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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2202648

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2202648

jeudi 29 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2202648
TypeDécision
Avocat requérantGIRAULT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 22 juillet 2022, la commune de Château-Renard (Loiret), représentée par la SELARL Casadéi-Jung, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, de prescrire une expertise aux fins de décrire et de constater les désordres affectant le cours de tennis n°1 qu'elle a fait construire, d'en déterminer les causes ainsi que les travaux réparatoires nécessaires pour y mettre fin et chiffrer le coût de ces derniers, de dire si les désordres sont de nature à compromettre la solidité de l'ouvrage ou à le rendre impropre à sa destination, de manière générale de fournir tous éléments techniques et de fait et de faire toutes constatations ou investigations utiles de nature à permettre au tribunal administratif de déterminer les responsabilités éventuellement encourues et d'évaluer, s'il y a lieu, les préjudices subis par la commune.

Elle soutient que :

- pour assurer la création du court de tennis n°1, elle a conclu un marché d'assistance à maîtrise d'ouvrage le 8 février 2011 avec la société LS Projets et a confié la construction de cet équipement à la société Euro 2000 par marché de travaux du 1er février 2012, transféré par avenant du 17 avril 2012 à la société Sols Tech après rachat de cette dernière ;

- par ailleurs, elle a fait réaliser une étude géotechnique par le groupe Géotec ayant conduit à l'adaptation du projet initial ;

- les travaux ont fait l'objet de réception le 31 juillet 2012, avec des réserves portant sur la tension des grillages de clôture et leur fixation sur les jambes de force des angles ;

- depuis lors, de multiples fissures affectent le court de tennis, dont un constat d'huissier en date du 13 juillet 2022 rend compte ;

- dans la perspective de la recherche des responsabilités des différents intervenants et de leurs assureurs, la commune sollicite le prononcé d'une mesure d'expertise.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 août 2022, la SARL Sols Tech, représentée par la SCP Callenge - Guettard, ne s'oppose pas à la demande d'expertise mais formule toutes protestations et réserves sur sa mise en cause et ses responsabilités.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 septembre 2022, la société Géotec, représentée par la SCP Le Metayer et Associés, ne s'oppose pas à la demande d'expertise mais formule toutes protestations et réserves sur sa mise en cause et ses responsabilités.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 septembre 2022, la société Quadral Ingénierie Immobilière venant aux droits de la société LS Projets, représentée par la SCP Becker, Szturemski - Vauthier - Klein - Desserre, conclut à sa mise hors de cause et à la condamnation de la commune de Château-Renard au versement de 800 € sur le fondement de l'article L-761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle ne témoigne d'aucune implication ou responsabilité dans les désordres invoqués, dans la mesure où sa mission d'assistance à maîtrise d'ouvrage avait pour seul objet de conseiller la commune dans le montage et la réalisation de son projet.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 octobre 2022, la société Thelem Assurances, prise en qualité d'assureur de la SARL Sols Tech jusqu'au 31 décembre 2015 et représentée par la SCP Raffin et Associés, ne s'oppose pas à la demande d'expertise mais formule toutes protestations et réserves sur ses responsabilités, et sollicite la mise en cause des compagnies MMA Iard Assurances Mutuelles et MMA Iard assurant actuellement la SARL Sols Tech.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 novembre 2022, les compagnies MMA Iard Assurances Mutuelles et MMA Iard, représentées par la SELARL Berger - Tardivon - Girault - Saint-Hilaire, confirment être l'assureur actuel de la SARL Sols Tech et s'en rapportent à justice quant à la demande d'expertise, tout en formulant toutes protestations et réserves sur leurs responsabilités.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande d'expertise :

1. Aux termes du premier alinéa de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction. ". La prescription d'une mesure d'expertise en application de ces dispositions est subordonnée à son utilité pour le règlement d'un litige principal qui doit être appréciée en tenant compte, notamment, de l'existence d'une perspective contentieuse recevable, des possibilités ouvertes au demandeur pour arriver au même résultat par d'autres moyens et de l'intérêt de la mesure pour le contentieux né ou à venir en prenant en compte, à cet effet, les expertises judiciaires ou amiables qui ont pu être prescrites ou réalisées au titre du même litige et au regard des motifs de droit et de fait qui justifient, selon la demande, la mesure sollicitée.

