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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2300309

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2300309

lundi 20 février 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2300309
TypeDécision
Avocat requérantLARMANJAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 27 janvier 2023, M. A B, représenté par Me Larmanjat, demande à la juge des référés, saisie sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) de suspendre l'exécution de l'arrêté du 28 décembre 2022 par lequel la préfète du Loiret a refusé de l'admettre au séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;

3°) d'enjoindre à la préfète du Loiret de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler passé un délai de huit jours suivant la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard ou de lui enjoindre de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois suivant la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de la préfète du Loiret la somme de 1 500 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son conseil, à charge pour cette dernière de renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle qui lui aura été confiée.

Il soutient que :

- la condition tenant à l'urgence est remplie dès lors qu'en l'absence de renouvellement d'un récépissé de demande de carte de séjour, il ne peut plus travailler et risque de perdre son emploi alors qu'il est employé par la société Amazon France en contrat à durée indéterminée à temps plein depuis le mois de juillet 2022 et doit subvenir aux besoins de sa famille ;

- les moyens qu'il soulève sont propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté attaqué :

* cet arrêté est entaché d'incompétence ;

* la décision portant refus de titre de séjour est entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ce qu'il remplissait les conditions permettant de se voir délivrer un titre de séjour ;

* le refus de titre de séjour est entaché d'un défaut d'examen de sa situation et d'une erreur de fait au regard tant de la stabilité de sa vie privée et familiale sur le territoire français que de la pérennité de sa situation professionnelle ;

* la décision de refus de titre de séjour est entachée d'erreur manifeste d'appréciation et méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

* la décision portant obligation de quitter le territoire français est privée de base légale du fait de l'illégalité du refus de titre de séjour ;

* la mesure d'éloignement est entachée d'erreur manifeste d'appréciation et méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 février 2023, la préfète du Loiret conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- il n'est pas fait état de circonstances particulières de nature à caractériser une situation d'urgence alors que le requérant s'est maintenu irrégulièrement en France pendant plus de trois ans avant de présenter une demande de titre de séjour et qu'il n'est pas établi que son employeur aurait initié une procédure de licenciement à son encontre ni qu'il lui aurait fait obligation de justifier de la régularité de son séjour dans un délai contraint ; l'impossibilité financière de subvenir aux besoins de sa famille invoquée par le requérant n'est pas démontrée ; en l'absence de risque d'exécution immédiate de la mesure d'éloignement dont il fait l'objet en raison du recours pour excès de pouvoir qu'il a exercé, il n'y a pas d'urgence à suspendre les effets de l'arrêté litigieux ;

- aucun des moyens invoqués n'est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision de refus de titre de séjour attaquée dès lors que :

* son signataire disposait d'une délégation de signature régulière et publiée ;

* l'accord franco-algérien, qui régit de manière complète les conditions dans lesquelles les ressortissants algériens peuvent être amenés à séjourner en France, conditionne la délivrance d'un certificat de résidence d'un an en qualité de conjoint d'un ressortissant français à une entrée régulière sur le territoire ; il est par conséquent demandé que les stipulations de l'article 6-2 de cet accord soient substituées aux dispositions de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ayant initialement fondé la décision litigieuse ;

* il n'est pas porté une atteinte disproportionnée à la vie privée et familiale du requérant dont la continuité du séjour n'est pas démontrée, qui s'est marié récemment et qui n'établit pas une intégration significative au sein de la société française ;

- de même, les moyens dirigés contre l'obligation de quitter le territoire français tirés de l'exception d'illégalité, de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation ne sont pas davantage de nature à créer un doute sérieux sur sa légalité.

Par un courrier du 15 février 2023, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que l'ordonnance était susceptible d'être fondée sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions de M. B tendant à la suspension des décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination dès lors qu'en application de l'article L. 722-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le recours en annulation formé contre elles a déjà entraîné un effet suspensif.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 27 janvier 2023 sous le n° 2300308 par laquelle M. B demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Rouault-Chalier, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 15 février 2023 à 10 h 30 :

- le rapport de Mme Rouault-Chalier, juge des référés ;

- les observations de Me Larmanjat, représentant M. B, présent, qui a acquiescé au moyen relevé d'office porté à la connaissance des parties par courrier du 15 février 2023, qui a repris, en les développant, les conclusions et les moyens invoqués à l'encontre de la décision de refus de titre de séjour et a indiqué rediriger les conclusions présentées au titre des frais d'instance au profit de M. B, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, à la suite du rejet de sa demande d'aide juridictionnelle par une décision du 10 février 2023. Elle a fait valoir, en outre, que M. B avait été destinataire d'un mail de son employeur lui indiquant qu'il était suspendu à compter du lundi 20 février ;

- la préfète du Loiret n'étant ni présente ni représentée.

