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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2204531

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2204531

jeudi 10 avril 2025

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2204531
TypeDécision
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantSELARL ETHIS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif d'Orléans a rejeté la requête de Mme B C, agente hospitalière, qui contestait sa révocation prononcée par le centre hospitalier de Luynes pour des faits de maltraitance. La juridiction a écarté les moyens de légalité externe, jugeant que le rapport de saisine du conseil de discipline était régulier, complet et non partial, et que l'auteur de ce rapport disposait d'une délégation de signature valablement publiée. Sur le fond, le tribunal a estimé que les faits de maltraitance étaient matériellement établis et que la sanction de révocation n'était pas disproportionnée compte tenu de la gravité des agissements. La décision s'appuie notamment sur le code général de la fonction publique et le décret n° 89-822 du 7 novembre 1989.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 21 décembre 2022, Mme B C, représentée par Me Gentilhomme, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 26 octobre 2022 par laquelle la directrice générale du centre hospitalier de Luynes a prononcé sa révocation ;

2°) d'enjoindre au centre hospitalier de Luynes de procéder à sa réintégration et à la reconstitution de sa carrière, dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, subsidiairement, de procéder à une nouvelle instruction de sa situation, dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Luynes une somme de 2 500 euros au titre des frais liés au litige.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée de plusieurs vices de procédure dès lors d'une part, qu'il n'est pas établi que le signataire du rapport de saisine du conseil de discipline était titulaire d'une délégation régulièrement publiée, d'autre part, que ce rapport est partial et lacunaire et enfin, que le conseil de discipline ne s'est pas prononcé sur l'ensemble des sanctions figurant sur l'échelle des sanctions ni sur l'absence de sanction et que seule la majorité des voix était requise et non l'unanimité ;

- elle est fondée sur des faits qui ne sont pas matériellement établis et est entachée d'erreur d'appréciation ;

- le motif tiré de la nécessité d'une mesure d'éloignement du service dans son intérêt et celui des résidents, qui ne renvoie à aucun document ou principe et concerne les décisions de suspension, ne saurait être utilement invoqué à l'appui de la décision attaquée prononçant sa révocation ;

- la sanction prononcée, qui ne tient compte ni de la nature des fonctions exercées ni de son niveau hiérarchique ni de sa manière de servir, est disproportionnée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 février 2024, le centre hospitalier Jean Pagès de Luynes, représenté par Me Tertrais, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de Mme C une somme de 3 000 euros au titre des frais liés au litige.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code général de la fonction publique ;

- le décret n° 89-822 du 7 novembre 1989 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Nehring,

- les conclusions de Eric Gauthier, rapporteur public,

- et les observations de Me Gentilhomme, représentant Mme C et de Me Gobé, substituant Me Tertrais, représentant le centre hospitalier Jean Pagès de Luynes.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B C, agente des services hospitaliers qualifiée (ASHQ), exerçait les fonctions d'entretien et d'hygiène des lieux de vie des résidents, dans l'équipe de nuit, au sein de l'établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) du centre hospitalier Jean Pagès de Luynes depuis le 16 septembre 2015 en qualité d'agent contractuel, puis d'agent titulaire depuis le 1er avril 2020. A la suite de la dénonciation de faits de maltraitance et de violence, Mme C a été suspendue de ses fonctions à titre conservatoire par une décision du 16 mai 2022. Après qu'une enquête administrative a été réalisée aux mois de mai et juin 2022 et que le conseil de discipline a été saisi, la directrice générale du centre hospitalier Jean Pagès de Luynes a, par une décision du 26 octobre 2022, prononcé la révocation de l'intéressée. Par sa requête ci-dessus analysée, Mme C demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne la légalité externe :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 532-13 du code général de la fonction publique : " Le conseil de discipline est saisi par un rapport de l'autorité investie du pouvoir de nomination. / Ce rapport précise les faits reprochés au fonctionnaire hospitalier poursuivi, ainsi que les circonstances dans lesquelles ils ont été commis. ".

3. D'une part, par décision du 4 janvier 2022, publiée le 11 janvier 2022 au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture d'Indre-et-Loire, la directrice générale du centre hospitalier Jean Pagès de Luynes a donné délégation à M. D A, directeur délégué à l'effet de signer notamment " tout acte lié à la gestion administrative du personnel, y compris de décisions d'ordre disciplinaire ". Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur du rapport de saisine du conseil de discipline, qui manque en fait, doit être écarté.

4. D'autre part, le rapport par lequel la directrice générale de l'établissement a saisi le conseil de discipline comportait, d'une part, quatre pages sur lesquels étaient exposés, avec suffisamment de précisions, les faits reprochés à Mme C ainsi que les circonstances dans lesquelles ils avaient été commis et, d'autre part, des annexes pour étayer les griefs ainsi énoncés. En outre, le rapport mentionne que l'intéressée nie les faits qui lui sont reprochés et contient en annexe le compte rendu de son entretien disciplinaire, il ne présente, dès lors, ni un caractère partial ni un caractère lacunaire. Ce rapport satisfait ainsi aux dispositions citées ci-dessus de l'article L. 532-13 du code général de la fonction publique. Par suite, le moyen doit être écarté.

