mardi 2 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2300321 |
| Type | Décision |
| Avocat requérant | SELARL WALTER & GARANCE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 24 janvier et 20 mars 2023, Mme D C, représentée par le cabinet ABRS Conseil et Défense, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, de prescrire une expertise aux fins de décrire et constater les désordres affectant les caves Est et Ouest situées sur la parcelle cadastrée section E n° 614, située à Dierre (Indre-et-Loire), dont elle est propriétaire, d'en déterminer les causes et les travaux nécessaires aux réparations définitives, d'évaluer leur coût et de donner un avis sur ses préjudices, et de condamner solidairement la communauté de communes Bléré-Val-de-Cher, la commune de Dierre et la compagnie d'assurance Groupama Paris Val-de-Loire à lui verser la somme de 800 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- elle est propriétaire d'une parcelle cadastrée E n° 614 sur laquelle se trouve deux caves creusées sous la rue du Puits Mahé surplombant le terrain ;
- à la suite des travaux de voierie réalisés le 18 octobre 2021 par la communauté de communes Bléré-Val-de-Cher, elle constate des chutes de pierres dans la cave Est et des infiltrations d'eau massives dans la cave Ouest ;
- une expertise amiable d'assurance est diligentée en juin 2022 estimant que les désordres sont la conséquence directe des travaux de compactage de la chaussée ;
- à défaut d'accord ou de solution réparatoire, elle s'estime fondée à former la présente requête au contradictoire de la communauté de communes Bléré-Val-de-Cher, de son assureur la compagnie d'assurance Groupama Paris Val-de-Loire et de la commune de Dierre aux fins de constater ses préjudices et d'identifier les causes des désordres, dans la perspective d'un éventuel contentieux en recherche de responsabilité.
Par deux mémoires en défense, enregistrés les 2 mars et 4 avril 2023, la commune de Dierre, représentée par la SELARL Walter et Garance Avocats, s'associe aux conclusions à fins d'expertise et de mise en cause de la communauté de communes et de son assureur demandées par la requérante mais formule toutes réserves et protestations d'usage, sollicite que la mission de l'expert soit précisée et circonscrite et enfin conclut au rejet de sa condamnation au paiement des frais et dépens non répétibles.
Par un mémoire en défense, enregistré le 18 avril 2023, la communauté de communes Bléré-Val-de-Cher et son assureur la compagnie d'assurance Groupama Paris Val-de-Loire, représentées par la SELARL CMetB et Associés, s'en rapportent à justice quant au prononcé de la mesure d'expertise mais formulent toutes réserves et protestations d'usage, et concluent au rejet de leur condamnation sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
Sur la demande d'expertise :
1. Aux termes du premier alinéa de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction. ". La prescription d'une mesure d'expertise en application de ces dispositions est subordonnée à son utilité pour le règlement d'un litige principal qui doit être appréciée en tenant compte, notamment, de l'existence d'une perspective contentieuse recevable, des possibilités ouvertes au demandeur pour arriver au même résultat par d'autres moyens et de l'intérêt de la mesure pour le contentieux né ou à venir en prenant en compte, à cet effet, les expertises judiciaire ou amiable qui ont pu être prescrites ou réalisées au titre du même litige et au regard des motifs de droit et de fait qui justifient, selon la demande, la mesure sollicitée.
2. Il résulte de l'instruction que Mme C constate des dégradations dans les caves dont elle est propriétaire à la suite de l'aménagement de trottoirs et du reprofilage de la chaussée de la rue du Puits Mahé à Dierre, dont les travaux ont été exécutés par les services de la communauté de communes Bléré-Val-de-Cher. La recherche d'un accord amiable restant vaine, elle demande au juge des référés de désigner un expert pour déterminer l'origine des désordres et ses préjudices. Le litige au fond susceptible d'opposer Mme C à la commune de Dierre, à la communauté de communes Bléré-Val-de-Cher et à la compagnie d'assurance Groupama Paris Val-de-Loire relève de la compétence de la juridiction administrative dès lors qu'il concerne la réalisation de travaux publics et des dommages qu'ils peuvent provoquer. Les parties en défense ne s'opposent pas à la demande d'expertise sollicitée. La mesure demandée par la requérante entre dans le champ d'application des dispositions de l'article R. 532-1 précité et est utile afin de constater contradictoirement la réalité des désordres, déterminer les responsabilités et les travaux à exécuter pour y remédier. Par suite, il y a lieu d'ordonner l'expertise sollicitée, de désigner un seul expert et de fixer sa mission à l'article 1er de la présente ordonnance.
