jeudi 10 avril 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2204328 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | SCP WEDRYCHOWSKI ET ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 5 décembre 2022, le 14 octobre 2024 et le 14 novembre 2024, Mme G F épouse B et Mme E F épouse A demandent au tribunal :
1°) de condamner l'établissement public de santé mentale (EPSM) Georges Daumézon à leur verser la somme de 8 000 euros chacune en réparation du préjudice moral qu'elles estiment avoir subi en lien avec la prise en charge de leur mère dans cet établissement avant son décès le 24 décembre 2012 ;
2°) de condamner l'EPSM Georges Daumézon aux entiers dépens.
Elles soutiennent que :
- l'EPSM Georges Daumézon a commis une faute dès lors qu'il n'a pas accompagné la fin de vie de leur mère en soulageant ses douleurs, en méconnaissance de l'article L. 1110-5 du code de la santé publique, issue de la loi Leonetti du 22 avril 2005 ;
- cette faute est à l'origine d'un préjudice moral qu'il convient d'indemniser à hauteur de 8 000 euros pour chacune d'entre elles ;
- elles n'ont pas été destinataires du rapport d'expertise judiciaire.
Par des mémoires, enregistrés le 17 juillet 2023 et le 25 octobre 2024, l'établissement public de santé mentale (EPSM) Georges Daumézon, représenté par Me Wedrychowski, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge des requérantes en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir qu'aucune faute n'a été relevée par l'expert judiciaire, dont le rapport a été notifié à leur conseil, quant à la prise en charge de Mme D F au sein de l'établissement.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- l'ordonnance n° 1403457 du 13 janvier 2015 par laquelle le président du tribunal a désigné le docteur C, médecin interniste, en qualité d'expert ;
- le rapport d'expertise déposé au greffe du tribunal le 21 juillet 2016 ;
- l'ordonnance n° 1403457 du 11 octobre 2016 par laquelle le président du tribunal a liquidé et taxé les frais de l'expertise à la somme de 2 800 euros.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Dicko-Dogan,
- les conclusions de M. Gauthier, rapporteur public,
- et les observations de Me Tournier substituant Me Wedrychowski, représentant l'établissement public de santé mentale (EPSM) Georges Daumézon.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D F, née le 23 juin 1915, a été admise le 24 janvier 2007 au centre d'accueil des personnes âgées de l'EPSM Georges Daumézon après un séjour à la maison de retraite " La Reine Blanche " à Olivet (45) de novembre 2005 à mai 2006 puis à l'établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes " Résidence Paul Gauguin " du 24 mai 2006 au 24 janvier 2007. A son entrée, elle était en bon état général avec une dépendance légère et présentait un comportement normal, sans trouble cognitif majeur, malgré des antécédents d'accident ischémique et vasculaire à plusieurs reprises, traités par anticoagulants, et un léger syndrome dépressif réactionnel traité par antidépresseurs. A partir de septembre 2010, la situation générale de Mme F s'est progressivement dégradée à la suite d'un nouvel accident vasculaire cérébral. A partir de 2012, elle est considérée comme grabataire et totalement dépendante. Le 16 décembre 2012, le personnel médical et paramédical de l'établissement constate une faiblesse et pâleur inhabituelle de la patiente. Le bilan réalisé montre une arythmie complète et une anémie inflammatoire. En accord avec la famille, Mme F est transférée le 19 décembre 2012 au centre hospitalier régional d'Orléans où des soins de confort sont mis en place et où elle décède le 24 décembre 2012 à l'âge de 97 ans.
2. Estimant que la prise en charge thérapeutique de leur mère par l'EPSM Georges Daumézon était insuffisante, Mme G F épouse B et Mme E F épouse A, ont, par l'intermédiaire de leur conseil, saisi la juge des référés du tribunal d'une requête à fin de désignation d'un expert dont le rapport a été enregistré au greffe du tribunal le 21 juillet 2016. Le 17 décembre 2022, Madame G B et Mme E A ont saisi l'EPSM Georges Daumézon d'une demande indemnitaire préalable tendant à la réparation de leur préjudice moral en lien avec les souffrances endurées par leur mère à la fin de sa vie, sans que des soins et traitements appropriés ne soient mis en œuvre. Cette demande étant restée sans réponse, elle demande au tribunal de condamner cet établissement à leur verser à chacune la somme de 8 000 euros.
