. 262-2 du même code : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un montant forfaitaire, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre. Le revenu de solidarité active est une allocation qui porte les ressources du foyer au niveau du montant forfaitaire. Il est complété, le cas échéant, par l'aide personnalisée de retour à l'emploi mentionnée à l'article L. 5133-8 du code du travail ". Aux termes de l'article R. 262-6 du même code : " Les ressources prises en compte pour la détermination du montant du revenu de solidarité active comprennent, sous les réserves et selon les modalités figurant au présent chapitre, l'ensemble des ressources, de quelque nature qu'elles soient, de toutes les personnes composant le foyer, et notamment les avantages en nature ainsi que les revenus procurés par des biens mobiliers et immobiliers et par des capitaux ". Aux termes de l'article R. 262-7 du code de l'action sociale et des familles : " I.- Le montant dû au foyer bénéficiaire du revenu de solidarité active est égal à la moyenne des montants intermédiaires calculés pour chacun des trois mois précédant l'examen ou le réexamen périodique du droit. II.- Pour le calcul de l'allocation, les ressources du trimestre de référence prises en compte sont les suivantes : 1° La moyenne mensuelle des ressources perçues au cours des trois mois précédant la demande ou la révision, à l'exception de celles prévues aux 2° et 3° ".
9. La requérante ne conteste pas avoir déclaré partiellement les salaires perçus au cours de la période en litige, reconstitués par l'agent chargé du contrôle à partir des virements de la direction générale des finances publiques figurant sur son compte bancaire. Il résulte de l'instruction, ainsi que le soutient le département du Loiret, qu'à supposer même que le montant des crédits non justifiés figurant sur le compte bancaire de la requérante puisse être regardé comme un prêt, à hauteur d'un montant de 4 100 euros correspondant aux attestations produites par la requérante, le reliquat de ce montant, soit 7 135 euros, au sujet duquel la requérante ne produit aucune information, qu'elle est seule à même de produire, ajouté aux salaires réellement perçus (10 879 €), représente un total de 18 314 euros, soit une moyenne mensuelle de ressources de 872 par mois pour la période d'août 2019 à avril 2021, et ne permettait pas à Mme D de bénéficier du revenu de solidarité active.
En ce qui concerne l'amende administrative :
10. En premier lieu, l'article 4.2 de l'arrêté du président du conseil départemental du Loiret du 1er juillet 2021, attribue compétence au responsable du service revenu de solidarité active et retour à l'emploi pour signer les décisions d'amende administrative. Le moyen tiré de ce que M. A C, directeur chargé de la direction de l'insertion et de l'habitat aurait été incompétent pour infliger une amende à la requérante sur le fondement de l'article L. 262-52 du code de l'action sociale et des familles doit être écarté.
11. En deuxième lieu, la décision du 29 avril 2022, qui vise l'article L. 262-52 code de l'action sociale et des familles, se réfère à la lettre du 4 février 2022 précédemment notifiée à la requérante et l'informant d'une sanction, et précise que l'indu est la conséquence de fausses déclarations résultant de l'absence de déclaration de l'ensemble des ressources perçues au cours de la période du 1er novembre 2019 au 31 juillet 2021, soit 6 509, 26 euros, est suffisamment motivée en droit et en fait.
12. En troisième lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 262-52 du code de l'action sociale et des familles : " La fausse déclaration ou l'omission délibérée de déclaration ayant abouti au versement indu du revenu de solidarité active est passible d'une amende administrative prononcée et recouvrée dans les conditions et les limites définies, en matière de prestations familiales, aux sixième, septième, neuvième et dixième alinéas du I, à la seconde phrase du onzième alinéa du I et au II de l'article L. 114-17 du code de la sécurité sociale. La décision est prise par le président du conseil départemental () ".
13. Il résulte de l'instruction que l'absence de déclaration de l'ensemble des salaires et autres ressources prises en compte pour le calcul du revenu de solidarité active, perçues par la requérante au cours de la période de novembre 2019 à juillet 2021, ayant permis à Mme D de percevoir un montant indu de revenu de solidarité active de 6 509, euros, -alors au demeurant que Mme D n'allègue pas qu'elle ignorait de bonne foi devoir déclarer ces ressources-, doit être regardée comme une fausse déclaration au sens des dispositions précitées.
14. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme D doit être rejetée en toutes ses conclusions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête présentée par Mme D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B D et au département du Loiret.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 janvier 2023.
Le magistrat désigné,
Jean-Luc E
Le greffier,
Roger MBELANI
La République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Conseil d'État — N° 516229
Le juge des référés du Conseil d'État a rejeté la requête de M. B... qui demandait la suspension de l'exécution de la loi du pays n° 2026-4 du 15 mai 2026 portant création du code des douanes de Polynésie française. Le requérant invoquait une atteinte grave à plusieurs libertés fondamentales, mais le juge a estimé qu'il n'apportait aucun élément caractérisant une situation d'urgence justifiant une mesure de sauvegarde à très bref délai. La décision a été prise sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, en application de la procédure simplifiée prévue à l'article L. 522-3 du même code.
01/06/2026
Conseil d'État — N° 515333
Le juge des référés du Conseil d'État a rejeté la requête de Mme A..., magistrate, qui demandait le report et l'encadrement de ses auditions par l'inspection générale de la justice (IGJ) dans le cadre d'une enquête administrative. La requérante invoquait une atteinte grave à ses droits de la défense, à sa dignité et à l'indépendance juridictionnelle. Le juge a estimé que l'audition prévue du 4 au 7 mai 2026, qui ne préjugeait pas de l'issue de l'enquête ni d'éventuelles poursuites disciplinaires, n'était pas susceptible de porter une atteinte manifestement disproportionnée à ses droits. La décision a été prise sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, la condition d'urgence n'étant pas retenue comme caractérisant une illégalité grave.
03/05/2026
Conseil d'État — N° 509298
Le Conseil d'État rejette la requête de M. A... pour défaut d'intérêt à agir, les circonstances invoquées (qualité de citoyen, d'usager ou de professionnel) n'étant pas suffisamment directes et certaines pour contester la nomination du président du conseil d'administration de l'OFII. La portée de cette décision est de rappeler la rigueur du contrôle de l'intérêt à agir en matière de nominations aux emplois publics.
09/04/2026