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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2204325

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2204325

vendredi 6 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2204325
TypeDécision
PublicationD
Avocat requérantSAS ITRA CONSULTING

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 6 décembre 2022, Mme A B, représentée par Me Traore, demande au tribunal :

1°) d'enjoindre à la préfète du Loiret de lui délivrer un récépissé ou une attestation de prolongation d'instruction de sa demande de titre de séjour le temps de l'instruction de sa demande, dans un délai de 15 jours suivant la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de cinquante euros par jour de retard ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- en date du 28 septembre 2022, elle a déposé son dossier de demande de titre de séjour à la préfecture du Loiret ; par un courrier du 26 octobre 2022, il lui a été confirmé que son dossier était en cours d'instruction, mais aucun récépissé ne lui a été délivré ; il lui a été demander de compléter son dossier (carte d'identité de l'hébergeant et attestation de bourse ou bulletin de salaire de la personne la prenant en charge) ;

- l'urgence est caractérisée, elle est en situation irrégulière ; elle est inscrite à l'université et a besoin d'un récépissé pour les examens ; il est porté une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale ;

- elle a effectué plusieurs relances pour obtenir un récépissé, la dernière datant du 25 octobre 2022 ; la mesure demandée présente un caractère utile et ne fait obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative.

Par un mémoire enregistré le 9 décembre 2022, la préfète du Loiret conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'arrêté du 4 mai 2022, fixant la liste des pièces justificatives exigées pour la délivrance des titres de séjour prévus par le livre IV du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. C en application des dispositions de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, née le 5 octobre 2003 au Sénégal, est entrée en France le 14 octobre 2011, muni d'un visa D, valable jusqu'au 14 octobre 2012. Elle a bénéficié d'un document de circulation pour étranger mineur, valable du 8 novembre 2012 au 7 novembre 2017, soit jusqu'à ses quatorze ans, et dont elle n'a pas demandé le renouvellement. Le 28 septembre 2022, Mme B, alors âgée de dix-huit ans et onze mois, a déposé une demande de titre de séjour sur le fondement des dispositions des articles L. 423-21 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle demande au juge des référés d'enjoindre à la préfète du Loiret de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour ou l'attestation de prolongation de l'instruction de son dossier prévue par l'article R. 431-15-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

2. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".

3. La détention du récépissé qui lui est en principe remis après l'enregistrement de sa demande de titre de séjour, si son dossier est complet, a des conséquences sur la situation d'un étranger, notamment sur son droit à se maintenir en France et, dans certains cas, à y travailler. Il appartient au juge des référés d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de délivrance d'un récépissé sur la situation concrète de l'intéressé. La condition d'urgence est en principe constatée dans le cas d'une demande de renouvellement d'un titre de séjour.

4. Aux termes de l'article R. 431-15-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'instruction d'une demande complète et déposée dans le respect des délais mentionnés à l'article R. 431-5 se poursuit au-delà de la date de validité du document de séjour détenu, le préfet est tenu de mettre à la disposition du demandeur via le téléservice mentionné au premier alinéa une attestation de prolongation de l'instruction de sa demande dont la durée de validité ne peut être supérieure à trois mois. Ce document, accompagné du document de séjour expiré, lui permet de justifier de la régularité de son séjour pendant la durée qu'il précise. Lorsque l'instruction se prolonge, en raison de circonstances particulières, au-delà de la date d'expiration de l'attestation, celle-ci est renouvelée aussi longtemps que le préfet n'a pas statué sur la demande ".

5. En premier lieu, si Mme B soutient qu'elle n'a reçu aucune réponse des services de la préfecture après le dépôt de sa demande d'un premier titre de séjour, il résulte toutefois de l'instruction que le 26 octobre 2022, les services préfectoraux ont adressé un courriel au conseil de la requérante, précisant les pièces restant à communiquer pour que le dossier soit complet, soit "la copie recto/verso de la carte nationale de son hébergeur et une attestation de bourse ou les bulletins de salaires de la personne la prenant en charge ", en application des points 35 et 37 de l'arrêté du 4 mai 2022 susvisé. Il ne résulte pas de l'instruction que la requérante a transmis ces pièces. Il suit de là, en tout état de cause, que Mme B ne pouvait obtenir l'attestation de prolongation de l'instruction de son dossier prévue par l'article R. 431-15-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni davantage un récépissé de demande de titre de séjour.

6. En deuxième lieu, il ne résulte pas de l'instruction que la détention d'un récépissé de demande de titre de séjour serait nécessaire pour la poursuite des études universitaires de la requérante. Si Mme B soutient qu'elle est inscrite en première année d'études de cinéma, elle ne produit aucun commencement de preuve au soutien de cette allégation. La requérante ne précise pas davantage les démarches administratives entreprises, qui auraient nécessité la détention du récépissé. Pour les motifs exposés au point précédent, il ne résulte pas de l'instruction que le défaut de délivrance d'un récépissé porte une atteinte disproportionnée à la vie privée et familiale de la requérante, compte tenu de la durée et des conditions de sa présence en France, et la préfète du Loiret fait valoir que Mme B n'a sollicité un titre de séjour que onze mois après sa majorité. Le moyen doit dès lors être écarté.

7. Il résulte de l'instruction que la demande de Mme B, dont le dépôt du dossier de titre de séjour est récent, ne présente pas un caractère urgent et utile au sens des dispositions de l'article L. 521-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Au demeurant, la préfète du Loiret fait valoir qu'une convocation pour un rendez-vous le 16 décembre 2022 a été adressée à Mme B, au terme de laquelle la requérante peut obtenir un récépissé de demande de titre de séjour, sous réserve de produire l'ensemble des justificatifs requis.

8. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme B doit être rejetée, y compris les conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B et à la préfète du Loiret.

Fait à Orléans le 6 janvier 2023.

Le juge des référés,

Jean-Luc C

La République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

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