2. D'autre part, la circonstance que les assurés qu'ils représentent soient présents à une expertise prescrite sur le fondement des dispositions citées au point 1 ne fait pas obstacle à ce que le juge des référés soit saisi de conclusions tendant à ce que cette expertise soit réalisée au contradictoire des assureurs des parties.

3. Il résulte de l'instruction que la ville de Château-Renard a décidé la création du court de tennis n °1 par la conclusion d'un marché de travaux avec la SARL Sols Tech, substituée à la société Euro 2000 après rachat et assurée auprès de la société Thelem Assurances, puis par les compagnies MMA Iard Assurances Mutuelles et MMA Iard. A cet effet, la commune s'est attaché les services d'assistance à maîtrise d'ouvrage exercés par la société LS Projets, devenue depuis Quadral Ingénierie Immobilière. Elle a également missionné la société Géotech afin de réaliser une étude géotechnique du terrain servant d'assiette à l'équipement sportif envisagé. Les travaux ont fait l'objet de réception avec réserves le 31 juillet 2012, et diverses fissures sont apparues depuis, telles qu'établies par constat d'huissier du 13 juillet 2022. La commune demande au juge des référés de désigner un expert aux fins de décrire et de constater les désordres affectant le court de tennis, d'en déterminer les causes ainsi que les travaux réparatoires nécessaires pour y mettre fin et chiffrer le coût de ces derniers, de dire si les désordres sont de nature à compromettre la solidité de l'ouvrage ou à le rendre impropre à sa destination, de manière générale de fournir tous éléments techniques et de fait et de faire toutes constatations ou investigations utiles de nature à permettre au tribunal administratif de déterminer les responsabilités éventuellement encourues et d'évaluer, s'il y a lieu, les préjudices subis par la commune.

4. Le litige au fond susceptible d'opposer la commune de Château-Renard à la SARL Sols Tech et ses assureurs, et à la société Géotec concernant les désordres précités relève de la compétence de la juridiction administrative dès lors qu'il concerne la réalisation de marchés et de travaux publics ainsi que les participants à ces travaux. La SARL Sols Tech, la société Géotec ainsi que les compagnies d'assurances Thelem, MMA Iard Assurances Mutuelles et MMA Iard ne s'opposent pas à la demande d'expertise. La mesure sollicitée par la commune de Château-Renard entre dans le champ d'application des dispositions de l'article R. 532-1 précité et elle est utile afin de constater contradictoirement la réalité des désordres, déterminer les responsabilités et les travaux à exécuter pour y remédier. Par suite, il y a lieu d'ordonner l'expertise sollicitée, de désigner un seul expert et de fixer la mission de l'expert comme il est dit à l'article 1er de la présente ordonnance.

Sur la demande de mise hors de cause de la société Quadral Ingénierie Immobilière :

5. Au soutien de sa mise hors de cause, la société Quadral Ingénierie Immobilière fait valoir qu'elle n'est pas concernée par les désordres affectant la construction du court de tennis, dans la mesure où, selon le contrat de mission conclu avec la commune, elle s'est bornée à apporter une prestation de conseil pour la passation du marché (rédaction de pièces de marché, pilotage des consultations d'entreprises) ou une assistance administrative et financière pour la réception du chantier. Dans l'exercice de cette mission, elle n'a donc commis aucune faute qui pourrait se rapporter aux dommages allégués. Toutefois, l'organisation d'une mesure d'expertise ne préjuge pas de la responsabilité éventuelle des parties appelées en la cause, tous droits et moyens des parties étant expressément réservés. Ainsi la présence de toutes les personnes susceptibles d'éclairer les travaux de l'expert permet de caractériser l'utilité de la mesure. Il ressort de l'examen des pièces du dossier que, par contrat du 8 février 2011, la société LS Projets s'est engagée à accompagner la commune de Château-Renard dans l'aménagement d'un terrain de tennis pour les phases montage et réalisation, comportant notamment le suivi des travaux, l'information du maître d'ouvrage sur leur exécution et le conseil de ce dernier en matière de réception de l'ouvrage. A cet effet, par sa participation même au projet de construction à titre d'assistance et de conseil, la présence de la société Quadral Ingénierie Immobilière pourra alimenter les investigations à titre d'expertise. Le cas échéant, il appartiendra à l'expert, s'il l'estime pertinent, de solliciter du juge des référés, en fournissant toute justification, la mise hors de cause des parties dont la participation ne serait pas ou plus nécessaire, en application des dispositions de l'article R. 532-3 du code de justice administrative. Par suite, la présence à l'expertise de la société Quadral Ingénierie Immobilière est nécessaire à l'utilité de la mesure, de sorte que sa demande tendant à être mise hors de cause doit être rejetée.