Sur la régularité de l'expertise :
3. Aux termes de l'article R. 621-9 du code de justice administrative, dans sa rédaction applicable au litige : " Le rapport est déposé au greffe en deux exemplaires. Des copies sont notifiées par l'expert aux parties intéressées. Avec leur accord, cette notification peut s'opérer sous forme électronique. / Le greffe peut demander à l'expert de déposer son rapport sous forme numérique. La notification du rapport aux parties est alors assurée par le greffe. / Les parties sont invitées par le greffe de la juridiction à fournir leurs observations dans le délai d'un mois ; une prorogation de délai peut être accordée ".
4. Mme B et Mme A font valoir qu'elles n'ont pas été destinataires du rapport d'expertise judiciaire. Il ressort toutefois des énonciations de ce rapport que le conseil des requérantes a été rendu destinataire d'une copie du rapport définitif déposé au greffe au tribunal le 21 juillet 2016, lequel faisait état notamment de la prise en charge de Mme F au cours des derniers mois de sa vie au sein de l'EPSM Georges Daumézon. Au demeurant, il résulte de l'instruction que l'EPSM Georges Daumézon a produit à l'instance une copie de ce rapport, en pièce jointe de son mémoire enregistré le 17 juillet 2023, lequel a été communiqué aux requérantes, ainsi mises à même de présenter utilement leurs observations. Par suite, Mme B et Mme A ne sauraient invoquer, à supposer que telle était leur intention, une méconnaissance du principe du contradictoire.
Sur la responsabilité du l'EPSM Georges Daumézon :
5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 1110-5 du même code : " Toute personne a, compte tenu de son état de santé et de l'urgence des interventions que celui-ci requiert, le droit de recevoir, sur l'ensemble du territoire, les traitements et les soins les plus appropriés et de bénéficier des thérapeutiques dont l'efficacité est reconnue et qui garantissent la meilleure sécurité sanitaire et le meilleur apaisement possible de la souffrance au regard des connaissances médicales avérées. Les actes de prévention, d'investigation ou de traitements et de soins ne doivent pas, en l'état des connaissances médicales, lui faire courir de risques disproportionnés par rapport au bénéfice escompté () Tout personne a le droit d'avoir une fin de vie digne et accompagnée du meilleur apaisement possible de la souffrance. Les professionnels de santé mettent en œuvre tous les moyens à leur disposition pour que ce droit soit respecté ". Il résulte de ces dispositions que toute personne a le droit de recevoir les traitements et les soins les plus appropriés à son état de santé, tels qu'appréciés par le médecin, sous réserve de son consentement libre et éclairé. En revanche, aucune disposition ne consacre au profit du patient un droit de choisir son traitement.
6. Les requérantes soutiennent que malgré leurs signalements répétés, l'équipe du centre d'accueil des personnes âgées de l'EPSM Georges Daumézon n'a pas su reconnaître ni l'état de dénutrition grave ni la sévérité du syndrome douloureux qui affectait leur mère et que par conséquent, cette dernière n'a pas pu bénéficier d'une fin de vie apaisée au sens des dispositions précitées. Elles font valoir que les douleurs ressenties par leur mère depuis septembre 2012 n'ont pas été correctement prises en charge par l'établissement qui aurait dû l'admettre en soins palliatifs sans attendre son transfert au centre hospitalier régional d'Orléans. Il résulte toutefois de l'instruction, et en particulier du rapport d'expertise judiciaire, que l'état de santé de Mme F s'est progressivement dégradé à compter de septembre 2010, date à laquelle elle a été victime d'un quatrième accident vasculaire cérébral et qu'à partir de 2012, son autonomie était très réduite et que malgré des bilans médicaux régulièrement satisfaisants, son état général s'affaiblissait en lien avec une alimentation rendue difficile par cette dégradation et des problèmes dentaires. Si à partir de septembre 2012, les filles de Mme F ont signalé l'existence de douleurs chez leur mère, cette situation n'a pas été confirmée par le médecin responsable ni le personnel médical et paramédical, qui ont estimé que l'intéressée se contractait pour éviter les soins. Les transmissions médicales ne font d'ailleurs état d'aucune douleur particulière et les requérantes n'apportent aucune pièce médicale de nature à remettre en cause les constats de l'expert. En outre, lorsque le 16 décembre 2012, ce même personnel a constaté une faiblesse et une pâleur inhabituelle de la patiente, des examens ont été immédiatement pratiqués et un transfert a été organisé, en accord avec la famille, vers le centre hospitalier régional d'Orléans où Mme F a pu bénéficier d'une prise en charge en soins palliatifs. Si à son arrivée dans ce centre hospitalier, l'intéressée présentait un syndrome inflammatoire biologique, une anémie, des signes de souffrance myocardique à l'électrocardiogramme et une dénutrition grave, il ne résulte pas de l'instruction que l'EPSM Georges Daumézon aurait tardé à prendre les mesures nécessaires à la prise en charge de sa fin de vie, dans un contexte où l'état de santé général de Mme F, déclarée grabataire depuis le début de l'année 2012, s'est brutalement dégradé à partir du 16 décembre 2012 avec une atteinte polysystémique à partir de cette date conduisant à son décès en quelques jours. Par suite, Mme B et Mme A ne sont pas fondées à soutenir que l'EPSM Georges Daumézon aurait commis une faute dans la prise en charge de la fin de vie de leur mère de nature à engager sa responsabilité.