5. En second lieu, aux termes de l'article 9 du décret du 7 novembre 1989 relatif à la procédure disciplinaire applicable aux fonctionnaires relevant de la fonction publique hospitalière : " Le conseil de discipline, compte tenu des observations écrites et des déclarations orales produites devant lui, ainsi que des résultats de l'enquête à laquelle il a pu être procédé, émet un avis motivé sur les suites qui lui paraissent devoir être réservées à la procédure disciplinaire engagée. / A cette fin, le président du conseil de discipline met aux voix la proposition de sanction la plus sévère parmi celles qui ont été exprimées lors du délibéré. Si cette proposition ne recueille pas l'accord de la majorité des membres présents, le président met aux voix les autres sanctions figurant dans l'échelle des sanctions disciplinaires en commençant par la plus sévère après la sanction proposée jusqu'à ce que l'une d'elles recueille un tel accord. / Si aucune proposition de sanction n'est adoptée, le président propose qu'aucune sanction ne soit prononcée. / La proposition ayant recueilli l'accord de la majorité des membres présents est transmise par le président du conseil de discipline à l'autorité ayant pouvoir disciplinaire () Si aucune des propositions soumises au conseil de discipline n'obtient l'accord de la majorité des membres présents, son président en informe l'autorité ayant pouvoir disciplinaire. Si cette autorité prononce une sanction, elle doit informer le conseil des motifs qui l'ont conduite à prononcer celle-ci ".

6. Il ressort du procès-verbal de la séance du conseil de discipline du 19 octobre 2022, produit à l'instance, que le conseil de discipline s'est prononcé sur l'ensemble des sanctions figurant dans l'échelle des sanctions disciplinaires et qu'en l'absence d'accord de la majorité des membres présents sur une sanction, il a voté en faveur d'un " non-accord ". Le conseil de discipline a ainsi proposé à l'autorité ayant pouvoir disciplinaire qu'aucune sanction ne soit prononcée. Par suite les moyens tirés de ce que le conseil de discipline ne s'est pas prononcé sur l'ensemble des sanctions figurant sur l'échelle des sanctions, de ce que sa présidente n'a pas mis au vote la proposition qu'aucune sanction ne soit prononcée et que l'unanimité des voix a été requise, manquent en fait et doivent être écartés.

7. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 532-5 du code général de la fonction publique : " Aucune sanction disciplinaire autre que celles classées dans le premier groupe de l'échelle des sanctions de l'article L. 533-1 ne peut être prononcée à l'encontre d'un fonctionnaire sans consultation préalable de l'organisme siégeant en conseil de discipline au sein duquel le personnel est représenté. / L'avis de cet organisme et la décision prononçant une sanction disciplinaire doivent être motivés. ". Aux termes de l'article 11 du décret du 7 novembre 1989 relatif à la procédure disciplinaire applicable aux fonctionnaires relevant de la fonction publique hospitalière : " L'avis émis par le conseil de discipline est communiqué sans délai au fonctionnaire intéressé ainsi qu'à l'autorité qui exerce le pouvoir disciplinaire. Celle-ci statue par décision motivée ". Il résulte de ces dispositions que l'autorité qui prononce une sanction disciplinaire a l'obligation de préciser, dans sa décision, les griefs qu'elle entend retenir à l'encontre de l'agent intéressé, de sorte que celui-ci puisse à la seule lecture de la décision qui lui est notifiée, connaître les motifs de la sanction qui le frappe.

8. En l'espèce, la décision contestée, qui vise le rapport d'enquête administrative du 7 juillet 2022 et le rapport de saisine du conseil de discipline du 23 septembre 2022, mentionne les griefs retenus à l'encontre de Mme C. Elle comporte donc les considérations de fait sur lesquelles le centre hospitalier Jean Pagès de Luynes s'est fondé pour prononcer la sanction contestée. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit donc être écarté.

En ce qui concerne la légalité interne :

9. Aux termes de l'article L. 530-1 du code général de la fonction publique : " Toute faute commise par un fonctionnaire dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions l'expose à une sanction disciplinaire sans préjudice, le cas échéant, des peines prévues par la loi pénale () ". Aux termes de l'article L. 533-1 du même code : " Les sanctions disciplinaires pouvant être infligées aux fonctionnaires sont réparties en quatre groupes () 4° Quatrième groupe () b) La révocation ".

10. II appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un agent public ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes.

