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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2300186

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2300186

mardi 20 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2300186
TypeDécision
Avocat requérantCABINET SELURL CHIFFERT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 16 janvier 2023, Mme B E et son fils C E, représentés par la SELARL Celce-Vilain, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, de prescrire une expertise médicale, en vue de déterminer si M. C E a bénéficié d'une prise en charge et de soins attentifs par les services du Centre Hospitalier Régional (CHR) d'Orléans et par le docteur D A lors de son opération des dents de sagesse le 24 décembre 2019 et de donner tous éléments permettant d'apprécier ses préjudices.

Ils soutiennent que :

- le 24 décembre 2019, M. C E, mineur à l'époque des faits, a été admis au centre hospitalier d'Orléans afin de subir une opération de dents de sagesse par le Dr D A, chirurgien-dentiste au " Pôle Chirurgie adultes " du " Service de Chirurgie plastique, reconstructrice et esthétique Chirurgie Maxillo-Faciale et Stomatologie " du C.H.R. d'Orléans ;

- lors de l'extraction de la dent n° 28, la racine distale de la dent n° 27 a été fracturée entrainant un risque important de nécrose et nécessitant rapidement des soins ;

- le CHR d'Orléans et son assureur AMTRUST n'ont pas donné suite à la demande d'indemnisation, alors même que leur médecin conseil, le docteur F G, concluait à un geste opératoire fautif ;

- ils sollicitent donc la présente mesure d'expertise réalisée au contradictoire du CHR d'Orléans, de son assureur la société AMTRUST France et du docteur A en vue d'une éventuelle recherche de responsabilité.

Par un mémoire, enregistré le 20 janvier 2023, la caisse primaire d'assurance maladie de Loir-et-Cher, agissant au nom et pour le compte de la caisse primaire d'assurance maladie du Loiret, indique n'avoir aucune observation à formuler.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 février 2023, le Centre Hospitalier Régional d'Orléans, le docteur D A et les compagnies AMTRUST France et AMTRUST International Underwriters DAC, représentés par l'AARPI ACLH Avocats, sollicitent, à titre liminaire, d'une part la mise hors de cause de la société AMTRUST France et la mise en cause corrélative de la société AMTRUST International Underwriters DAC, et d'autre part, la mise hors de cause du docteur A, à titre principal, ils n'entendent pas s'opposer à la demande d'expertise mais formulent toutes protestations et réserves d'usage, ils demandent que l'expert établisse un pré-rapport ou une note de synthèse avant le dépôt de son rapport en laissant un délai suffisant aux parties pour produire leurs observations éventuelles, et enfin, que les dépens soient réservés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande d'expertise :

1. Aux termes du premier alinéa de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction. ". La prescription d'une mesure d'expertise en application de ces dispositions est subordonnée à son utilité pour le règlement d'un litige principal qui doit être appréciée en tenant compte, notamment, de l'existence d'une perspective contentieuse recevable, des possibilités ouvertes au demandeur pour arriver au même résultat par d'autres moyens et de l'intérêt de la mesure pour le contentieux né ou à venir en prenant en compte, à cet effet, les expertises judiciaire ou amiable qui ont pu être prescrites ou réalisées au titre du même litige et au regard des motifs de droit et de fait qui justifient, selon la demande, la mesure sollicitée.

2. Il résulte de l'instruction que le litige susceptible d'opposer les requérants au CHR d'Orléans relève de la compétence de la juridiction administrative. Mme B E et M. C E demandent au juge des référés d'ordonner une expertise médicale contradictoire afin de déterminer les causes et les différents préjudices que M. C E a subi à la suite de l'intervention chirurgicale prodiguée le 24 décembre 2019 au centre hospitalier d'Orléans en vue de rechercher au fond l'éventuelle responsabilité de l'hôpital et de son assureur. En l'espèce, la mesure d'expertise présente un caractère d'utilité et entre dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article R. 532-1 du code de justice administrative. Il y a lieu, dès lors, d'y faire droit, de désigner un seul expert et de fixer la mission de l'expert comme il est précisé à l'article 2 de la présente ordonnance.

Sur la mise hors de cause de la société AMTRUST France et la demande en intervention volontaire de la société AMTRUST International Underwriters DAC :

3. Au soutien de sa demande de mise hors de cause, la société AMTRUST France fait valoir qu'elle ne joue qu'un rôle d'intermédiaire entre les établissements publics hospitaliers et la compagnie AMTRUST International Underwriters DAC qui, seule, assure le CHR d'Orléans et sollicite, à ce titre, d'intervenir volontairement dans ce dossier. Il y a donc lieu d'admettre l'intervention volontaire de la compagnie AMTRUST International Underwriters DAC qui justifie d'un intérêt suffisant pour participer aux opérations d'expertise et de mettre hors de cause la société AMTRUST France.