Sur le périmètre de la mission confiée à l'expert :
3. La commune de Dierre observe que seule la cave Est est sujette à des chutes de pierre depuis la voûte alors que Mme C n'apporte aucun élément démontrant la réalité des désordres affectant la cave Ouest qui, dès lors, doit être soustraite du périmètre des mesures expertales. La requérante soutient, en revanche, que cette dernière subit des infiltrations d'eau depuis la réalisation du chantier routier. En l'absence d'élément d'information complémentaire permettant d'objectiver avec une certitude suffisante l'existence ou l'absence de désordres dans la cave Ouest, il appartiendra à l'expert de constater la réalité des infiltrations dénoncées, et dans l'affirmative, d'en rechercher les causes. Par suite, les conclusions de la commune tendant à exclure la cave Ouest du champ d'investigation de l'expertise doivent être rejetées.
Sur l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
4. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".
5. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par Mme C sur le fondement de ces dispositions.
O R D O N N E :
Article 1er : M. B A, ingénieur spécialisé en géotechnique, demeurant 1 avenue Claude Debussy à Senlis (60300), est désigné en qualité d'expert avec pour mission :
1°) de se rendre 1320 rue de Chenonceaux à Dierre dans les caves Est et Ouest situées sur la parcelle cadastrée section E n° 614, de se faire remettre tous documents utiles à l'accomplissement de sa mission et d'entendre les parties et toute personne susceptible de l'éclairer ;
2') de rechercher, de constater et de décrire la nature et l'étendue des désordres affectant ces caves, d'en déterminer la date d'apparition, de dire s'ils sont imputables aux aménagements de voirie de la rue du Puits Mahé, à des causes naturelles, au défaut d'entretien des caves ou à toute autre cause et, en cas de causes multiples, d'indiquer la part imputable à chacune des causes ;
3°) de réunir les éléments d'information permettant au tribunal de dire, le cas échéant, si ces désordres sont de nature à compromettre la solidité de l'ouvrage ou à le rendre impropre à sa destination ;
4°) de déterminer les travaux de réparation nécessaires pour remédier aux désordres ;
5°) de fournir tous éléments techniques et de fait de nature à permettre à la juridiction éventuellement saisie de déterminer les responsabilités encourues et d'évaluer l'ensemble des préjudices subis par Mme C ;
6°) d'une manière générale, d'apporter tous éléments qui seraient utiles à la solution du litige par la juridiction saisie.
Article 2 : : L'expert accomplira sa mission dans les conditions prévues aux articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il ne pourra recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable du président du tribunal administratif.
Article 3 : Préalablement à toute opération, l'expert effectuera une déclaration sur l'honneur dans les formes prévues à l'article R. 621-3 du code de justice administrative.
Article 4 : Les opérations d'expertise auront lieu contradictoirement en présence de Mme C et des représentants de la communauté de communes Bléré-Val-de-Cher, de la compagnie d'assurance Groupama Paris Val-de-Loire et de la commune de Dierre.
Article 5 : L'expert avertira les parties et organisera le déroulement des travaux d'expertise conformément aux dispositions de l'article R. 621-7 du code de justice administrative.
Article 6 : L'expert communiquera aux parties un projet de rapport, préalablement au dépôt du rapport définitif, afin de recueillir leurs éventuelles observations.
Article 7 : L'expert déposera son rapport définitif au greffe par voie électronique avant le 31 décembre 2024. Des copies seront notifiées par l'expert aux parties intéressées. Avec leur accord, cette notification pourra s'opérer sous forme électronique. L'expert justifiera auprès du tribunal de la date de réception de son rapport par les parties.
Article 8 : Les frais et honoraires de l'expertise seront mis à la charge de la ou des parties désignées dans l'ordonnance par laquelle le président du tribunal liquidera et taxera ces frais et honoraires.
Article 9 : Le surplus des demandes des parties est rejeté.
Article 10 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme D C, à la communauté de communes Bléré-Val-de-Cher, à la compagnie d'assurance Groupama Paris Val-de-Loire, à la commune de Dierre ainsi qu'à l'expert.
Fait à Orléans, le 2 juillet 2024.
Le Président,
Juge des référés,
Benoist GUÉVEL
La République mande et ordonne au préfet d'Indre-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.