mardi 7 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2300569 |
| Type | Décision |
| Avocat requérant | DE SEZE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 10 février 2023 et le 1er mars 2023, M. C A, représenté par Me de Seze, avocat, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision implicite par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a refusé de lui rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;
2°) d'enjoindre à l'OFII de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil dans le délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, et ce depuis leur cessation ;
3°) de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle et de mettre à la charge de l'OFII, en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, une somme de 1 500 euros à verser à son conseil.
M. A soutient que :
- la condition d'urgence est remplie en l'espèce dès lors qu'il doit quitter son hébergement d'urgence, qu'il ne dispose d'aucune ressource pour se nourrir ou se vêtir et qu'il ne peut être regardé comme s'étant placé lui-même dans cette situation d'urgence puisqu'il n'a pas manqué à ses obligations de demandeur d'asile ;
- il est fait état de moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée : cette décision est entachée d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen de sa situation particulière ; sa vulnérabilité n'a pas été prise en considération et l'OFII ne démontre pas qu'un entretien de sa vulnérabilité, à l'occasion duquel il a été interrogé sur ce point, a été effectué préalablement à l'intervention de la décision litigieuse, par un agent qualifié et ayant reçu une formation spécifique à cette fin ; la décision en litige est illégale en raison de l'illégalité de l'arrêté du 23 octobre 2015 relatif au questionnaire de détection des vulnérabilités des demandeurs d'asile, qui méconnaît les dispositions de l'article L. 522-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; la décision contestée est entachée d'erreur de fait, d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il ne pouvait être regardé comme ayant manqué à ses obligations et devait par suite se voir rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ; l'OFII a commis une erreur manifeste d'appréciation dans la modulation du degré de refus de rétablissement, alors qu'elle pouvait opter pour un rétablissement partiel des conditions matérielles d'accueil.
Par un mémoire enregistré le 1er mars 2023, l'Office français de l'immigration et de l'intégration demande au juge des référés de rejeter la requête de M. A.
Il soutient que :
- la condition d'urgence n'est pas remplie, dès lors, d'une part, que M. A s'est placé lui-même dans la situation d'urgence qu'il invoque en refusant la réalisation d'un test PCR alors qu'il avait été informé des conséquences d'un tel acte, d'autre part, que le requérant ne présente pas une situation de vulnérabilité telle que la condition d'urgence pourrait être regardée comme remplie ;
- aucun des moyens de la requête n'est de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée.
Vu
- les autres pièces du dossier ;
- la requête au fond n° 2300568, enregistrée le 10 février 2023, par laquelle M. A demande l'annulation de la décision implicite de l'OFII refusant le rétablissement de ses conditions matérielles d'accueil.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. B, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, en qualité de juge des référés présentés sur le fondement des dispositions des articles L. 521-1 à L. 521-4 de ce code.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique du 2 mars à 10 heures 30, le juge des référés a présenté son rapport et entendu les observations de Mme Kaddouri, auditrice asile chargée du contentieux, représentant l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique à 10 heures 40.
Considérant ce qui suit :
Sur la demande d'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :
1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ". Aux termes du deuxième alinéa de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 susvisé : " L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ".
2. Il y a lieu, en application de ces dispositions, d'admettre M. A à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin de suspension :
3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
4. M. A, ressortissant afghan né le 10 août 1992, est entré en France le 9 février 2021. Sa demande d'asile a été enregistrée le 25 février 2021 en procédure " Dublin " et il a accepté le même jour les conditions matérielles d'accueil qui lui étaient proposées par l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII). Par un arrêté du 22 avril 2021, le préfet de police de Paris a décidé son transfert aux autorités roumaines, responsables de l'examen de sa demande. Toutefois, M. A ayant refusé le 18 septembre 2021 de se soumettre à un test PCR, son transfert prévu le 20 septembre 2021 a été annulé. Par une décision du 20 octobre 2021, l'OFII a mis fin au bénéfice de ses conditions matérielles d'accueil. Toutefois, après l'annulation, par un jugement du 17 novembre 2022 du tribunal administratif de Paris, de la décision du 21 octobre 2021 refusant d'enregistrer sa demande d'asile en procédure normale, M. A, désormais domicilié à Orléans, a demandé le rétablissement de ses conditions matérielles d'accueil par un courriel du 8 décembre 2022 que l'OFII ne conteste pas avoir reçu. Le requérant demande au juge des référés de suspendre l'exécution de la décision implicite de rejet né du silence gardé sur cette demande par l'OFII.