Sur la mise en cause du docteur D A :

4. Si les fautes commises par les fonctionnaires ou agents publics assimilés dans l'exercice de leurs fonctions, peuvent constituer des fautes de service de nature à engager la responsabilité de l'administration et si, dans cette mesure, la juridiction administrative est compétente pour apprécier la gravité de telles fautes et condamner la puissance publique, il n'appartient pas en revanche à la juridiction administrative de se prononcer sur les conclusions qui mettent en cause la responsabilité personnelle des agents publics ou fonctionnaires. Il n'est pas contesté que l'opération pratiquée le 24 décembre 2019 par docteur D A sur la personne de M. C E au CHR d'Orléans relève de l'activité publique de ce professionnel de santé en qualité de salarié de l'hôpital. Les conclusions des requérants tendant à ce que l'expertise soit réalisée au contradictoire du docteur A doivent donc être rejetées, sans préjudice toutefois de la possibilité pour l'expert, d'entendre ce praticien hospitalier.

Sur les conclusions du CHR d'Orléans et de la société AMTRUST International Underwriters DAC tendant à leur donner acte de leurs protestations et réserves :

5. Le CHR d'Orléans et la société AMTRUST International Underwriters DAC demandent de leur donner acte de leurs protestations et réserves sur leur mise en cause et leurs responsabilités. Il n'appartient pas au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, de donner acte de telles protestations et réserves.

Sur la demande du CHR d'Orléans et de la société AMTRUST International Underwriters DAC tendant à ce que l'expert établisse un pré-rapport avant le dépôt de son rapport :

6. Aucune disposition du code de justice administrative, ni aucun principe général du droit ne fait obligation à l'expert d'établir un pré-rapport ou une note de synthèse. L'expert, dans la conduite des opérations de l'expertise qui lui est confiée et dont il définit librement les modalités pratiques, de concert avec les parties, ne saurait se voir soumis à d'autres obligations que celles issues du principe du contradictoire. L'établissement d'un pré-rapport ou d'une note de synthèse adressé aux parties en vue de recueillir leurs éventuelles observations ne constitue donc qu'une modalité opérationnelle de l'expertise dont il appartient à l'expert d'apprécier la nécessité d'y recourir. Il suit de là que les conclusions susvisées ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les dépens :

7. Dans le cas d'une expertise ordonnée en référé, il appartient au président du Tribunal de désigner, par ordonnance, la partie qui assumera la charge des frais et honoraires en application du premier alinéa de l'article R. 621-3 du code de justice administrative. Il n'appartient au juge des référés ni de déterminer la charge des dépens de la mesure d'instruction qu'il ordonne ni de la réserver pour le futur. Les conclusions présentées à ce titre ne peuvent dès lors qu'être rejetées.

O R D O N N E :

Article 1er : La société AMTRUST France et le docteur D A sont déclarés hors de cause.

Article 2 : La docteure Néda Némati, chirurgienne-dentiste, domiciliée 38 rue de la paroisse à Versailles (78000), est désignée en qualité d'experte avec pour mission de :

1°) se faire communiquer tous documents relatifs à l'état de santé de M C E et, notamment, tous documents relatifs au suivi médical, aux actes de soins et aux diagnostics pratiqués sur lui par les services du centre hospitalier d'Orléans lors de son hospitalisation le 24 décembre 2019 ; convoquer et entendre les parties et tous sachants ; procéder à l'examen sur pièces du dossier médical de M. C E ainsi qu'éventuellement à son examen clinique ;

2°) décrire l'état de santé de M. C E et les conditions dans lesquelles il a été pris en charge et soigné par les services du centre hospitalier d'Orléans ; décrire l'état pathologique de l'intéressé ayant conduit aux soins, aux interventions et aux traitements pratiqués ;

3°) donner son avis sur le point de savoir si les diagnostics établis et les traitements, interventions et soins prodigués et leur suivi ont été consciencieux, attentifs, diligents et conformes aux données acquises de la science, et s'ils étaient adaptés à l'état de M. C E et aux symptômes qu'il présentait ; donner notamment son avis sur la pertinence des diagnostics des équipes médicales du centre hospitalier d'Orléans et l'utilité, le cas échéant, des gestes opératoires pratiqués ;

4°) réunir, de manière générale, tous les éléments devant permettre de déterminer si des fautes médicales, des fautes de soins ou des fautes dans l'organisation des services du centre hospitalier d'Orléans ont été commises ; rechercher si les diligences nécessaires pour l'établissement d'un diagnostic exact ont été mises en œuvre ; rechercher si les interventions et actes médicaux pratiqués ont été exécutés conformément aux règles de l'art ; déterminer si il a été victime d'un accident médical, d'un aléa thérapeutique ou d'une infection nosocomiale ;