Sur les conclusions de la SARL Sols Tech, de la société Géotec, des compagnies Thelem assurances, MMA Iard Assurances Mutuelles et MMA Iard tendant à leur donner acte de leurs protestations et réserves :

6. Ces sociétés demandent de leur donner acte de leurs protestations et réserves. Il n'appartient pas au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, de donner acte de telles protestations et réserves. Les conclusions présentées à cette fin doivent être rejetées.

Sur l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

7. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

8. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par la société Quadral Ingénierie Immobilière sur le fondement de ces dispositions.

O R D O N N E :

Article 1er: M. A B, architecte, demeurant 94 avenue du Général de Gaulle à Montereau-Fault-Yonne (77130), est désigné en qualité d'expert avec pour mission de :

1°) se rendre sur les lieux, Allée des Vergers à Château-Renard, de se faire remettre tous documents utiles à l'accomplissement de sa mission et d'entendre toute personne susceptible de l'éclairer, procéder à toutes constatations utiles relatives à l'état du terrain de tennis et notamment procéder au relevé précis et détaillé de tous les désordres l'affectant, dire s'ils sont évolutifs ou généralisés ;

2°) dire si les désordres concernant le court de tennis dénoncés par la commune sont de nature à compromettre la solidité de l'ouvrages ou à le rendre impropre à sa destination, s'ils sont imputables à un défaut de conception, à un défaut de surveillance des travaux, à des défauts d'exécution ou à toute autre cause et, en cas de causes multiples, d'indiquer la part imputable à chacune des causes ;

3°) fournir tous éléments techniques et de fait de nature à permettre à la juridiction éventuellement saisie de déterminer les responsabilités encourues ;

4°) déterminer les travaux de réparation nécessaires pour remédier aux désordres ;

5°) indiquer les travaux éventuels à réaliser d'urgence, dans l'hypothèse où les désordres relevés seraient de nature à constituer un risque pour la sécurité des usagers ;

6°) fournir tous éléments permettant à la juridiction éventuellement saisie d'évaluer l'ensemble des préjudices subis par la commune, notamment le coût des travaux de réparation des désordres ;

7°) apporter, d'une manière générale, tous éléments qui seraient utiles à la solution du litige par la juridiction saisie.

Article 2 : L'expert accomplira sa mission dans les conditions prévues aux articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il ne pourra recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable de la présidente du tribunal administratif.

Article 3 : Préalablement à toute opération, l'expert prêtera serment dans les formes prévues à l'article R. 621-3 du code de justice administrative.

Article 4 : Les opérations d'expertise auront lieu contradictoirement en présence des représentants de la commune de Chateau-Renard, de la SARL Sols Tech, de la société Quadral Ingénierie Immobilière, de la société Géotec, des compagnies Thelem assurances, MMA Iard Assurances Mutuelles et MMA Iard.

Article 5 : L'expert avertira les parties conformément aux dispositions de l'article R. 621-7 du code de justice administrative.

Article 6 : L'expert déposera le rapport définitif au greffe en deux exemplaires avant le 30 juin 2023. Des copies seront notifiées par l'expert aux parties intéressées. Avec leur accord, cette notification pourra s'opérer sous forme électronique. L'expert justifiera auprès du tribunal de la date de réception de son rapport par les parties.

Article 7 : Les frais et honoraires de l'expertise seront mis à la charge de la ou des parties désignées dans l'ordonnance par laquelle le président du tribunal liquidera et taxera ces frais et honoraires.

Article 8 : Le surplus des demandes des parties est rejeté.

Article 9 : La présente ordonnance sera notifiée à la commune de Chateau-Renard, à la SARL Sols Tech, à la société Quadral Ingénierie Immobilière, à la société Géotec, aux compagnies Thelem assurances, MMA Iard Assurances Mutuelles et MMA Iard ainsi qu'à l'expert.

Fait à Orléans, le 29 décembre 2022.

Le juge des référés,

Guy QUILLEVERE

La République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

ABo

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