7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'indemnisation présentées par Mme B et Mme A doivent être rejetées.
Sur les dépens :
8. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties () ".
9. Il y a lieu de mettre à la charge de Mme B et Mme A la charge définitive des frais d'expertise, liquidés et taxés à la somme de 2 800 euros toutes taxes comprises par une ordonnance du 11 octobre 2016 du président du tribunal administratif d'Orléans.
Sur les conclusions présentées au titre des frais de l'instance :
10. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".
11. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge des requérantes le versement à l'EPSM Georges Daumézon de la somme demandée au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B et de Mme A est rejetée.
Article 2 : Les frais et honoraires de l'expertise, liquidés et taxés à la somme de 2 800 euros par ordonnance du 11 octobre 2016, sont mis à la charge de Mme B et de Mme A.
Article 3 : Les conclusions de l'établissement public de santé mentale Georges Daumézon présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme G F épouse B, à Mme E F épouse A et à l'établissement public de santé mentale Georges Daumézon.
Copie en sera adressé à l'expert.
Délibéré après l'audience du 13 mars 2025, à laquelle siégeaient :
Mme Lesieux, présidente,
Mme Bernard, première conseillère,
Mme Dicko-Dogan, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 avril 2025
La rapporteure,
Fatoumata DICKO-DOGANLa présidente,
Sophie LESIEUX
La greffière,
Céline BOISGARD
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de l'accès aux soins en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-25PA02137
02/04/2026
Tribunal Administratif de Montpellier — N° TA34-2403399
Le Tribunal Administratif de Montpellier a rejeté la demande en indemnité de l'association Carcassonne Olympique suite à la résiliation anticipée par la commune de Carcassonne d'une convention d'occupation de locaux. La juridiction a estimé que l'association ne justifiait pas de l'existence d'un préjudice certain et direct résultant de cette résiliation, notamment concernant les promesses d'embauche et le manque à gagner allégués. La décision s'appuie sur les principes généraux du droit de la responsabilité administrative et les dispositions du code des relations entre le public et l'administration.
02/04/2026
Tribunal Administratif de Montpellier — N° TA34-2404649
Le Tribunal Administratif de Montpellier rejette la requête en excès de pouvoir et la demande indemnitaire de riverains contestant l'emplacement d'un point de collecte de déchets. La juridiction estime que les nuisances alléguées ne constituent pas un trouble anormal de voisinage et que les requérants ont accepté ce risque en transformant un garage en habitation à proximité d'une installation préexistante. Le tribunal applique les principes généraux de la responsabilité administrative pour trouble anormal de voisinage.
02/04/2026
Tribunal Administratif de Montpellier — N° TA34-2406960
Le Tribunal Administratif de Montpellier a été saisi d'un recours pour excès de pouvoir contre la décision préfectorale de clôture d'une demande de titre de séjour pour motif de dossier incomplet. Le tribunal constate que la délivrance ultérieure d'une carte de séjour à l'intéressé a rendu le recours sans objet. Il n'y a donc plus lieu de statuer sur l'annulation, mais l'État est condamné à verser 850 euros au requérant au titre des frais exposés.
02/04/2026