5°) donner son avis sur le point de savoir si le dommage corporel constaté a un rapport avec l'état de M. C E, ou l'évolution prévisible de cet état ; le cas échéant, déterminer la part du préjudice présentant un lien de causalité direct, certain et exclusif avec un manquement reproché au centre hospitalier d'Orléans, en excluant la part des séquelles à mettre en relation avec la pathologie initiale, son évolution ou toute autre cause extérieure ; en cas de causes multiples, d'indiquer la part imputable (pourcentage) à chacune des causes ;

6°) donner son avis sur le point de savoir si le ou les manquements du centre hospitalier d'Orléans éventuellement constatés ont fait perdre à M. C E une chance sérieuse de guérison des lésions dont il est atteint ; donner son avis sur l'ampleur (pourcentage) de la chance perdue par M. C E de voir son état de santé s'améliorer ou d'éviter de le voir se dégrader en raison de ces manquements ; en cas de manquements multiples, indiquer la part imputable à chacun de ces manquements ;

7°) dire si le dossier médical et les informations recueillies permettent de savoir si M. C E, ou sa mère Mme B E, ont été informés de la nature des opérations que M. C E allait subir, et des conséquences normalement prévisibles de ces interventions et s'ils ont été mis à même de formuler un consentement éclairé ; dans la négative, préciser si M. C E a subi une perte de chance de se soustraire au risque en refusant l'opération si il en avait connu tous les dangers (pourcentage) ;

8°) dire si l'état de M. C E a entraîné une incapacité permanente partielle résultant de troubles physiologiques ou psychologiques et en préciser les dates de début et de fin, ainsi que le ou les taux ;

9°) indiquer à quelle date l'état de M. C E peut être considéré comme consolidé ; préciser s'il subsiste une incapacité permanente partielle et, dans l'affirmative, en fixer le taux, en distinguant la part imputable au manquement éventuellement constaté de celle ayant pour origine toute autre cause ou pathologie, eu égard notamment aux antécédents médicaux de l'intéressé ; dans le cas où cet état ne serait pas encore consolidé, indiquer, si dès à présent, une incapacité permanente partielle est prévisible et en évaluer l'importance ;

10°) dire si l'état de M. C E est susceptible de modification en amélioration ou en aggravation ; dans l'affirmative, fournir toutes précisions utiles sur cette évolution, sur son degré de probabilité et dans le cas où un nouvel examen serait nécessaire, mentionner dans quel délai ;

11°) donner son avis sur l'existence éventuelle de préjudices annexes (souffrances endurées, préjudice esthétique, préjudice d'agrément spécifique, préjudice psychologique, préjudice sexuel) et le cas échéant, en évaluer l'importance, en distinguant la part imputable au manquement éventuellement constaté de celle ayant pour origine toute autre cause ou pathologie, eu égard, notamment aux antécédents médicaux de l'intéressé ;

12°) donner son avis sur la répercussion de l'incapacité médicalement constatée sur la vie personnelle de M. C E ;

13°) apporter, d'une manière générale, tous éléments qui seraient utiles à la solution du litige par la juridiction éventuellement saisie.

Article 2 : Les opérations d'expertise auront lieu contradictoirement entre, d'une part,

Mme B E et M. C E, la caisse primaire d'assurance maladie de Loir-et-Cher, le CHR d'Orléans et la compagnie AMTRUST International Underwriters DAC .

Article 3 : L'experte accomplira sa mission dans les conditions prévues aux articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il ne pourra recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable du président du tribunal administratif.

Article 4 : Préalablement à toute opération, l'experte prêtera serment dans les formes prévues à l'article R. 621-3 du code de justice administrative.

Article 5 : L'experte avertira les parties conformément aux dispositions de l'article R. 621-7 du code de justice administrative.

Article 6 : L'experte déposera son rapport définitif au greffe en deux exemplaires avant le

31 décembre 2023. Des copies seront notifiées par l'experte aux parties intéressées. Avec leur accord, cette notification pourra s'opérer sous forme électronique. L'experte justifiera auprès du tribunal de la date de réception de son rapport par les parties.

Article 7 : Les frais et honoraires de l'expertise seront mis à la charge de la ou des parties désignées dans l'ordonnance par laquelle le président du tribunal liquidera et taxera ces frais et honoraires.

Article 8 : Le surplus des demandes des parties est rejeté.

Article 9 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B E et M. C E, à la caisse primaire d'assurance maladie du Loir-et-Cher, au centre hospitalier d'Orléans, au docteur D A, à la société AMTRUST France, à la compagnie AMTRUST International Underwriters DAC et à l'experte.

Fait à Orléans, le 20 juin 2023.

Le juge des référés,

Guy QUILLEVERE

La République mande et ordonne au ministre des solidarités et de la santé en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

ABo

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