11. En premier lieu, il ressort des termes mêmes de la décision attaquée qu'il est reproché à Mme C d'avoir commis des actes de maltraitance physique et verbale envers des résidents et des collègues, d'avoir fait preuve de défaillances dans ses prises en charge des résidents ainsi que d'une négligence ordinaire récurrente dans l'exécution de ses tâches. Mme C nie avoir eu un comportement violent et inadapté envers plusieurs résidents de l'établissement, d'avoir tenu des propos familiers envers ses collègues et d'avoir adopté une attitude négligente dans la prise en charge des résidents et conteste, à cet égard, la véracité des témoignages ayant fondé les poursuites disciplinaires. Toutefois, il ressort du témoignage d'une collègue de l'intéressée, recueilli lors d'un signalement oral effectué le 2 mai 2022 auprès du directeur délégué de l'établissement puis lors d'un entretien du 4 mai 2022, réitéré le 23 mai 2022 devant une commission d'enquête administrative, que Mme C a, lors d'une prise en charge de nuit, frappé une résidente de trois coups de poings et l'a ensuite insultée. Il ressort également de ce témoignage que Mme C avait l'habitude de brusquer les patients en les tournant violemment contre les barrières du lit et d'user de violence verbale à leur encontre, tant en leur présence que lors de discussions entre collègues, qu'elle refuse parfois de donner de l'eau à certains résidents et qu'elle place volontairement la sonnette d'appel hors de la portée de certains résidents. Ce témoignage est corroboré par le signalement effectué par une autre collègue lors d'un entretien réalisé avec sa hiérarchie le 11 mai 2022, lui aussi réitéré le 23 mai 2022 dans le cadre de la mission d'enquête administrative, qui précise par ailleurs que Mme C insulte certains résidents et choisit les patients dont elle s'occupe et délaisse les autres. En outre, la mission d'enquête administrative, réalisée aux mois de mai et de juin 2022 et confiée à des professionnels extérieurs à l'établissement, a conclu, après avoir procédé à plusieurs dizaines d'auditions d'agents et d'une résidente, à la matérialité des faits de violence physique et verbale, de comportement brutal voire violent et de négligence dans son travail reprochés à l'intéressée. Ainsi, les faits reprochés à l'intéressée reposent sur plusieurs témoignages circonstanciés, constants et concordants. Enfin, si Mme C produit de nombreuses attestations de collègues indiquant n'avoir jamais constaté un comportement maltraitant de l'intéressée envers les résidents ou ses collègues, ces témoignages ne remettent pas en cause la matérialité des faits retenus à son encontre dans le cadre de la présente procédure disciplinaire. Par suite, le moyen tiré de l'absence de matérialité des faits doit être écarté.

12. En deuxième lieu, Mme C soutient que les carences constatées dans la prise en charge de certains patients relèvent en tout état de cause d'une mauvaise organisation du service de nuit du centre hospitalier, de l'absence de formation adéquate et du manque de personnel. Toutefois il ne ressort d'aucune pièce du dossier que Mme C, qui exerçait ses fonctions depuis plus de six ans, a sollicité une formation complémentaire ni signalé à sa hiérarchie des difficultés qu'elle pouvait rencontrer dans ses prises en charge. En outre, si Mme C soutient que les propos qu'elle aurait tenus à l'encontre des patients n'ont eu aucune résurgence sur le service dès lors qu'ils ont été exprimés entre collègues, en l'absence des résidents, ces propos présentent un caractère injurieux et doivent être qualifiés de fautifs. Par suite, l'ensemble des agissements de Mme C, évoqués ci-dessus, constituent des manquements graves de l'intéressée à ses obligations professionnelles et sont de nature à caractériser une faute susceptible de justifier une sanction disciplinaire.

13. En dernier lieu, Mme C exerce ses fonctions dans un établissement public hospitalier accueillant des personnes âgées en situation de dépendance et constituant un public fragile. Si l'intéressée se prévaut des bonnes évaluations dont elle a fait l'objet ainsi que de témoignages de plusieurs collègues, il ressort des pièces du dossier que plusieurs agents travaillant à ses côtés ont rapporté un comportement violent et négligeant vis-à-vis de certains résidents. En outre, s'il ressort du rapport d'enquête administrative que des dysfonctionnements dans l'organisation du service ont été constatés notamment s'agissant de l'encadrement des équipes de nuit, à l'origine d'un sentiment de délaissement de la part des agents et d'une absence de réponse appropriée aux signalements de cas de maltraitance, ces insuffisances ne peuvent exonérer l'intéressée de sa responsabilité en tant que professionnelle. Dès lors, et malgré l'absence de sanction antérieure prise à son encontre, elle n'est pas fondée à soutenir, au regard de la gravité des fautes qu'elle a commises, que la sanction de révocation prononcée à son encontre est disproportionnée.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision du 26 octobre 2022 doivent être rejetées.

Sur les autres conclusions :

15. En premier lieu, eu égard à ce qui vient d'être énoncé, les conclusions de la requête aux fins d'injonction et d'astreinte doivent être rejetées.

16. En second lieu, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du centre hospitalier Jean Pagès de Luynes, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par Mme C au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de Mme C la somme de 2 500 euros sollicitée par le centre hospitalier Jean Pagès de Luynes au même titre.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Les conclusions du centre hospitalier Jean Pagès de Luynes présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C et au centre hospitalier Jean Pagès de Luynes.

Délibéré après l'audience du 13 mars 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Lesieux, présidente,

M. Nehring, premier conseiller,

Mme Dicko-Dogan, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 avril 2025.

Le rapporteur,

Virgile NEHRING

La présidente,

Sophie LESIEUX

La greffière,

Céline BOISGARD

La République mande et ordonne au ministre chargé de la santé et de l'accès aux soins, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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