Par une ordonnance du 15 février 2023, la juge des référés a différé la clôture de l'instruction au 16 février 2023 à 16 h 00.

Une pièce a été produite pour M. B qui a été enregistrée le 17 février 2023 à 10 h 20, postérieurement à la clôture de l'instruction.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant algérien né le 30 avril 1987, a déclaré être entré en France le 13 juillet 2018 et s'y est ensuite maintenu illégalement. Le 24 janvier 2022, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 28 décembre 2022, la préfète du Loiret a refusé de lui délivrer le titre de séjour demandé, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé son pays d'origine, l'Algérie, ou tout autre pays dans lequel il serait légalement admissible, comme pays de destination de cette mesure d'éloignement. Par la requête ci-dessus analysée, M. B demande à la juge des référés de suspendre, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution de cet arrêté.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Le bureau d'aide juridictionnelle ayant statué le 10 février 2023 sur la demande d'aide juridictionnelle de M. B et l'ayant rejetée, ses conclusions tendant au bénéfice de cette aide à titre provisoire ont perdu leur objet. Il n'y a donc pas lieu d'y statuer.

Sur les conclusions tendant à la suspension de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. Aux termes de l'article L. 614-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions et délais prévus au présent chapitre, demander au tribunal administratif l'annulation de cette décision, ainsi que l'annulation de la décision relative au séjour, de la décision relative au délai de départ volontaire et de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français qui l'accompagnent le cas échéant. Les dispositions du présent chapitre sont applicables au jugement de la décision fixant le pays de renvoi contestée en application de l'article L. 721-5 (). ". L'article L. 614-4 du même code dispose : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français prise en application des 3°, 5° ou 6° de l'article L. 611-1 est assortie d'un délai de départ volontaire, le tribunal administratif est saisi dans le délai de trente jours suivant la notification de la décision. ". Enfin, aux termes de l'article L. 722-7 de ce code : " L'éloignement effectif de l'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut intervenir avant l'expiration du délai ouvert pour contester, devant le tribunal administratif, cette décision et la décision fixant le pays de renvoi qui l'accompagne, ni avant que ce même tribunal n'ait statué sur ces décisions s'il a été saisi. / () ".

4. En application des dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'exécution de la décision portant obligation de quitter le territoire français prise le 28 décembre 2022 par la préfète du Loiret à l'encontre de M. B a été suspendue par l'effet de l'introduction par l'intéressé d'une requête en annulation dirigée contre cette décision. Ce recours étant toujours pendant et cette procédure étant exclusive de toute procédure en référé, les conclusions de la requête tendant à la suspension de l'exécution de la décision du 28 décembre 2022 portant obligation de quitter le territoire français sont irrecevables et doivent, par suite, être rejetées.

Sur les conclusions à fin de suspension de la décision portant refus de titre de séjour :

5. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". Aux termes des dispositions de l'article L. 522-1 du même code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique. () ".

6. L'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 régit, d'une manière complète, les conditions dans lesquelles les ressortissants algériens peuvent être admis à séjourner en France ainsi que les règles concernant la nature des titres de séjour qui peuvent leur être délivrés et leur durée de validité. Dès lors, la préfète du Loiret ne pouvait fonder son refus de titre de séjour en qualité de conjoint de ressortissante française sur les dispositions de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. Toutefois, lorsqu'il constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement d'un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l'excès de pouvoir peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée. La substitution de base légale ainsi opérée relève de l'office du juge.

8. En l'espèce, comme l'a demandé la préfète du Loiret dans son mémoire en défense, les stipulations de l'article 6 2) de l'accord franco-algérien peuvent être substituées aux dispositions de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que cette substitution de base légale n'a pas pour effet de priver M. B d'une garantie et que l'administration dispose du même pouvoir d'appréciation pour appliquer l'un ou l'autre de ces deux textes.

9. Aucun des moyens invoqués par M. B, tels qu'énoncés dans les visas de la présente ordonnance, et compte tenu de la substitution de base légale ainsi opérée, n'est, en l'état de l'instruction, de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision du 28 décembre 2022 de la préfète du Loiret lui refusant la délivrance d'un titre de séjour.

10. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'apprécier la condition d'urgence, que les conclusions de M. B tendant à la suspension de la décision de refus de titre de séjour doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles relatives aux frais d'instance.

O R D O N N E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande d'admission provisoire de M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de M. B est rejetée.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et à la préfète du Loiret.

Fait à Orléans, le 20 février 2023.

La juge des référés,

Patricia ROUAULT-CHALIER

La République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

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