En ce qui concerne l'urgence :
5. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire, à la date à laquelle le juge des référés se prononce.
6. M. A fait valoir qu'il est dépourvu de toutes ressources et qu'il va être incessamment mis fin à l'hébergement d'urgence dont il bénéficiait jusqu'ici. Ces éléments ne sont pas contestés par l'OFII, qui fait cependant valoir que le requérant s'est lui-même placé dans la situation d'urgence qu'il invoque en refusant de se soumettre au test PCR préalable à son transfert à destination de la Roumanie et ainsi en ne respectant pas ses obligations de présentation aux autorités chargées de l'asile. Toutefois, si un étranger doit être regardé comme étant en fuite lorsqu'il se soustrait intentionnellement à l'exécution d'un transfert organisé en refusant un examen de dépistage obligatoire pour l'entrée effective sur le territoire de l'Etat membre responsable, dès lors qu'il avait connaissance des conséquences d'un refus de sa part et qu'il ne fait état d'aucune raison médicale particulière justifiant une absence de consentement à la réalisation du test, l'OFII n'apporte en l'espèce aucun élément de nature à établir qu'à la date prévue pour le transfert de M. A les voyageurs souhaitant entrer en Roumanie étaient tenus de produire un examen de dépistage PCR négatif. Par suite, le requérant ne peut être regardé comme s'étant placé lui-même dans la situation d'urgence qu'il invoque. Dans ces conditions, eu égard à l'effet de la décision de refus de rétablissement sur sa situation personnelle et alors même qu'il ne justifie pas d'une situation de vulnérabilité particulière, la condition d'urgence prévue par les dispositions précitées de l'article L. 521-1 du code de justice administrative doit être regardée comme remplie.
En ce qui concerne l'existence d'un moyen propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée :
7. En l'état de l'instruction, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation dont la décision de refus de rétablissement serait entachée est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de cette décision.
8. Il résulte de ce qui précède que M. A est fondé à demander la suspension, jusqu'à ce qu'il ait été statué sur sa requête au fond n° 2300568, de la décision implicite par laquelle l'OFII a refusé de lui rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
9. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire () ". Il résulte de ces dispositions que la suspension de l'exécution d'une décision administrative présente le caractère d'une mesure provisoire. Ainsi, elle n'emporte pas les mêmes conséquences qu'une annulation prononcée par le juge administratif, laquelle a une portée rétroactive. En particulier, elle ne prend effet qu'à la date à laquelle la décision juridictionnelle ordonnant la suspension est notifiée à l'auteur de la décision administrative contestée.
10. La présente ordonnance, eu égard au motif de suspension retenu et au principe rappelé au point précédent, implique nécessairement que le directeur général de l'OFII rétablisse provisoirement les conditions matérielles d'accueil au profit de M. A, non à compter de la date de leur cessation mais à compter de la notification de cette ordonnance. Il y a lieu d'enjoindre au directeur général de l'OFII de prendre cette mesure dans un délai de quinze jours à compter de cette notification. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les conclusions fondées sur l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :
11. La présente ordonnance admet M. A à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 000 euros à Me de Seze dans les conditions prévues par ces dispositions et celles de l'article 112 du décret du 28 décembre 2020.
O R D O N N E :
Article 1er : M. A est admis à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : L'exécution de la décision implicite par laquelle le directeur général de l'OFII a refusé de rétablir les conditions matérielles d'accueil au profit de M. A est suspendue jusqu'à ce qu'il ait été statué sur la requête n° 2300568.
Article 3 : Il est enjoint au directeur général de l'OFII de rétablir provisoirement au profit de M. A le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à compter de la notification de la présente ordonnance, ce dans un délai de quinze jours à compter de cette notification.
Article 4 : L'OFII versera à Me de Seze, avocat de M. A, une somme de 1 000 euros dans les conditions fixées à l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et à l'article 112 du décret du 28 décembre 2020.
Article 5 : Les conclusions de la requête sont rejetées pour le surplus.
Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C A et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Fait à Orléans, le 7 mars 2023.
Le juge des référés,
Frédéric B
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des Outre-Mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.