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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2203111

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2203111

mardi 10 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2203111
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème chambre
Avocat requérantYAMADA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires en réplique enregistrés les 8 septembre 2022, 22 mai 2023 et 3 juillet 2023, M. B Haentzler et Mme A E, épouse Haentzler, représentés par Me Yamada, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 11 février 2022 par laquelle le président du conseil départemental du Cher a refusé de leur délivrer un agrément en vue de l'adoption d'enfants ;

2°) d'enjoindre au président du conseil départemental du Cher de leur délivrer un agrément pour adoption dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge du département du Cher la somme de 2.000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par deux mémoires en défense enregistrés les 20 février 2023 et 13 février 2023, le département du Cher conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que le moyen n'est pas fondé.

Par une ordonnance du 9 juillet 2024, la clôture de l'instruction a été fixée le 23 juillet 2024 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code civil ;

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- les conclusions de M. Lombard, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme Haentzler ont présenté le 25 septembre 2020 une demande en vue d'obtenir l'agrément nécessaire à l'adoption d'un enfant. Après un avis défavorable émis le 11 juillet 2022 par la commission d'agrément, le président du conseil départemental du Cher a rejeté leur demande par décision du 11 février 2022. A la suite du recours gracieux, l'exécutif départemental a réexaminé leur demande et, après un nouvel avis défavorable de la commission d'agrément en date du 27 juin 2022, a de nouveau rejeté leur demande. Par la présente requête, les époux Haentzler demandent au tribunal d'annuler la décision du 11 février 2022.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 223-1 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne qui demande une prestation () est informée par les services chargés de la protection de la famille et de l'enfance des conditions d'attribution () de cette prestation (). / Elle peut être accompagnée de la personne de son choix, représentant ou non une association, dans ses démarches auprès du service. Néanmoins, celui-ci a la possibilité de proposer également un entretien individuel dans l'intérêt du demandeur. / () ". Aux termes de l'article L. 225-3 du même code : " Les personnes qui demandent l'agrément bénéficient des dispositions de l'article L. 223-1. / Les conseils départementaux proposent aux candidats des réunions d'information pendant la période d'agrément. / () Elles sont informées du déroulement de ladite instruction et peuvent prendre connaissance de tout document figurant dans leur dossier () ". Aux termes de l'article R. 225-1 du même code : " Toute personne qui sollicite l'agrément prévu aux articles L. 225-2 et L. 225-15 doit en faire la demande au président du conseil départemental de son département de résidence. / () ". Aux termes de l'article R. 225-2 du même code : " Les personnes doivent être informées, dans un délai de deux mois après s'être adressées au président du conseil général : / () / 2° De la procédure judiciaire de l'adoption et de la procédure administrative préalable fixée par la présente sous-section, et notamment des dispositions relatives : / a) Au droit d'accès des intéressés à leur dossier ; / b) Au fonctionnement de la commission d'agrément ; / () / Un document récapitulant ces informations doit être remis aux personnes ; / () ". Selon l'article R. 225-4 du même code : " Avant de délivrer l'agrément, le président du conseil départemental doit s'assurer que les conditions d'accueil offertes par le demandeur sur les plans familial, éducatif et psychologique correspondent aux besoins et à l'intérêt d'un enfant adopté ". Selon l'article R. 225-5 du même code : " La décision est prise par le président du conseil départemental après consultation de la commission d'agrément prévue à l'article R. 225-9. / Le demandeur est informé de la possibilité d'être entendu par la commission sur sa propre demande et dans les conditions fixées au deuxième alinéa de l'article L. 223-1. Il peut également, dans les mêmes conditions, être entendu par la commission sur la demande d'au moins deux de ses membres. / La commission rend son avis hors la présence du demandeur et, le cas échéant, de la personne qui l'assiste ".

3. Pour rejeter la demande d'agrément aux fins d'adoption présentée par M. et Mme Haentzler, le président du conseil départemental du Cher a estimé que si le couple est désireux de devenir parents, il apparaît toutefois que leurs capacités éducatives et d'analyse ne permettent pas de répondre aux besoins d'un enfant, notamment, au regard de la spécificité de la parentalité adoptive et que les conséquences vis-à-vis de leur fonctionnement familiales, les nécessaires adaptations de la vie quotidienne sont insuffisamment mesurées et nécessitent d'approfondir le travail de réflexion engagé.

4. Il ressort des pièces du dossier que si les conclusions des différents rapports réalisés par des pédopsychiatriques et travailleurs sociaux agréés dans le cadre de l'instruction de la demande d'agrément formulée par M. et Mme Haentzler sont réservées voire défavorables quant à leur projet adoptif pour les motifs mentionnés au point 3 repris par le président du conseil départemental, ces rapports font néanmoins également état d'un couple soudé qui a désormais un équilibre dans leur vie malgré des évènements passés difficiles. Leur motivation, sans être purement théorique ou idéaliste, est très forte et sincère ainsi qu'il en ressort des nombreuses attestations fournies et de l'analyse psychologique du docteur D du 20 avril 2023. En effet, ils abordent le projet sur un mode réaliste, en ayant eu l'honnêteté de faire part de leur passé tout au long de la procédure, démontrant par là-même une pleine conscience des difficultés qu'ils pourraient, compte tenu de leur histoire respective, être amenés à rencontrer en adoptant un enfant. Au-delà de ces éléments, M. et Mme Haentzler forment un couple uni, animé d'un réel et profond désir d'adoption, se montrant pleinement investis dans une démarche affective commune comme le démontre leur projet parental très détaillé. Dans ces conditions, et en l'absence d'éléments supplémentaires et complémentaires sur leurs prétendues carences quant à l'estimation des incidences de l'accueil d'un enfant adopté, il ne ressort pas du dossier que, à la date de la décision contestée, M. et Mme Haentzler ne seraient pas en capacité d'offrir des conditions d'accueil sur les plans familial, éducatif et psychologique correspondant aux besoins et à l'intérêt d'un enfant adopté. Ainsi, en refusant l'agrément sollicité, le président du conseil départemental du Cher a fait une inexacte application des dispositions législatives et réglementaires précitées et entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.

5. Il résulte de tout ce qui précède que M. et Mme Haentzler sont fondés à soutenir que c'est à tort que le président du conseil départemental du Cher a rejeté leur demande. Il y a lieu par suite d'annuler la décision de refus d'agrément du 11 février 2022.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public () prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution ".

7. Compte tenu de l'absence d'élément quant aux éventuels changements intervenus dans la situation personnelle et familiale de M. et Mme Haentzler, l'annulation du refus d'agrément opposé à ces derniers n'implique pas nécessairement que le département du Cher leur délivre un agrément. Il y a lieu, en revanche, en application des dispositions précitées de l'article L. 911-2 du code de justice administrative, d'enjoindre au département du Cher de prendre une nouvelle décision, à l'issue d'une nouvelle instruction de la demande de M. et Mme Haentzler, dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais d'instance :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du département du Cher la somme de 1.500 euros au titre des frais exposés par M. et Mme Haentzler et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 11 février 2022 du président du conseil départemental du Cher est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au département du Cher de réexaminer la demande de M. et Mme Haentzler à l'issue d'une nouvelle instruction dans un délai de trois mois suivant la notification du présent jugement.

Article 3 : Le département du Cher versera à M. et Mme Haentzler la somme de 1.500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. et Mme Haentzler est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A E, épouse Haentzler, M. B Haentzler et au département du Cher.

Délibéré après l'audience du 26 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Samuel Deliancourt, président,

M. Jean-Luc Jaosidy, premier conseiller,

Mme Aurore Bardet, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 décembre 2024.

La rapporteure,

Aurore C

Le président,

Samuel DELIANCOURT

La greffière,

Aurore MARTIN

La République mande et ordonne au préfet du Cher en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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